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d'insister sur le second trait caractéristique par lequel ce peuple tenait surtout à se faire une place à part parmi les autres peuples. Le commandement qui or donnait à l'Israélite d'aimer son prochain comme luimême ne venait qu'après celui-ci : « Écoute, Israël, Jėhovah, notre Dieu, Jéhovah est seul. » Il semblait donc que ce peuple possédait depuis des siècles, et en vertu d'une révélation d'en haut, la notion qui ailleurs avait été le dernier mot des plus hautes spéculations de l'esprit humain abandonné à ses seules forces, à savoir la notion d'un Dieu unique. Mais du plus simple examen résulte ici la distinction la plus radicale. Il faut observer, en effet, que ce qui constituait l'évolution du génie grec qui avait abouti à la proclamation de l'unité en Dieu, ce n'était pas d'avoir adopté un Dieu grec, Jupiter, par exemple, ou tout autre, et d'avoir dé

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claré que ce Dieu était seul. Bien loin de là, la grandeur de l'idée monothéique était tout entière dans l'admission d'une Puissance universelle, mais inconnue,

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et dans la substitution de cette Puissance à toutes celles qui, - par cela même que les annales des peuples relataient et définissaient leurs interventions, étaient rejetées parmi les puériles productions de l'imagination humaine. A quel titre l'histoire d'Israël et de son Dieu aurait-elle donc pu prétendre à représenter l'idée monothéique?

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Mais ces dernières considérations n'appartiennent pas à notre sujet; nous devons nous restreindre à l'examen des données que l'état des esprits présentait en Judée à l'époque que nous abordons ici. Cet état était encore tel qu'assurément une transformation de quelque importance n'aurait pu être rapide. Opérée au cœur même du judaïsme, elle aurait sans doute parcouru d'autres phases et revêtu d'autres caractères que celle qui était déjà presque achevée à Alexandrie, sous l'impulsion d'une influence étrangère bien plus puissante. Quoi qu'il en soit, les germes de quelque évolution imminente devaient être déjà assez apparents, puisque Josèphe a pu appliquer à la population de Jérusalem elle-même une division analogue à celle qui, en Grèce et à Rome, partageait la classe élevée en disciples de Zénon, d'Épicure et de Pythagore.

Était-ce seulement à l'immixtion des idées exté

rieures, à l'extension des relations, à la fréquence des voyages, et à mille autre causes de ce genre qu'était due l'imminence plus ou moins sensible du résultat que nous venons d'indiquer? Nous ne le croyons pas. Car, en quel temps la lecture assidue de la Torah fut-elle plus recommandée et pratiquée en Israël? En quel temps vit-on plus de disciples empressés s'attacher Pas de quelque maître habile à interpréter les Écritures? Non; c'est en quelque sorte sur place, l'intérieur même du cercle mosaïque légèrement élargi par la tradition, que la raison individuelle parvenait avec effort à faire pénétrer quelque

aux

dan s

lumière.

Pourquoi ces mêmes efforts ont-ils si souvent abouti aux puérilités inqualifiables, aux inepties dogmatiquement énoncées que nous trouvons dans les Agadoth du Talmud? C'est que le peuple juif, politiquement rétabli sur un assez bon pied par les Asmonéens, ne s'est pas trouvé assez longtemps en face des nécessités instructives qui s'attachent à la constitution d'une société autonome. Il a cessé d'exi ter comme nation au moment même où ses docteurs commençaient à entrevoir le seul élément individuel d'une société durable: la responsabilité devant la conscience.

Le livre d'Aboth, fragment de la Mischna, nous a conservé d'excellentes sentences des Rabbi les plus re

FRÈRES,» telle était la devise de ce peuple. On ne saurait assez remarquer l'étrange anomalie que constitue un tel phénomène dans l'aspect général de la civilisation antique.

Le caractère particulier de cette égalité pratiquée par les Hébreux n'a pas échappé à Tacite : « Ils ont, dit-il (Hist., liv. V, § 5), les uns pour les autres un attachement invincible, une commisération très-active, misericordia in promptu,» - (le mot adopté depuis pour exprimer ce sentiment est le mot CHARITÉ). « Pour tous les autres, ajoute Tacite, ils n'ont que de l'éloignement et de la haine. » Une condition que l'auteur latin n'ignore pas permettait l'admission des étrangers dans la famille d'Israël sur le pied de l'égalité générale, c'était la circoncision. «Tous ceux qui embrassent leur culte la pratiquent, dit-il, et la première instruction qu'on leur donne, c'est de mépriser les dieux, d'abjurer la patrie, d'oublier pères, mères, enfants. » Il n'y avait d'égaux aux yeux de Jéhovah que les circoncis; mais ils l'étaient tous au même titre et au même degré.

De telles mœurs étaient la conséquence rigoureuse de la Loi qu'Esdras avait remise en honneur cinq siècles auparavant, et que ce peuple n'avait pas cessé depuis d'entourer du plus inviolable respect. Cette Loi établis

1. Nous avons déjà observé que ces cinq siècles pouvaient se traduire, en langage apocalyptique, par soixante-dix semaines d'années.

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