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CHAPITRE XXVIII (a).

Résurrection de Jésus-Christ. Ses apparitions. Mission des apôtres.

1. Mais, cette semaine étant passée, le premier jour de la suivante commençait à peine à luire, lorsque Marie-Madeleine et l'autre Marie vinrent pour voir le sépulcre.

2. Et tout d'un coup il se fit un grand tremblement de terre; car un ange du Seigneur descendit du ciel, et vint renverser la pierre qui fermait le sépulcre, et s'assit dessus (b).

3. Son visage était brillant comme un éclair, et ses vêtements blancs comme la neige.

4. Les gardes en furent tellement saisis de frayeur, qu'ils devinrent comme morts.

5. Mais l'ange, s'adressant aux femmes, leur dit : Pour vous, ne

qu'on en pourrait tirer. Elle a été faite après coup pour affirmer d'autant mieux la résurrection.

(a) Origine de la foi à la résurrection. (Cf. psaume xv, 10, cité par les Actes, II, 27.)

(b) Résurrection. On peut dire que les vrais et premiers auteurs de cette histoire sont les pharisiens. Le dogme de la résurrection des cadavres ayant été inventé par eux, et la foi à l'immortalité du Messie, d'Élie, etc., étant répandue, les choses s'ensuivaient logiquement et nécessairement.

Jésus, comme prophète et comme Messie, ou ne devait pas périr, ou, s'il était mis à mort, devait ressusciter. Comment s'opérerait cette résurrection? Question insondable, mais qui avec le temps trouva une solution. Le temps, en effet, fit croire à des apparitions de Jésus après sa mort; de ces apparitions de Jésus, pur esprit, à sa résurrection, il n'y avait pas loin. Le prodige fut donc accompli dans le cours du premier siècle. (Cf. I Cor., xv, 5 et suiv.; Act., IX, XXII, 3 et suiv., et xxvi, 12, la christophanie arrivée à saint Paul.)

craignez point; car je sais que vous cherchez Jésus, qui a été crucifié.

6. Il n'est point ici; car il est ressuscité comme il l'avait dit. Venez, et voyez le lieu où le Seigneur avait été mis;

7. Et hâtez-vous d'aller dire à ses disciples qu'il est ressuscité. Il ira avant vous en Galilée (c). C'est là que vous le verrez; je vous en avertis auparavant.

8. Ces femmes sortirent aussitôt du sépulcre avec crainte et avec beaucoup de joie; et elles coururent annoncer ceci aux disciples. 9. En même temps Jésus se présenta devant elles, et leur dit : Le salut vous soit donné. Et elles, s'approchant, lui embrassèrent les pieds, et l'adorèrent.

10. Alors Jésus leur dit: Ne craignez point. Allez dire à mes frères qu'ils aillent en Galilée; c'est là qu'ils me verront (d).

11. Pendant qu'elles y allaient, quelques-uns des gardiens vinrent à la ville, et rapportèrent tout ce qui s'était passé aux princes des prêtres,

12. Qui, s'étant assemblés avec les sénateurs, et ayant délibéré ensemble, donnèrent une grande somme d'argent aux soldats,

(c) In Galilæam cf. plus haut, xxvi, 32; Jésus, pendant la Cène, annonce qu'après sa résurrection, on le verra en Galilée.

Cela met sur la trace.

Il ressuscite sans témoins.

Le corps a disparu.

Il se montre à quelques rares fidèles, non point à Jérusalem, sur le lieu de son supplice, mais en Galilée.

D'un côté, il se passe des visions ou apparitions du Christ mort; de l'autre son cadavre ne paraît plus que croire de tout cela?

La nation est anéantie en l'an 70; alors plus de doute : le Messie temporel, le Messie roi est impossible; le vrai Messie, le Messie spirituel, est le seul sur qui on puisse compter encore; ce Messie, c'est Jésus!...

(d) VERS. 9-10.-L'apparition de Jésus rend inutile la commission des anges (5–7), et vice versa. Mais, dit Strauss, ces anges sont un ornement de la résurrection, à moins qu'on ne préfère y voir les agents secrets de la résurrection.

13. En leur disant: Dites que ses disciples sont venus la nuit, et l'ont enlevé pendant que vous dormiez.

14. Et si le gouverneur vient à le savoir, nous l'apaiserons, et

nous vous mettrons en sûreté.

15. Les soldats, ayant reçu cet argent, firent ce qu'on leur avait dit; et ce bruit, qu'ils répandirent, dure encore aujourd'hui (e), parmi les Juifs (f).

16. Or, les onze disciples s'en allèrent en Galilée, sur la montagne où Jésus leur avait commandé de se trouver.

17. Et le voyant là, ils l'adorèrent; quelques-uns néanmoins furent en doute (g).

(e) Usque in hodiernum diem. Cela suppose un temps assez long, plus de quelques années. Trois ans après, quatre ans, dix ans même, les faits eussent été encore tout frais, et l'auteur eût pu invoquer le témoignage des témoins oculaires encore vivants. Mais il n'en est rien on cite l'opinion qui avait cours parmi les Juifs comme une tradition: ce qui exclut l'idée que le rédacteur avait vu les faits et parlait à des contemporains.

