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22. Et ils étaient étonnés de sa doctrine, parce qu'il les instruisait comme ayant autorité, et non pas comme les scribes.

23. Or, il se trouva dans leur synagogue un homme possédé (e) de l'esprit impur, qui s'écria,

24. Disant: Qu'y a-t il entre vous et nous, Jésus de Nazareth? Etes-vous venu pour nous perdre? Je sais qui vous êtes : vous êtes le saint de Dieu.

25. Mais Jésus, lui parlant avec menaces, lui dit : Tais-toi, et sors de cet homme.

26. Alors l'esprit impur, l'agitant avec de violentes convulsions, et jetant un grand cri, sortit de lui.

27. Tous en furent dans un si grand étonnement, qu'ils se demandaient les uns aux autres : Qu'est-ce que ceci, et quelle est cette nouvelle doctrine? Il commande avec empire même aux esprits impurs, et ils lui obéissent.

28. Sa réputation se répandit en même temps dans toute la Galilée.

29. Aussitôt qu'ils furent sortis de la synagogue, ils vinrent avec Jacques et Jean en la maison de Simon et d'André.

30. Or la belle-mère de Simon était au lit, ayant la fièvre; ils lui parlèrent aussitôt d'elle;

31. Et lui, s'approchant, la prit par la main, et la fit lever. Au même instant la fièvre la quitta, et elle les servit.

32. Sur le soir, le soleil étant couché, ils lui amenèrent tous les malades et les possédés;

33. Et toute la ville était assemblée devant la porte..

34. Il guérit plusieurs personnes de diverses maladies, et il chassa plusieurs démons; mais il ne leur permettait pas de dire qu'ils le connaissaient (f).

mission en sous-œuvre, et, chose étrange, devint lui-même, avec le temps, et moins par son fait que par celui de ses disciples, le vrai Christ!... (Cf. Matthieu, III.)

(e) Sur les possessions, cf. Strauss. Il est remarquable que Jean ne fait mention d'aucune.

(f) Jésus ne permet point au démon de parler de lui. Ceci est extraordinaire. Veut-on dire qu'il recommandait le silence aux personnes délivrées de leurs démons, ou bien aux démons eux-mêmes? Mais comment les démons, une fois chassés des corps qu'ils occupaient, auraient-ils pu parler? et, si cela eût été possible, quel plus grand témoignage Jésus pouvait-il donner de lui? Il faut donc se rapporter au premier

35. Le lendemain, s'étant levé de fort grand matin, il sortit, et s'en alla dans un lieu désert, où il priait.

36. Simon et ceux qui étaient avec lui l'y suivirent;

37. Et, l'ayant trouvé, ils lui dirent: Tout le monde vous cherche.

38. Il leur répondit: Allons aux villages et aux villes d'ici alentour, afin que j'y prêche aussi; car c'est pour cela que je suis

venu.

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sens, conforme d'ailleurs à ce que les évangélistes racontent en d'autres endroits sur le secret recommandé par Jésus. Plus on réfléchit sur tout cela, plus on se convainc que le prétendu Christ fut un sermonnaire homme de bien, faisant un peu de médecine, agissant plus qu'il ne parlait, et ne songeant point au rôle qu'on lui a fait jouer depuis. Cette dernière réflexion est peu juste. Jésus, comme Jean-Baptiste, fut un véritable enthousiaste, mystique, illuminé, doué d'une pénétration, d'une originalité, d'une profondeur remarquables. C'est aux traditions juives, dont il était plein, qu'il dut la première pensée de son messianisme: comment en vint-il à se prendre lui-même pour le Messie attendu de sa nation? C'est là un mystère de psychologie insondable. Mais ce qui est certain, c'est que Jésus, avec un génie extraordinaire, jugeant les temps, comme il dit, comprit tout d'abord ces deux choses capitales: 1° que c'était fait du mosaïsme; 2° que le rôle de Messie ne pouvait plus avoir rien de politique, mais restait purement social et humanitaire. Là est le témoignage le plus irrécusable de la haute portée d'esprit de cet homme. Toute sa prédication, tous ses discours, ses actes, sa discipline, son institution, procèdent de là. Les événements ont prouvé depuis qu'il avait sainement apprécié la situation, non-seulement de son peuple, mais du monde. La ruine du peuple juif sous Titus et Adrien a ruiné les espérances de Messie politique, comme la conversion de l'empire romain a justifié l'entreprise de celui que les nations se sont accordées à prendre pour leur Christ, Christus gentium.

