Page images
PDF
EPUB

-

Pape,et de son pouvoir sans bornes, sous peine de privation des Sacremens; - lorsqu'en cet état les architectes qui président, ou s'ingèrent de présider à la construction de l'édifice de Dieu, par un aveuglement pénal qui tient du surnaturel et passe tout ce que l'on peut imaginer, ne voient point de remède plus présent, plus efficace, plus certain, pour subvenir à tous les maux, qu'une mesure assûrément la plus propre à y mettre le comble, savoir LE RÉTABLISSEMENT DES JÉSUITES... Quand on est réduit à une telle désolation, l'esprit chrétien se porte comme par instinct vers les ressources d'un ordre supérieur, que Dieu dans sa miséricorde a préparées pour les derniers tems, et dont les promesses, renouvellées d'âge en âge, se trouvent consignées dans toute la suite des Ecritures, Pénétré de ce sentiment, vers le commencement du siècle actuel, et avant que les choses fussent au point où nous les voyons, je me suis livré avec une grande application àl'étude de nos saints livres pour y puiser les consolations dont mon cœur avoit besoin (1), et j'ai résolu d'y employer désormais tous les moments dont je pourrois disposer. J'ai commencé par les Psaumes qui, avec un ensemble de prières merveilleux, assorti à tous les états de la vie chrétienne, renferment un corps de prophéties absolument complet sur Jésus-Christ et sur l'Eglise. Je les ai traduits de nouveau sur l'Hébreu, en conférant

(1) Habentes solatio sanctos libros. I. Mach. XII. 9.

απο

le texte, non seulement avec les corrections du P. Houbigant, et le peu de variantes par lui indiquées, mais avec toutes celles recueillies en si grand nombre par le Docteur Kennicott et par l'abbé Rossi. Je les ai rangés dans leur ordre naturel, en distinguant les psaumes moraux d'avec les psaumes prophétiques, et, parmi ces derniers, ceux qui regardent JésusChrist d'avec ceux qui concernent l'Eglise, mettant les uns et les autres, chacun à la place qui leur appartient, selon la série des évènemens annoncés. J'y ai joint des titres qui en indiquent le sujet, des explications qui en développent le sens, et des notes critiques où je rends raison des leçons que j'ai cru devoir préférer, des fautes que j'ai imputées quelquefois aux copistes, et généralement de tous les points sur lesquels repose mon interprétation. Le public est en possession de cet ouvrage depuis dix ans ; et malgré la lenteur du débit, que je puis attribuer d'une part au malheur des tems, de l'autre à mon isolement, n'ayant ni prôneurs ni coterie, j'ai lieu de croire d'après le jugement que les personnes instruites en ont porté, qu'il n'est point inutile.

Ce travail fini, j'en ai entrepris un autre du même genre, mais beaucoup plus étendu, savoir l'explication de tous les Prophètes. Il est achevé ; et, dès l'année dernière, j'aurois pu le livrer à l'impression. Mais auparavant je me suis demandé: A quoi va servir ce nouvel ouvrage? Qui l'achetera? Qui le lira ? Le goût des écritures, si commun dans les premiers siècles, et même

jusqu'à nos jours, est devenu si rare, non seulement parmi les laïcs, mais même parmi ceux qui sont chargés de les instruire, et dont les lèvres, comme dit un Prophète, doivent être les dépositaires de la science (1), qu'il n'est pas à présumer qu'un livre de cette nature, nécessairement un peu volumineux, soit d'un écoulement facile. Le froid accueil fait aux Psaumes n'étoit point à cet égard d'un bon augure. L'idée m'est venue d'un essai, pour sonder là-dessus les dispositions du public. J'ai détaché de l'ouvrage les explications de quelques leçons des Prophètes, que nous lisons aux grandes solennités de Noël, de Pâques et de la Pentecôte. Je les ai fait imprimer et annoncer, le mieux que j'ai pu, à l'approche de ces fêtes. Chacune avoit été tirée à cent exemplaires seulement; et le prix n'étoit que de cinq sous, peu effrayant pour les bourses les plus modestes. Quel a été le résultat? Beaucoup d'exemplaires sont restés, quoique j'en eusse donné beaucoup, environ le cinquième au total; et l'Explication de la Pentecôte qui étoit la plus importante, et dont on m'a fait le plus de complimens, est précisément celle dont les exemplaires m'ont été rendus en plus grand nombre.

