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CHAPITRE VI

LA RESURRECTION FACULTATIVE.

« Si nous nous jugions nous-mêmes, nous

ne serions pas jugés. »

SAINT PAUL, Ire aux Cor., ch. xi, v. 31.

On pourrait supposer une loi divine, ayant réglé d'avance les destinées d'une espèce d'êtres, et s'exprimant par les principes et les conseils suivants :

<< Ceux qui sont charnels aiment et goûtent les choses de la chair; et ceux qui sont spirituels aiment et goûtent les choses de l'esprit. »

<< Or cet amour des choses de la chair est la mort; au lieu que l'amour des choses de l'esprit est la vie. »

<< Si vous vivez selon la chair, vous mourrez; mais si vous faites mourir par l'esprit les œuvres de la chair, vous vivrez. »

« Celui qui sème dans sa chair recueillera de la chair la corruption et la mort; celui qui sème dans l'esprit recueillera de l'esprit la vie éternelle. »

«De même que vous avez fait servir les membres de votre corps à l'impureté et à l'injustice pour aboutir à la mort; de même vous pouvez les faire servir à la justice pour aboutir à la vie. »

« L'homme qui s'asservit à la loi du péché (la loi de mort) est libre à l'égard de la justice. »

<< Tous les désordres lui sont permis... mais quel fruit en retirera-t-il, puisqu'ils n'ont pour fin que la mort? »

<< Tout m'est permis, mais tout n'est pas bon pour mon être; tout m'est permis, mais je ne veux me rendre esclave de quoi que ce soit. »

« Échappé à la loi du péché, l'homme peut vivifier sa chair; et la fin est la vie immortelle. »

<< Car le péché (le mal raisonné) donne la mort; mais l'amour et la volonté du bien donnent la vie. »

« Quand vous faites le mal, vous retombez dans la loi du péché (dans la condition d'une classe d'êtres inférieurs) pour y trouver la mort. »

<< La chair a des désirs (un mode particulier de sentir engendrant des désirs) contraires à ceux de l'esprit ; et l'esprit a des désirs contraires à ceux de la chair; ils sont opposés l'un à l'autre. »

« Il est aisé de connaître les œuvres de la chair qui

sont la fornication, l'impureté, l'impudicité, la dissolution, l'idolâtrie, les empoisonnements, l'inimitié, les dissensions, les jalousies, les animosités, les querelles, les divisions, les envies, les meurtres, les ivrogneries, les débauches, et autres vices semblables. >>

« Les fruits de l'esprit au contraire sont la charité, la joie, la paix, la patience, la bonté, l'humanité, la longanimité, la douceur, la modestie, la continence, la chasteté. >>

«Les œuvres de la chair sont les membres de l'homme ancien (ou mortel); les œuvres de l'esprit sont les membres de l'homme nouveau (ou immortel). »

«Faites donc mourir les membres mortels,

pouillez le vieil homme avec ses œuvres. »

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« Et revêtez-vous du nouveau; donnez-vous des entrailles de miséricorde, de bonté, d'humilité, de modestie, de patience. Mais surtout revêtez-vous de la charité qui est le lien de la perfection. »

« Rien ne nous sert pour la vie éternelle que l'ÊTRE NOUVEAU que nous créons en nous. »

« Nous reconnaissons à l'amour que nous avons pour nos frères que nous sommes passés de la mort à la vie. Celui qui n'aime point demeure dans la mort. Tout homme qui hait son frère n'a pas la vie éternelle résidant en lui 1. »

1. Cette dernière pensée n'est pas de Paul, bien qu'incontestable

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Appliquée à notre nature humaine, une telle loi serait très-sage et irréprochablement morale; elle correspondrait, avec une précision remarquable, à ce sentiment inné en chaque homme qui lui fait proportionner le mérite de ses actes au degré de liberté qu'il a eu dans ses choix; elle serait claire, satisfaisante, à la portée de tous, puisqu'elle pourrait se réduire à ce simple énoncé : « pour continuer à vivre, il faut en être digne; ce que l'homme voudra être, il le sera; il n'a d'autre juge et d'autre arbitre de ses destinées que lui-même. »

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Malheureusement l'hypothèse d'une telle loi serait de tout point insoutenable sur notre terre, puisqu'elle est démentie par la nature 'elle-même. Soit pendant la vie, soit après l'accident que nous nommons la mort, il n'y a aucune différence appréciable entre le corps de l'homme bon et celui de l'homme méchant, entre la chair du juste et celle du pervers; ce sont les mêmes sens que les uns font servir à la poursuite ardente du vrai, du beau et du bien, et les autres à la satisfaction plus ou moins brutale, plus ou moins raffinée et habile, de toutes les passions de l'animal. Pour les uns comme pour les autres, il se fait, durant la vie, entre eux et leur milieu, un échange semblable des mêmes atomes de

ment inspirée par lui; elle est empruntée à l'une de ces épîtres dont il est si difficile de connaître aujourd'hui l'époque et l'auteur. (Jean, ép. Ire, ch. III, v. 14-15.)

matière, figurant en même nombre dans des composés parfaitement identiques. Pour les uns comme pour les autres, la force vitale qui donnait l'unité à leur être charnel n'est pas plutôt éteinte qu'elle laisse le champ libre à toutes les autres forces décomposantes et recomposantes de la nature; et ces forces font bientôt participer à mille combinaisons nouvelles la matière indifférente qui se trouvait réunie pour constituer leur corps le jour où il a cessé de vivre.

L'idée d'une transformation facultative du corps au moyen des œuvres de l'esprit, toute satisfaisante qu'elle serait au point de vue de la morale, est donc démontrée fausse par le fait lui-même. Mais d'ailleurs, à qui avonsnous emprunté les aperçus épars de cette idée? — A une

doctrine dans laquelle ils n'étaient qu'une superfétation illogique; à une doctrine qui ne peut d'aucune manière se relier à un système quelconque de lois générales instituées en vue de résultats naturels, étant issue de précédents aussi locaux, aussi spéciaux que possible, et instituée tout entière en vue d'événements prochains exactement définis.

Il est vrai qu'on a mis depuis longtemps en usage un moyen radical et simple d'associer les idées hébraïques à toutes les conceptions possibles sur Dieu, la nature et l'homme. Ce moyen consiste à placer tacitement, en regard de chaque verset de l'Ancien et du Nouveau

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