(f) VERS. 11-15. Ceci est raconté d'un air à faire croire que la vérité est précisément du côté où l'on prétend qu'elle n'est pas. L'Évangile est plein de ces naïvetés. On dirait un enfant terrible! Papa, tu voudrais bien que je dise que c'est moi qui ai fait telle chose! mais c'est pas vrai !...

(g) VERS. 7, 10, 16, 17. —L'ordre de se retirer en Galilée est précis; il est confirmé par Marc; et quoique Jean ne le répète pas, son vingt-unième chapitre en est une espèce d'accomplissement.

Mais ce même ordre est démenti par Luc (Act. 1, 4), qui fait défendre positivement par Jésus aux disciples de s'écarter de Jérusalem, et qui, dans son Évangile, raconte les apparitions aux apôtres en conséquence. Jean est incertain. Jésus se montre, suivant lui, aux apôtres à Jérusalem, et aux mêmes en Galilée! La contradiction est flagrante et inextricable. Il faut prendre un parti. Pour moi, je préfère la leçon des deux premiers, qui, en toute occasion, sont plus d'accord avec

18. Mais Jésus, s'approchant, leur parla ainsi : Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre.

19. Allez donc, et instruisez tous les peuples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit,

20. Et leur apprenant à observer toutes les choses que je vous ai commandées. Et assurez-vous que je serai toujours avec vous jusqu'à la consommation des siècles (h).

eux-mêmes et dignes de plus de foi. Je dis en conséquence que Jésus-Christ ne s'est pas fait voir à Jérusalem dans les cinquante jours qui suivirent sa passion; que ses disciples n'y demeurèrent point; qu'ils s'en retournèrent dans la Galilée à leurs filets; que pendant qu'ils y étaient, le bruit courait à Jérusalem que Jésus était apparu en Galilée; que dans le même temps on disait à ceux de Galilée qu'il était apparu à Jérusalem; et qu'ainsi fut fabriquée, en vertu de la croyance à la résurrection des corps et de celle que le Messie ne pouvait mourir, l'histoire de la résurrection de Jésus. Quant au matérialisme qui le fait ressusciter avec son même corps, on voit par Paul que c'est une fable ridicule (contraire à la vraie théorie de la résurrection).

Mais Jésus était-il bien mort?... (Cf. Marc, xv, 4h4, et Lue, XXIV, 44.)

(h) L'évangéliste s'arrête tout court; il ne parle pas de l'ascension de Jésus; il ne dit pas ce que depuis sa résurrection il est devenu. Il croyait simplement de lui, comme on croyait d'Élie, qu'il n'était pas mort et qu'il était quelque part, soit au ciel ou ailleurs, toujours prêt à paraître pour la défense de l'Église.

L'histoire de la résurrection du Christ montre combien matérialiste encore était chez les Juifs le dogme de l'immortalité. La mort de Jésus n'eût point embarrassé les chrétiens du moyen âge. Qu'est ce que le corps? Une enveloppe, rien. L'âme, c'est tout. Non-seulement Jésus, mais aucun homme ne peut être anéanti; et toujours par la permission divine, il peut y avoir communication entre les vivants et les morts. Mais pour des Juifs, c'était autre chose. A la mort, tout

finissait!... Seul, le Christ, le Messie, ne pouvait mourir. (Cf. Jean, XII, 34.)- Or, s'il ne pouvait mourir, c'est-à-dire s'il devait rester éternellement, comment expliquer sa crucifixion? De là la nécessité d'avoir le cadavre pour le ressusciter et même pour arriver à son ascension; de là l'opinion que si le corps de Jésus ne retournait pas à la vie, c'en était fait de lui, il était PERDU à tout jamais.

Il faut remarquer l'extrême discrétion de Matthieu sur le fait de la résurrection de Jésus. Il y croit bien certainement, et dans le sens le plus matériel du mot, bien différent en cela de Marc, de Luc et de Paul, qui expliquent la résurrection, dont ils n'ont pas été témoins, par la théorie pharisaïque de la réviviscence : ce qui est, du moins au sens vulgairement suivi, la négation même de la résurrection! Aussi, chose que je n'ai encore vu relever par personne, sommes nous ici en présence de deux ordres de témoignages diamétralement contraires les uns qui, comme Matthieu, Pierre, Jean, etc., croient à une résurrection de Jésus tout à fait pareille à celle de Lazare; les autres qui n'admettent que la résurrection pharisaïque, doctrinale, telle qu'elle résulte de la notion d'immortalité. Seulement, tandis que tous les hommes attendent leur résurrection à la fin des siècles, Jésus, par le privilége de sa divinité, les aurait précédés dans cette voie. (Cf. Marc, xvi, et Luc, XIV.)

D'après Matthieu, Jésus ne se montre qu'une fois à Jérusalem, aux femmes, pour leur dire d'avertir ses disciples; et une fois en Galilée, à ses disciples, pour leur donner ses instructions. Depuis on ne l'a plus revu.

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