Rebuté par cette épreuve, j'étois à peu près décidé à garder mon travail pour moi, sauf à le communiquer aux amis qui voudroient en prendre connoissance, ou à des écrivains plus heureux que moi, auxquels il pourroit être utile pour la composition de quelque ouvrage. J'ai

(1) Labia sacerdotis custodient scientiam. Malach. 11. 7.

même cru un instant que Dieu paroissant s'expliquer par le fait, et tenant, pour me servir d'une expression de l'Écriture, la porte fermée (1), ce ne fût aller contre sa volonté, aussi follement qu'audacieusement, que de prétendre l'ouvrir en quelque manière par force, en passant à l'impression. Cependant on m'a représenté, et je me suis dit à moi-même qu'il pouvoit y avoir de la témérité à interpréter ainsi la volonté du souverain maître; que la règle générale, quand on a reçu quelque lumière, quelque don pour l'utilité de l'Eglise (2), est d'en faire part et indistinctement à tout le monde, parce qu'on l'a reçu, non pas pour soi ni pour quelques-uns seulement, mais pour tous; que Dieu a ses vues où les hommes ne sauroient pénétrer; que ce qui est inutile dans un tems peut être utile dans un autre; qu'une semence qui dans un pays demeure stérile, peut porter du fruit dans un autre où le terrain est mieux disposé; qu'après tout il n'est pas juste de priver d'un bien quelques-uns de ses freres, parce que les autres seroient décidés à n'en pas user; qu'il est peut-être dans les desseins de Dieu, que telle vérité · ne devienne pas populaire, mais demeure pendant un tems renfermée dans un cercle plus ou moins étroit ; qu'il faut se soumettre à ce qu'il ordonne; qu'en définitive tout est pour les Élus;

(1) Ecce dedi coram te ostium apertum. Apoc. m. 8. C'est précisément le contraire qui m'est arrivé. Voyez aussi I. Cor. XVI. 9-2. Cor. 11. 12. Cor. iv. 3.

(2) Ad utilitatem. I. Cor. xII. 7.

que c'est pour eux que nous travaillons, qui que nous soyons dans l'Eglise, sauf au Seigneur à leur répartir, comme il juge à propos, les fruits de notre travail; que peu importe, en ce qui est de nous, que nous soyons utiles à un plus grand ou à un moindre nombre; que nous devons faire pour peu ce que nous ferions pour beaucoup, et que, dussions-nous ne profiter qu'à un seul, nous serions assez récompensés de nos peines.

Je me suis rendu à ces raisons, et je me détermine à imprimer. Dieu m'a mis en état d'en faire les frais; et, puisque l'aumône est un devoir, j'espère que celle-ci, s'il faut que c'en soit une, pourra lui être aussi agréable qu'une autre. Je vais donc me mettre en besogne ; j'aurai soin seulement d'économiser sur le tirage, et de proportionner la quantité des exemplaires au petit nombre présumé des lecteurs. Je me propose même d'aller plus loin; et après avoir interprété les Prophètes, j'entreprendrai, si Dieu le permet, d'expliquer ce livre qui est la récapitulation et l'abrégé de toutes les prophéties (je veux parler de l'Apocalypse ), et qui n'est plus un livre scellé, depuis que les évènemens nous en ont donné l'intelligence. Mais, avant de me livrer à ce travail, je dois m'occuper d'un autre qui en est le préliminaire.

II. