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dans trois mesures de farine, jusqu'à ce que toute la pâte soit levée (d).

22. Et il allait par les villes et les villages, enseignant, et s'avançant vers Jérusalem.

23. Quelqu'un lui ayant fait cette demande : Seigneur, y en aura-t-il peu de sauvés? Il leur répondit :

24. Faites effort pour entrer par la porte étroite; car je vous assure que plusieurs chercheront les moyens d'y entrer, et ne le pourront pas (e).

25. Et quand le père de famille sera entré et aura fermé la porte, et que vous, étant dehors, vous commencerez à heurter, en disant Seigneur, ouvrez-nous; il vous répondra Je ne sais d'où vous êtes.

26. Alors vous direz Nous avons mangé et bu en votre présence, et vous avez enseigné dans nos places publiques.

27. Et il vous répondra : Je ne sais d'où vous êtes; retirez-vous de moi, vous tous qui commettez l'iniquité.

28. Ce sera alors qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez qu'Abraham, Isaac, Jacob, et tous les prophètes, seront dans le royaume de Dieu, et que, vous autres, vous serez repoussés dehors.

29. Il en viendra d'orient et d'occident, du septentrion et du midi, qui seront à table dans le royaume de Dieu.

30. Et ceux qui sont les derniers seront les premiers; et ceux qui sont les premiers seront les derniers (f).

31. Le même jour quelques-uns des pharisiens vinrent lui dire : Allez-vous-en, sortez de ce lieu, car Hérode veut vous faire mourir.

(d) VERS. 18-21.- Ces paroles sont d'un homme qui aperçoit très-bien le mouvement révolutionnaire, qui en comprend les conditions et la portée, qui sait que, lui mort, ses disciples morts, la révolution ne s'arrêtera pas.

(e) Sur. le petit nombre de sauvés, cf. Matthieu, VII, 13. Le sens de Jésus est clair; la théologie du salut l'a dénaturé. Il constate un fait toujours vrai : c'est que le chemin de la corruption est le plus suivi, qu'il est large et commode; tandis que la voie de la justice, qui commande aux passions, est difficile.

(f) VERS. 29-30. Allusion à la mission des Gentils.

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32. Il leur répondit: Allez dire à ce renard (g): J'ai encore à chasser les démons, et à rendre la santé aux malades aujourd'hui et demain, et le troisième jour (h) je serai consommé par ma mort. 33. Cependant il faut que je continue à marcher aujourd'hui et demain, et le jour d'après; car il ne faut pas qu'un prophète souffre la mort ailleurs que dans Jérusalem.

34. Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes, et qui lapides ceux qui sont envoyés vers toi, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses petits sous sęs ailes, et tu ne l'as pas voulu (i) !

35. Le temps s'approche où votre maison demeurera déserte. Or, je vous dis, en vérité, que vous ne me verrez plus désormais, jusqu'à ce que vous disiez: Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur.

CHAPITRE XIV.

Hydropique guéri. Prendre la place. Inviter les pauvres. Conviés qui s'excusent. Renoncer à tout. Porter sa croix. Sel affadi.

1. Un jour de sabbat, Jésus entra dans la maison d'un des principaux pharisiens, pour y prendre un repas; et ceux qui étaient là l'observaient.

2. Or il avait devant lui un homme hydropique;

3. Et Jésus, s'adressant aux docteurs de la loi et aux pharisiens, leur dit: Est-il permis de guérir des malades le jour du sabbat? 4. Et ils demeurèrent dans le silence. Mais lui, prenant cet homme par la main, le guérit, et le renvoya.

5. Ensuite, s'adressant à eux, il leur dit : Quel est celui d'entre vous, qui, voyant son âne ou son bœuf tombé dans un puits, ne l'en retire pas aussitôt le jour même du sabbat?

(g) Vulpi: Hérode était méprisé et impopulaire en Galilée. (h) Tertia die terme indéfini pour dire : Je prêche aujourd'hui, je périrai demain; c'est accepté. Je me moque de toi. Jésus est conséquent avec ses propres préceptes: il brave la mort et il rit des puissances.

(i) Cette apostrophe est naturellement amenée par tout ce qui précède. Jésus n'avait pas besoin d'être à Jérusalem ni d'y être venu pour parler de la sorte.

6. Et ils ne pouvaient rien répondre à cela (a).

7. Alors, considérant comme les conviés choisissaient les premières places, il leur proposa cette parabole, et leur dit :

8. Quand vous serez conviés à des noces, n'y prenez point la première place, de peur qu'il ne se trouve parmi les conviés une personne plus considérable que vous;

9. Et que celui qui vous aura invités l'un et l'autre ne vienne vous dire: Donnez votre place à celui-ci ; et qu'alors vous ne soyez réduit à vous tenir avec honte au dernier lieu.

10. Mais, quand vous aurez été convié, allez vous mettre à la dernière place, afin que lorsque celui qui vous a convié sera venu, il vous dise Mon ami, montez plus haut. Et alors ce vous sera un sujet de gloire devant ceux qui seront à table avec vous;

:

11. Car quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé.

12. Il dit aussi à celui qui l'avait invité: Lorsque vous donnerez à dîner ou à souper, n'y conviez ni vos amis, ni vos frères, ni vos parents, ni vos voisins qui seront riches; de peur qu'ils ne vous invitent ensuite à leur tour, et qu'ainsi ils ne vous rendent ce qu'ils avaient reçu de vous (b).