Après de nouvelles études, j'hésite entre les deux opinions.

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39. Il prêchait donc dans leurs synagogues et par toute la Galilée, et il chassait les démons.

40. Il vint à lui un lépreux, qui, le priant, et se jetant à genoux, lui dit : Si vous voulez, vous pouvez me guérir.

41. Jésus eut pitié de lui; et, étendant la main, il le toucha, et lui dit: Je le veux; soyez guéri.

42. Dès qu'il eut dit cette parole, la lèpre quitta cet homme, et il se trouva guéri.

43. Jésus le renvoya aussitôt, après lui avoir défendu fortement d'en parler.

44. En lui disant : Gardez-vous bien de rien dire de ceci à personne; mais allez vous montrer au prince des prètres, et offrez pour votre guérison ce que Moïse a ordonné, afin que cela leur serve de témoignage.

45. Mais cet homme, l'ayant quitté, commença à parler de sa guérison, et à la publier partout; de sorte que Jésus ne pouvait plus paraître dans la ville; mais il se tenait dehors, dans les lieux déserts, et on venait à lui de tous côtés.

CHAPITRE II.

Paralytique. Vocation de saint Matthieu. Jeûne. Épis rompus.
Culte du sabbat.

1. Quelque temps après il revint à Capharnaum.

2. Aussitôt qu'on eut entendu dire qu'il était dans la maison, il s'y assembla un si grand nombre de personnes que ni le dedans du logis, ni tout l'espace qui était devant la porte, ne pouvait les contenir; et il leur prèchait la parole de Dieu.

3. Alors quelques-uns vinrent lui amener un paralytique, qui était porté par quatre hommes.

4. Mais comme ils ne pouvaient le lui présenter, à cause de la foule, ils découvrirent le toit de la maison où il était, et y ayant fait une ouverture, ils descendirent le lit où le paralytique était couché.

5. Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique: Mon fils, vos péchés vous sont remis.

6. Or il y avait là quelques scribes assis, qui s'entretenaient de ces pensées dans leur cœur :

7. Que veut dire cet homme? Il blasphème; qui peut remettre les péchés que Dieu seul (a)?

(a) Matthieu (1x) ne donne pas la raison qui fait, selon les

8. Jésus, connaissant aussitôt par son esprit ce qu'ils pensaient en eux-mêmes, leur dit : Pourquoi vous entretenez-vous de ces pensées dans vos cœurs?

9. Lequel est le plus aisé de dire à ce paralytique : Vos péchés vous sont remis; ou de lui dire Levez-vous, emportez votre lit, et marchez?

:

10. Or afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a sur la terre le pouvoir de remettre les péchés :

11. Levez-vous, dit-il au paralytique, je vous le commande; emportez votre lit, et allez-vous-en dans votre maison (b).

12. Il se leva au même instant, emporta son lit, et s'en alla devant tout le monde; de sorte qu'ils furent tous saisis d'étonnement; et, rendant gloire à Dieu, ils disaient : Jamais nous n'avons vu rien de semblable.

13. Jésus étant sorti une autre fois du côté de la mer, tout le peuple venait à lui, et il les enseignait.

14. Et lorsqu'il passait, il vit Lévi, fils d'Alphée, assis au bureau des impôts, et il lui dit : Suivez-moi. Il se leva aussitôl, et le suivit.

