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Pour peu que l'histoire commence enfin à introduire ses légitimes exigences au milieu des faits qu'elle a été contrainte jusqu'ici d'accepter sans contrôle, il est temps qu'elle choisisse entre deux documents qui, sur le même fait, présentent le témoignage le plus discordant. Nous voulons parler des Actes des Apôtres, et de l'Épître aux Galates.

Dans l'Épître aux Galates, Paul, qui n'a sur ce point aucun intérêt à altérer la vérité, déclare que, sans accord d'aucune sorte, sans précédent, sans aucune autorisation venant de qui que ce soit, lui, Paul, obéissant à une révélation d'en haut, a fait, durant dix-sept ans1, ce que

1. Il faut ajouter à ces dix-sept ans tout l'intervalle qui sépare la

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nul autre que lui n'avait eu ni l'idée ni la mission de faire, c'est-à-dire qu'il a convié les Gentils à prendre part à l'héritage du Messie. Au bout de ce temps, pris d'un scrupule qu'il explique en disant qu'il voulut savoir si ce n'était pas en vain qu'il s'était donné tant de peine, en dehors de toute action commune et de toute approbation (κατ' ἰδίαν τοῖς δοκοῦσι) il alla à Jérusalem. Il avait avec lui son disciple Tite, grec incirconcis; on ne l'obligea pas à le circoncire; mais, quant à trouver le moindre encouragement parmi ceux de sa secte, c'est-àdire, parmi les quelques Pharisiens qui continuaient à croire plus ou moins ostensiblement en Jésus, il lui fallut y renoncer; ils ne firent que s'indigner de sa liberté de langage et de ses innovations, et le sommer avec menaces de rentrer sous le joug de la Torah. Il dut dès lors s'appliquer à se soustraire à leur surveillance ombrageuse et tyrannique.

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Au-dessous de cette classe de disciples, il y en avait qui étaient bien quelque chose δοκοῦντες ειναί τι et même qui, sous certains rapports, pouvaient passer pour les vrais soutiens de la foi — δοκοῦντες στύλοι εἶναι; - c'étaient les anciens pêcheurs et artisans de Galilée; mais qu'importait ce qu'ils avaient été, pourvu que,

mort de Jésus de la conversion de Paul, pour avoir la date approximative du voyage à Jérusalem, et de l'importante distribution des rôles qui va être racontée.

après leur avoir donné connaissance de l'œuvre entreprise par lui, Paul obtînt d'eux la promesse qu'ils ne s'y montreraient pas hostiles? Il ne chercha même pas sans doute à vaincre leur résistance personnelle au sujet de la circoncision; son but n'était pas de les engager à prendre part à un apostolat qui ne pouvait les concerner; il ne leur avait demandé qu'une adhésion tacite ou une non-improbation, et ils ne la lui avaient pas refusée. Mais laissons-le s'exprimer lui-même.

« De la part de ceux qui paraissaient être. quelque chose, ce qu'ils ont été autrefois ne me regarde pas, Adonaï n'a pas égard à la qualité des personnes, - de la. part de ceux-ci il ne m'a rien été imposé. Mais, au contraire, ils ont vu que je pouvais aussi bien avoir été choisi pour prêcher l'évangile de l'incirconcision (evangelium præputii) que Pierre celui de la circoncision. Car celui qui a agi efficacement dans Pierre pour l'apostolat de la circoncision (qui enim operatus est Petro in apostolatum circumcisionis) a aussi agi efficacement en moi pour me rendre apôtre des Gentils. » (Ch. п, v. 6-8.)

Voici donc, d'après cela, un point qui paraît formellement établi non-seulement, pendant le quart de siècle déjà écoulé depuis la mort de Jésus, Pierre ne s'est entretenu de son ancien maître qu'avec des circoncis, mais il est dit expressément qu'il ne doit prêcher aucun autre Évangile que celui de la circoncision.

Or, que disent sur ce point les Actes des Apôtres? Là, ce Pierre, que nous avions vu jusque-là en toute occasion jouer un rôle si effacé ou si fâcheux, est devenu un homme considérable et un grand orateur. Et, dans la circonstance rapportée plus haut, mais fort altérée dans tous ses détails, nous le voyons se lever solennellement au milieu d'une assemblée, décorée depuis du nom de concile, et prononcer ces mots (traduction de Sacy): « Mes frères, vous savez qu'il y a longtemps que Dieu m'a choisi d'entre nous, afin que les Gentils entendissent par ma bouche la parole de l'Évangile... » (Actes, ch. xv, v. 7.)

Lequel de ces deux récits, dont l'un détruit complétement l'autre, l'impartiale histoire adoptera-t-elle? — 11 ne nous semble pas qu'elle puisse hésiter à donner la préférence au récit qui l'emporte incontestablement par la vraisemblance et la continuité soutenue des rôles, c'est-à-dire à celui qui écarte jusqu'à la possibilité d'une part quelconque prise par Pierre à la dénationalisation de l'idée juive par la prédication de l'incirconcision.

Rien ne ressemble mieux au Simon-Pierre que nous connaissons de longue date que le caractère inconsistant, sans persistance dans ses opinions, sans succès dans la dissimulation de ses fautes, que nous retrouvons aux versets suivants de l'Épître aux Galates.

Avant que Paul ne quittât Jérusalem, il avait été bien convenu entre lui et Jacques, Pierre et Jean, que, si

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