13. Mais, lorsque vous faites un festin, conviez-y les pauvres, les estropiés, les boiteux et les aveugles,

14. Et vous serez heureux de ce qu'ils n'auront pas le moyen de vous le rendre; car cela vous serà rendu dans la résurrection des justes (c).

(a) VERSETS 1-6. Cette guérison n'a d'autre but, comme plusieurs autres, que d'attaquer le sabbat. Jésus faisait le métier d'infirmier, il distribuait quelques ordonnances, sans distinction des jours; il n'a pas fallu un grand effort d'imagination, à propos de la critique des pharisiens, pour qu'il leur reprochât, non-seulement de lui défendre de soigner, mais de guérir le jour du sabbat. De là au miracle, il n'y avait qu'un pas. (Cf. plus haut, xi, 14). Luc et Paul ont forcé la pensée de Jésus.

(b) La pensée de Jésus me paraît ici forcée. Il ne défend pas les repas entre amis. Il veut dire que dans la plupart des invitations, il y a plus d'orgueil que de charité, et qu'il serait mieux d'inviter des pauvres, c'est-à-dire de distribuer en aumônes le prix de semblables festins.

(c)Justorum. Cela n'exclut pas la résurrection des méchants.

15. Un de ceux qui étaient à table, ayant entendu ces paroles, lui dit Heureux celui qui mangera du pain dans le royaume de Dieu !

16. Alors Jésus lui dit (d): Un homme fit un grand souper, auquel il invita plusieurs personnes.

17. Et, à l'heure du souper, il envoya son serviteur dire aux conviés de venir, parce que tout était prêt.

18. Mais tous, comme de concert, commencèrent à s'excuser. Le premier lui dit : J'ai acheté une terre, et il faut nécessairement que j'aille la voir; je vous supplie de m'excuser.

19. Le second dit : J'ai acheté cinq couples de bœufs, et je vais les éprouver; je vous supplie de m'excuser.

20. Et le troisième dit : J'ai épousé une femme, et ainsi je ne puis y aller.

21. Le serviteur, étant revenu, rapporta tout ceci à son maître. Alors le père de famille se mit en colère, et dit à son serviteur : Allez-vous-en vitement dans les places et dans les rues de la ville, et amenez ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux. 22. Le serviteur lui dit ensuite: Seigneur, ce que vous avez commandé est fait, et il y a encore des places.

23. Le maître dit au serviteur: Allez dans les chemins et le long des haies, et forcez les gens à entrer, afin que ma maison soit remplie;

24. Car je vous assure que nul de ces hommes, que j'avais conviés, ne goûtera de mon souper.

25. Une grande troupe de peuple marchant avec Jésus, il se retourna vers eux et leur dit :

26. Si quelqu'un vient à moi et ne hait pas son père et sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple."

27. Et quiconque ne porte pas sa croix et ne me suit pas, ne peut être mon disciple.

(d) Contre les Juifs, les Gentils sont préférés. (Voir, pour les variantes, Matthieu, xxII, 2.) Il est probable que Jésus est revenu à plusieurs reprises sur les mêmes paraboles, car il ne pouvait toujours prêcher que les mêmes vérités; mais il a modifié son discours, tantôt en y mettant des ornements nouveaux, tantôt en restreignant sa pensée et la rendant plus concise. Dans une vie de Jésus, il faudrait donc compléter les différentes versions les unes par les autres, sauf à avertir le lecteur.

28. Car qui est celui d'entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne suppute auparavant, en repos et à loisir, la dépense qui y sera nécessaire, pour voir s'il aura de quoi l'achever?

29. De peur qu'en ayant jeté les fondements et ne pouvant l'achever, tous ceux qui verront ce bâtiment imparfait ne commencent à se moquer de lui,

30. En disant: Cet homme avait commencé à bâtir, mais il n'a pu achever.

31. Ou quel est le roi qui, se mettant en campagne pour combattre un autre roi, ne consulte auparavant, en repos et à loisir, s'il pourra marcher avec dix mille hommes contre un ennemi qui s'avance vers lui avec vingt mille?

32. Autrement il lui envoie des ambassadeurs, lorsqu'il est encore bien loin, et lui fait des propositions de paix.

33. Ainsi, quiconque d'entre vous ne renonce pas à tout ce qu'il a, ne peut être mon disciple (e).

34. Le sel est bon; mais si le sel devient fade, avec quoi assaisonnera-t-on ?

35. Il n'est plus propre ni pour la terre, ni pour le fumier; mais on le jette dehors. Que celui-là entende, qui à des oreilles pour entendre (f et g).

(e) VERS. 26-33.- La suite de l'idée est celle-ci : Ceux qui viennent à moi doivent bien calculer tous les sacrifices qu'ils ont à faire sacrifices de fortune, d'amitié, de parenté, etc. Suit la comparaison du constructeur et du guerrier... Tout cela est admirable d'originalité, de verve, de sublimité et de dévouement. Mais c'est de l'anti-messianisme le mieux caractérisé. Jésus est le signe de contradiction: il le sait, il le dit, il le proclame à tout propos. N'importe, il n'en sera pas moins le Messie, Verbe de Dieu!

(VERSETS 34-35. - Ceci tombe sans à-propos. (Cf. Matthieu, v, 13.)

(g) Le messianisme de Jésus, son royaume de Dieu, ou ce qu'il appelle de ces deux noms, c'est-à-dire une révolution sociale et une réforme politique et religieuse par les mœurs, est comme une campagne militaire à laquelle, en effet, on sacrifie tout. Il n'est pas de général d'armée qui ne puisse dire la même chose à ses volontaires et à ses conscrits. Or, l'entre

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