Juifs, que Jésus blasphème; elle ne me paraît avoir été trouvée que par Marc, et n'être point dans la pensée des scribes (cf. Matthieu, IX, 3, note b); outre la raison que j'en ai donnée, cette interprétation de Marc ne concorde point avec la réplique de Jésus. Voici, en effet, comment raisonne le thaumaturge: Vous ne niez pas le pouvoir qu'ont les prophètes de faire des miracles; donc également ils ont le pouvoir de remettre les péchés, puisqu'ils peuvent en annuler le châtiment, et l'un implique l'autre. Autrement le miracle luimême serait un blasphème.

On aurait donc ici un indice fort léger de la postériorité de c'est que le vrai sens, de Matthieu à lui, se serait

Marc perdu!

(b) Quelle liaison entre le pouvoir de remettre les péchés et celui de guérir les malades? Voilà ce que le verset 7, avec son interprétation, ne laisse pas voir. Il en résulte que Jésus, Fils de l'homme, partageant, selon Marc, la prérogative de Dieu de remettre les péchés, est plus qu'un thaumaturge ordinaire; il a rang au-dessus des prophètes anciens; il y a progrès dans la notion du Christ de Matthieu à Marc.

15. Et Jésus étant assis à table dans la maison de cet homme, beaucoup de publicains et de gens de mauvaise vie y étaient assis avec lui et avec ses disciples; car il y en avait même plusieurs qui le suivaient.

16. Les scribes et les pharisiens, voyant qu'il mangeait avec les publicains et avec les gens de mauvaise vie, dirent à ses disciples: Pourquoi votre maître mange-t-il et boit-il avec des publicains et des gens de mauvaise vie?

17. Ce que Jésus ayant entendu, il leur dit : Ce ne sont pas les sains, mais les malades qui ont besoin de médecin. Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs.

18. Or les disciples de Jean et ceux des pharisiens jeûnaient souvent; et, étant venus le trouver, ils lui dirent : Pourquoi les disciples de Jean et ceux des pharisiens jeûnent-ils, et que vos disciples ne jeûnent pas?

19. Jésus leur répondit : Les amis de l'époux peuvent-ils jeûner pendant que l'époux est avec eux? Non, sans doute, ils ne peuvent pas jeûner pendant qu'ils ont l'époux avec eux.

20. Mais il viendra un temps où l'époux leur sera ôté, et ce sera alors qu'ils jeûneront.

21. Personne ne coud une pièce de drap neuf à un vieux vêtement; autrement la pièce neuve emporterait encore une partie du vieux, et la rupture en deviendrait plus grande.

22. Et nul ne met non plus du vin nouveau dans de vieux vaisseaux; parce que le vin nouveau romprait les vaisseaux, le vin se répandrait, et les vaisseaux se perdraient; mais il faut mettre le vin nouveau dans des vaisseaux neufs.

23. Il arriva encore que, le Seigneur passant le long des blés un jour de sabbat, ses disciples, en marchant, commencèrent à rompre des épis.

24. Sur quoi les pharisiens lui dirent : Pourquoi vos disciples font-ils, le jour du sabbat, ce qu'il n'est point permis de faire? 25. Il leur répondit : N'avez-vous jamais lu ce que fit David dans le besoin où il se trouva, lorsque lui et ceux qui l'accompagnaient furent pressés de la faim?

26. Comment il entra dans la maison de Dieu, du temps du grand prêtre Abiathar, et mangea les pains de proposition, et en donna à ceux qui étaient avec lui, quoiqu'il n'y eût que les prêtres à qui il fût permis d'en manger?

27. Il leur dit encore: Le sabbat a été fait pour l'homme, et non pas l'homme pour le sabbat (c).

(c) Cela est d'un homme qui se moque du sabbat. Jésus ne se fût pas permis un tel sarcasme. Il y a donc ici addition à

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