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28. Ne craignez point ceux qui tuent le corps, et qui ne peuvent tuer l'âme; mais craignez plutôt celui qui peut perdre et l'âme et le corps dans l'enfer.

29. N'est-il pas vrai que deux passereaux ne se vendent qu'une obole? et néanmoins il n'en tombe aucun sur la terre, sans la volonté de votre Père.

30. Mais, pour vous, les cheveux même de votre tête sont tous comptés.

31. Ainsi ne craignez point; vous valez beaucoup mieux qu'un grand nombre de passereaux.

32. Quiconque donc me confessera, et me reconnaîtra devant les hommes, je le reconnaîtrai aussi moi-même devant mon Père, qui est dans les cieux (m);

33. Et quiconque me renoncera devant les hommes, je le renoncerai aussi moi-même devant mon Père, qui est dans les cieux.

34. Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre je ne suis pas venu apporter la paix, mais l'épée.

35. Čar je suis venu séparer l'homme d'avec son père, la fille d'avec sa mère, et la belle-fille d'avec sa belle-mère (n);

36. Et l'homme aura pour ennemis ceux de sa propre maison. 37. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi; et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi, n'est pas digne de moi.

38. Celui qui ne prend pas sa croix (0), et ne me suit pas, n'est pas digne de moi.

39. Celui qui conserve sa vie, la perdra; et celui qui aura perdu sa vie pour l'amour de moi, la retrouvera.

40. Celui qui vous reçoit, me reçoit; et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé.

41. Celui qui reçoit un prophète, en qualité de prophète, recevra la récompense du prophète; et celui qui reçoit un juste, en qualité de juste, recevra la récompense du juste;

(m) Cf. Luc, Ix, la note.

(n) Allusions aux divisions intestines causées par la nouvelle religion, notamment celles relatives aux chrétiens judaïsants.

(0) Crucem. Évidemment Jésus n'a pas dit cela il ne l'aurait pu dire qu'après sa résurrection. C'est une forme de langage mystique qui est venue après lui.

42. Et quiconque aura donné seulement à boire un verre d'eau froide à l'un de ces plus petits, comme étant de mes disciples, je vous dis, en vérité, qu'il ne perdra point sa récompense (p).

CHAPITRE XI (a).

Saint Jean envoie à Jésus-Christ. Éloge de saint Jean. Jésus-Christ et saint Jean rejetés. Villes impénitentes. Sages aveuglés. Simples éclairés, Douceur du joug de Jésus-Christ,

1. Jésus, ayant achevé (b) de donner ses instructions à ses douze disciples, partit de là pour s'en aller enseigner, et prêcher dans les villes d'alentour.

2. Or, Jean, ayant appris, dans sa prison, les œuvres merveilleuses de Jésus-Christ, envoya deux de ses disciples

:

3. Lui dire Êtes-vous celui qui doit venir, ou si nous devons en attendre un autre (c)?

(p)VERSETS 5-42. — Fondation de l'Église; organisation de la propagande chrétienne; premières instructions données aux apôtres sur leur conduite dans le monde. Ce chapitre x est plein de choses qui n'ont pu être dites par Jésus; ce sont des allusions à des faits arrivés plus tard, comme par exemple la persécution de Saul, racontée Actes vi et suiv., et qui fit fuir les disciples de Jérusalem à Samarie. (Cf. ci-dessus, verset 23.)

(a) Ce chapitre a pour objet de prouver que Jésus s'était donné comme Christ.

(b) Consummasset. Matthieu procède par catégories. Là se terminent les instructions aux apôtres. (Cf. plus haut, VII, 28.)

(c) Si Jean demande à Jésus s'il est le Messie, il n'a pas pu lui rendre le fameux témoignage qu'on a vu plus haut, chapitre II, versets 14 et suiv.; il y a là contradiction. Donc, on doit croire que Jésus a usé vis-à-vis de Jean d'une certaine dissimulation, ne fût-ce que celle qui consistait à lui taire ses vrais sentiments sur le Messie. Jean est ici dupe de l'équivoque et de la conduite tortueuse de Jésus.

4. Et Jésus leur répondit: Allez raconter à Jean ce que vous avez entendu et ce que vous avez vu.

5. Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, l'évangile est annoncé aux pauvres (d); ̧

6. (e) Et heureux est celui qui ne prendra point de moi un sujet de scandale et de chute.

7. Lorsqu'ils s'en furent allés, Jésus commença à parler de Jean au peuple, en cette sorte: Qu'êtes-vous allé voir dans le désert? Un roseau agité du vent?

8. Qu'êtes-vous, dis-je, allé voir? Un homme vêtu avec luxe et avec mollesse ? Vous savez que ceux qui s'habillent de cette sorte sont dans les maisons des rois.

9. Qu'êtes-vous donc allé voir? Un prophète? Oui, je vous le dis, et plus qu'un prophète.

10. Car c'est de lui qu'il a été écrit: J'envoie devant vous mon ange, qui vous préparera la voie où vous devez marcher.

11. Je vous dis, en vérité, qu'entre ceux qui sont nés des femmes, il n'y en a point eu de plus grand que Jean-Baptiste; mais celui qui est le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui (/)."

(d) VERSETS 4-5. Miracles donnés pour preuve de sa mission par Jésus. (Cf. plus bas, XII, 39: Jésus refuse de faire des miracles; cf. Luc, vir, 22.)

