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seul document qui nous fournisse la suite chronologique des faits (les Actes des apôtres) est, sur plusieurs points, en contradiction si formelle avec les Épitres qu'il est impossible de voir, dans cet écrit, autre chose qu'un essai de conciliation entre les doctrines divergentes des apôtres, une atténuation de leurs démêlés, et la préparation de la place qu'il convint plus tard de faire occuper à Pierre. Les faits d'ailleurs importent beaucoup moins que les paroles à l'éclaircissement du sujet que nous traitons; et, comme l'indique notre titre, nous ne voulons éclaircir que ceci : Quel est exactement le genre d'immortalité dont il est question dans le cycle d'idées ouvert par David et étendu par Paul aux nations à qui jusque-là le Dieu Jéhovah était resté inconnu?

Si nous ne nous astreignons pas à la succession chronologique des faits, nous suivrons du moins l'ordre adopté par le canon chrétien dans la disposition des épîtres. Mais auparavant, il convient, dussions-nous

nous exposer à des redites, de jeter un coup d'œil sur l'ensemble de la doctrine adoptée définitivement par Paul, du moment qu'il se fut posé en apôtre des Gentils (on a traduit par ce mot le ghoïm1 des Hébreux).

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1. Il est bon de rappeler à ce sujet la formule d'actions de grâces adressée encore aujourd'hui par les Juifs à Jéhovah: «NIND by, sois béni, Adonaï, notre Dieu, roi éternel, de ne pas

m'avoir fait ghoï. >>

Nous serons plus sûr d'arriver par là à la clarté que nous recherchons à l'exclusion de tout autre mérite. Nous ne dissimulons pas que notre travail a pour but de mettre le spiritualisme moderne en demeure de se prononcer nettement et définitivement sur une question qui appelle énergiquement une solution de sa part, sous peine d'une volontaire déchéance. Il nous paraît donc de la dernière importance de n'y laisser subsister aucune obscurité.

CHAPITRE II

COUP D'OEIL GÉNÉRAL SUR LA

DOCTRINE

ET SUR LA MÉTHODE DE PAUL.

Ce qui a fait la force et le succès de la doctrine prêchée par Paul en fait aujourd'hui l'irrémédiable faiblesse et en simplifie singulièrement l'étude : c'est que -cette doctrine se réduit en définitive à l'annonce d'un fait. Or, il est évident que ce qui constitue la vérité d'un fait, c'est son accomplissement, et nulle autre chose; donc la question de savoir si la doctrine de Paul est vraie se ramène uniquement à celle de savoir si le fait annoncé par lui s'est accompli. La seule précaution à prendre pour qu'il ne subsiste aucune cause d'erreur, c'est de bien définir le fait annoncé, afin de savoir exactement à quoi nous en tenir sur son non-accomplissement. Ce qui nous importe avant tout est donc de savoir comment Paul comprenait le fait qu'il annonçait. La cause du

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spiritualisme a un double intérêt au complet éclaircissement de cette question: il devra y reconnaître d'abord s'il y a lieu pour lui de continuer plus longtemps à déplorer comme siens les échecs multipliés que subit cette doctrine; il devra de plus considérer si, en se séparant d'elle, il n'a pas à lui emprunter les conditions qui firent jadis son succès, c'est-à-dire sa réduction à une question de fait; ou si, en d'autres termes, le moment n'est pas venu de quitter les inaccessibles hauteurs de la métaphysique pour introduire enfin le problème de la destinée de l'homme dans le domaine des faits susceptibles de définition.

Nous n'avons à nous occuper ici que de la définition du fait annoncé par Paul; et sous ce point de vue, rien ne nous empêche de procéder à la manière scientifique ordinaire. Quel était ce fait? En quoi consistait-il? — Où, quand, comment devait-il se réaliser? - Copiée sur la résurrection de Jésus, la persistance de la vie ou la résurrection devait-elle être pour chaque fidèle une transformation? Cette transformation serait-elle naturelle ou bien miraculeuse? Sur chacun de ces points, Paul va nous fournir des renseignements précis.

Dans leurs aspirations si énergiques et si différemment inspirées, dans leur commun désir de la suppression de la mort, David et Jésus n'étaient jamais arrivés jusqu'à la représentation exacte du fait en lui-même ;

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