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nous éloigner de notre corps pour nous mettre en présence du Seigneur. » (Ch. v, v. 1-8.)

Tout le reste de cette épître a particulièrement pour but de répondre aux calomnies répandues sur le compte de Paul et de ceux qui entendaient la bonne nouvelle à sa manière. Ainsi qu'il arrive souvent, il y avait chez l'apôtre, à ce qu'il paraît, une assez grande différence entre l'homme et l'écrivain, entre le ton de ses conversations et celui de ses lettres. Ses ennemis faisaient remarquer cette différence et s'efforçaient par là de le décréditer aux yeux de ceux qu'il avait entraînés. « Quoi donc! disaient-ils sans doute (à en juger du moins par les réponses de Paul), ce vulgaire fabricant de tentes peut-il exercer sur vous un tel prestige, dès que sa parole vous vient de loin? De quelle autorité est donc revêtu cet artisan qui va de ville en ville, vivant de son métier, et confondu, tant qu'il séjourne quelque part, avec les gens de sa condition? Pourquoi vous en rapportez-vous à lui plutôt qu'à ceux qui ont vu le Christ lui-même? Ceux-ci vous font avertir qu'il vous trompe et vous égare; ce sont leurs instructions et non les siennes qui méritent votre confiance; vous ne pouvez être sauvés que par ce qui vous vient d'eux...»

Toute cette polémique a été sans doute fort adoucie. Il nous est permis cependant d'en juger par les passages qui suivent :

« Quand je me glorifierais un peu plus de la puissance que le Seigneur m'a donnée pour votre édification (oixodov, la construction de votre nouvel être) et non pas pour votre destruction, je n'aurais pas sujet d'en rougir. Mais afin qu'il ne semble pas que nous voulions vous étonner par des lettres, parce que,

disent-ils, les lettres de Paul sont graves et fortes, mais, lorsqu'il est présent, il paraît bas en sa personne et méprisable en son discours... » (Ch. x, v. 8-10.)

« J'ai pour vous un amour de jalousie, de cette jalousie qu'éprouve Adonaï notre Dieu, parce que je vous ai fiancés à cet unique époux qui est le Christ... Je ne pense pas avoir été inférieur en rien à ce que la tâche des apotres a de plus grand, τῶν ὑπὲρ λίαν ἀποστολων. Si je suis grossier et peu instruit pour la parole, il n'en est pas de même pour la science (la connaissance des Écritures)... Je ne veux pas laisser cette occasion de se glorifier à ceux qui la cherchent en voulant paraître tout à fait semblable à nous, pour trouver en cela un sujet de gloire. Car ce sont de faux apôtres, de mauvais ouvriers, qui se transforment en apôtres du Christ... Sont-ils Hébreux ? Je le suis aussi. Sont-ils enfants d'Israël? Je le suis aussi. Sont-ils de la race d'Abraham ? J'en suis aussi. Sont-ils serviteurs (Saxóvot) du Christ? Quand je devrais passer pour imprudent, j'ose dire que je le suis encore plus qu'eux. (Que serait devenu en

effet le souvenir de Jésus s'il n'avait pas eu d'autres serviteurs que ses disciples immédiats?) J'ai plus fait de travaux, plus reçu de coups, j'ai été plus souvent en prison, et tout près de la mort... J'ai été battu de verges trois fois; j'ai été lapidé une fois; j'ai fait naufrage trois fois; j'ai passé un jour et une nuit au fond de la mer... » (Ch. xi, v. 2-25.) Paul fait ici allusion à quelque évanouissement prolongé après un de ses naufrages; son ignorance des lois physiologiques excuse cette hyperbole qu'il ne prend assurément pas pour un mensonge.

Il s'exprime autrement quand l'intérêt de son apostolat lui paraît légitimer quelque excursion timide hors de la vérité. Est-il possible de côtoyer de plus près le mensonge, sans cependant pouvoir être accusé d'y être tombé, qu'il ne le fait dans cette prétérition célèbre (ch. suiv., v. 1-6):

«S'il faut se glorifier, quoique cela ne soit pas avantageux, je parlerai des visions et des révélations du Seigneur. Je connais un homme en Jésus-Christ qui fut ravi, il y a quatorze ans, fut-ce avec ou sans son

corps? Je ne sais, Adonaï le sait,

jusqu'au troisième

ciel. Et je sais aussi (xaì) que cet homme fut-ce avec

ou sans son corps? Je ne sais, Adonaï le sait fut emporté dans le paradis 1; et il entendit des paroles mysté

1. Els τòv парádɛlσov. Le mot « paradis » a si complètement passé

rieuses qu'il n'est pas donné à un homme de redire. Je pourrais me glorifier dans cet homme; mais pour moi, je ne veux me glorifier que dans mes faiblesses. Je pourrais donc me glorifier, si je le voulais, sans être imprudent, car je dirais la vérité. Mais je me retiens de peur que quelqu'un ne m'estime au-dessus de ce qu'il voit en moi ou de ce qu'il entend dire de moi. »

Il se reproche plus loin les éloges qu'il s'est donnés; mais aussi, pourquoi lui en a-t-on laissé le soin?

« J'ai été imprudent; c'est vous qui m'y avez contraint. Car c'était à vous à parler avantageusement de moi, puisque mon ministère n'a pas été au-dessous de ce qu'on peut attendre de mieux d'un apôtre (TÕν ÚπÈρ Xíav άπOCTÓλwv), encore que je ne sois rien.» (Ch. xii, v. 11.)

Avec quelle habileté il fait remarquer qu'on ne sau

de son acception primitive à une acception toute céleste que cette seconde vision est ordinairement confondue avec la première, celle du troisième ciel. Elle en est cependant certainement distincte; car il est évident que ce mot désigne ici le même lieu dont l'évangile de Luc fait parler à Jésus (ch. xxIII, v. 43), lorsqu'il dit au bon larron « Tu seras avec moi aujourd'hui dans le paradis. » Dans la doctrine de Paul, dont Luc est l'interprète assez fidèle, ce mot ne peut s'appliquer qu'à un séjour souterrain où les âmes sauvées par la foi attendaient la résurrection. Aucun évangile ne fait monter Jésus au ciel le jour même de sa mort; et le quatrième fait dire à l'homme qui apparut à Marie : « Je ne suis pas encore monté vers mon père (Jean, ch. xx, v. 17). » D'ailleurs pouvait-il y avoir à ce sujet une autre idée admise que celle que Jésus exprimait ainsi : «Vous ne pouvez aller où je vais. >>

rait lui en vouloir du métier modeste qu'il exerce, puisque le gain qu'il en tire l'empêche d'être à charge aux assemblées de fidèles. Il n'y a là qu'un tort, observet-il finement, c'est d'enlever par là aux fidèles l'occasion de pratiquer la charité :

« Les marques de mon apostolat ont paru parmi vous; et en quoi avez-vous été inférieurs aux autres réunions de fidèles, si ce n'est en ce que je n'ai point youlu vous être à charge? Pardonnez-moi ce tort... On dira peut-être qu'il est vrai que je ne vous ai point été à charge, mais qu'étant artificieux, j'ai usé d'adresse pour vous surprendre. Mais, me suis-je servi de quelqu'un de ceux que je vous ai envoyés pour tirer quelque chose de vous? » (Ib., v. 12-17.)

Ici il parle encore en accusé qui se défend; nous allons le voir à son tour se poser en accusateur.

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