-

(e) Jésus paraît se plaindre dans ce verset du doute de Jean-Baptiste; aussi, après l'avoir beaucoup loué, le met-il, verset 11, au-dessous du plus petit des chrétiens. Au reste, Jésus raisonne sur son propre compte comme tous les Juifs : Je fais des miracles, donc je suis le Messie. Singulière façon de raisonner! Qu'on s'étonne, après cela, que les disciples, à l'exemple du maître, aient appliqué les prophètes et tout le Vieux Testament à la nouvelle secte, et aient fini par fabriquer à Jésus une histoire merveilleuse!... La critique qui précède tombe sur l'historien, qui dénature à la fois la pensée et le caractère de Jésus; elle ne touche pas celui-ci. (Cf. Luc, 11, 52; Jean, 1; Matthieu, v, 17, et alibi, passim.) (Jésus paraît ici visiblement contrarié du doute de JeanBaptiste il le ravale.

12. Or, depuis le temps de Jean-Baptiste jusqu'à présent (g), le royaume des cieux se prend par violence; et ce sont les violents qui l'emportent.

13. Car jusqu'à Jean, tous les prophètes, aussi bien que la loi, ont prophétisé.

14. Et, si vous voulez comprendre ce que je vous dis, c'est luimême qui est cet Élie qui doit venir.

15. Que celui-là entende, qui a des oreilles pour entendre (h,i etj). 16. Mais à qui dirai-je que ce peuple-ci est semblable? Il est semblable à ces enfants qui sont assis dans la place, et qui crient à leurs compagnons,

17. Et leur disent: Nous avons chanté pour vous réjouir, et vous n'avez point dansé; nous avons chanté des airs lugubres, et vous n'avez point témoigné de deuil.

18. Car Jean est venu, ne mangeant ni ne buvant, et ils disent: Il est possédé du démon.

19. Le Fils de l'homme est venu mangeant et buvant, et ils disent Voilà un homme qui aime à faire bonne chère et à boire du vin; il est ami des publicains et des gens de mauvaise vie; mais la sagesse a été justifiée par ses enfants.

20. Alors il commença à faire des reproches aux villes dans

(9) La prédication de Jean-Baptiste avait inspiré un zèle puissant pour le règne du Messie; toutes les imaginations étaient tendues de ce côté. Concluons donc que le narrateur a voulu se faire une autorité du Baptiseur.

(h) Annonce à mots couverts de la fin du mosaïsme.

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() VERS. 13-15.- Jésus indique ici que, le Messie venu, c'est fini de l'ancienne loi. Mais je regarde ce texte comme une interpolation. Jésus ne fut point un abrogateur du mosaïsme; en cela il différait des messianistes, qui disaient que le Messie venu changerait tout.

(j) VERS. 7-15.— Phrases incohérentes. Jésus exalte d'abord Jean, le présente comme prophète, dit que c'est Élie, le plus grand des hommes, le précurseur du Christ. Il s'en fait ainsi un instrument; il se le subordonne, malgré qu'il en ait. Aussi, après l'avoir tant exalté, il le ravale; il lui donne la dernière place dans le royaume des cieux. C'est juif.

lesquelles il avait fait beaucoup de miracles, de ce qu'elles n'avaient point fait pénitence (k et l).

21. Malheur à toi, Corozaïn; malheur à toi, Bethsaïde, parce que si les miracles qui ont été faits au milieu de vous avaient été faits dans Tyr et dans Sidon, il y a longtemps qu'elles auraient fait pénitence dans le sac et dans la cendre (m),

(k) On dirait l'apôtre Jean Journet qui, depuis dix ans, maudit le monde de ne pas croire à Fourier.

() VERS. 16-20. Autre discours qui ne tient au précédent que par une certaine association d'idées. Le siècle est dur; comme qu'on s'y prenne avec lui, il n'écoute rien. Ni Jean, ni Jésus; ni Cabet, ni Fourier; ni rouge, ni blanc ! C'est toujours la même chose! Du reste, ce discours est relatif à l'opposition entre la loi de Moïse et la nouvelle, opposition qui n'éclata qu'après la mort de Jésus.

(m) Reproche de n'avoir point cru aux miracles. On rencontre une contradiction perpétuelle, et aujourd'hui trèsdifficile à expliquer, dans la conduite de Jésus relativement à ses miracles. Tantôt il commande de les divulguer, tantôt il le défend. On dirait parfois un sage qui, après une guérison merveilleuse, mais très-probablement naturelle, opérée par ses soins, tantôt évite le bruit, de peur de faire crier au thaumaturge, tantôt cherche précisément à se faire passer pour tel. Quand il s'agit de faire un miracle, Jésus recule; c'est tout simple; quand le miracle est fait, mais encore frais, il défend d'en parler, il craint la vérification... c'est prudent; mais quand les miracles sont anciens, il en réclame le bénéfice; cela semble louche.-Le prédicateur convertisseur s'irrite; dans sa bonne foi religieuse, il maudit les incrédules et les endurcis ; mais cela ne lui-ôte pas tout à fait le jugement, et ne l'empêche pas de se comporter avec une singulière prudence. L'ironie ne lui manque pas surtout. Elle éclate à chaque instant. Capharnaum, qui l'a vu naître, qui l'a vu travailler à son établi, refuse de croire; il s'écrie (verset 25): Je te rends grâce, ô mon Père, d'avoir caché ces choses aux

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