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transformation et celle des autres vivants, l'explication en est on ne peut plus nette.

« Voici un mystère que je vais vous dire : nous ne tomberons pas tous dans le sommeil de la mort, mais nous serons tous transformés 1. En un moment, en un clin d'œil, au son de la dernière trompette, car la trompette sonnera, - les morts (ceux qui seraient. morts dans la foi, comme il l'a dit plus haut) ressusciteront dans un état incorruptible; et nous, nous serons transformés (les autres élus l'ayant déjà été dans

1. Πάντες μὲν οὐ κοιμηθησόμεθα, πάντες δὲ ἀλλαγησόμεθα. Ici ce n'est pas seulement la traduction de Sacy qui est en défaut, c'est celle de saint Jérôme; et l'altération est de la dernière gravité; car, pour rendre le texte conforme à ce qui s'était passé en dépit des espérances de Paul, elle dénature complétement sa pensée. L'apôtre, parlant de lui et des autres élus, exprime cette pensée que la proximité de l'événement rend toute naturelle : « nous ne tomberons pas tous, nous qui avons la foi, dans ce sommeil qui, pour les fidèles seulement n'est pas la mort; mais, comme il faut que, d'une manière ou d'une autre, tous les fidèles passent à l'état immortel, nous serons tous trausformés. >>

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Quand Jérome a écrit la Vulgate, c'est-à-dire trois ou quatre siècles après, on pouvait bien être tenté d'atténuer les termes qui laissaient voir trop clairement l'illusion de l'apôtre; d'ailleurs l'idée d'un enfer et d'une résurrection générale tendait dès lors à être admise. Aussi la Vulgate introduit-elle en cet endroit deux idées toutes nouvelles; elle traduit: «Omnes quidem resurgemus, sed non omnes immutabimur; tous les hommes ressusciteront; mais tous ne seront pas transformés. » Cela veut dire sans doute que les damnés conserveront leur ancienne chair pour souffrir éternellement par elle. On ne saurait dénaturer plus . complétement toute la doctrine de Paul, qui semble avoir toujours évité avec soin de s'inspirer des rancunes de David; mais on comprend que plus cette doctrine a perdu de ses séductions, plus il a fallu la renforcer par des terreurs.

formé le premier; il a eu d'abord le corps animal (uxxòv), puis le corps spirituel. »

Ceci l'aidait à marquer nettement la différence qui existait entre les habitants de la terre (terreni, xowoć! et les habitants du ciel (cœlestes, Touρáviot). Ceux-ci avaient seuls joui jusqu'alors de la vie incorruptible et immortelle qu'ils devaient, comme Jésus depuis sa résurrection, à l'esprit vivifiant qui était en eux. Mais cette différence allait cesser, puisque, à l'exemple du second Adam, alors au ciel, les habitants de la terre seraient bientôt animés d'une vie tout à fait semblable à celle des anges1. Comme chacun des élus pouvait espérer échapper au sommeil apparent de la tombe et assister vivant à sa propre transformation, l'apôtre, avouant ici franchement cette espérance pour lui-même, ajoute : « De même donc que nous avons porté l'image de l'Adam terrestre, portons dès à présent l'image de l'Adam céleste. », Quant à la manière dont s'opéreraient sa

1. Il y a en cet endroit une grave altération de sens dans la traduction française de Sacy. Il n'est question dans le texte que de l'état d'incorruptibilité, commun à Jésus et aux anges qui sont dans le ciel, comme il y est en ce moment, οἷος ὁ ἐπουράνιος τοιοῦτοι καὶ οἱ ἐπουράνιοι, et la Vulgate traduit fidèlement : « Qualis cœlestis tales et cœlestes.>> Pourquoi donc Sacy traduit-il : « Comme le second homme est céleste, ses enfants aussi sont célestes?» - Ceci introduirait tout à coup, sans aucun précédent du même genre, l'idée que les élus se rendraient au ciel après leur résurrection; et sur ce point, il faudrait supprimer l'expression consacrée : « selon les prophètes, » pour y substituer celle-ci : «< contrairement aux prophètes. »

ce n'est point pour accroître l'évidence de ses résultats, c'est seulement pour n'y pas laisser de lacunes et pour continuer à noter au passage tout ce qui pourra servir à l'importante conclusion que nous aurons à en tirer. Passons à la seconde Épître aux Corinthiens.

II.

Cette fois, c'est avec un ton d'amertume et de découragement que Paul s'adresse à ses amis de Corinthe. Il vient de subir en Judée l'échec le plus pénible. Il a été blâmé, désavoué, menacé de mort, au nom de Jéhovah et au nom de Jésus. Les uns l'ont accusé de dénaturer le sens des anciennes Écritures, les autres d'induire en erreur les fidèles sur les vraies conditions du salut. « L'affliction qui nous est survenue (il parle de lui et de ceux qu'il s'était adjoints) a été telle que les maux dont nous nous sommes trouvés accablés ont été excessifs et au-dessus de nos forces, jusqu'à nous rendre même la vie ennuyeuse.» (Ch. 1, v. 8.) Il ne s'en console qu'en pensant aux grâces visibles dont le ciel entoure sa prédication et celle des jeunes et intelligents interprètes de sa doctrine. Ils sont comme imprégnés de l'odeur du sacrifice de Jésus, odeur non moins efficace pour communiquer la grâce aux hommes, que pour fléchir Jého

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leur tombe). Car il faut que ce corps corruptible soit revêtu de l'incorruptibilité, il faut que cette chair mortelle soit revêtue de l'immortalité. Et quand cela aura été fait, alors cette parole de l'Écriture sera accomplie : LA MORT EST ABOLIE PAR LA VICTOIRE (Isaïe, ch. xxv, v. 8). » Ici encore on a lieu de s'étonner que le passage emprunté par Paul au prophète ne soit pas cité en entier. Le tableau, en effet, est encore plus clair quand on ajoute avec Isaïe : « Il détruit la mort pour jamais: le Seigneur Jéhovah efface les larmes de tous les visages; il enlève de toute la terre (yrs) la honte de son peuple. Jéhovah a prononcé... sa main repose sur la montagne de Sion... ))

Si l'on nous demandait comment il se peut faire que ceux qui croient aujourd'hui à l'immortalité extra terrestre d'une âme immatérielle, trouvent un rapport quelconque entre leur croyance et l'hallucination, avortée depuis dix-huit siècles, dont nous aurons bientôt achevé l'étude, nous répondrions qu'il nous est absolument impossible de le comprendre. Quoi! l'on appelle cela la révélation de ce qu'on croit aujourd'hui ! Si ceci est la révélation du christianisme actuel, il en faut conclure que, sur le seul point qu'il importe véritablement à l'homme de connaître, la révélation consiste à exprimer, de la manière la plus précise, le contraire de ce qu'il faut croire! Si donc nous poursuivons cette étude,

ce n'est point pour accroître l'évidence de ses résultats, c'est seulement pour n'y pas laisser de lacunes et pour continuer à noter au passage tout ce qui pourra servir à l'importante conclusion que nous aurons à en tirer. Passons à la seconde Épître aux Corinthiens.

II.

Cette fois, c'est avec un ton d'amertume et de découragement que Paul s'adresse à ses amis de Corinthe. Il vient de subir en Judée l'échec le plus pénible. Il a été blâmé, désavoué, menacé de mort, au nom de Jéhovah et au nom de Jésus. Les uns l'ont accusé de dénaturer le sens des anciennes Écritures, les autres d'induire en erreur les fidèles sur les vraies conditions du salut. « L'affliction qui nous est survenue (il parle de lui et de ceux qu'il s'était adjoints) a été telle que les maux dont nous nous sommes trouvés accablés ont été excessifs et au-dessus de nos forces, jusqu'à nous rendre même la vie ennuyeuse. » (Ch. 1, v. 8.) Il ne s'en console qu'en pensant aux grâces visibles dont le ciel entoure sa prédication et celle des jeunes et intelligents interprètes de sa doctrine. Ils sont comme imprégnés de l'odeur du sacrifice de Jésus, odeur non moins efficace pour communiquer la grâce aux hommes, que pour fléchir Jého

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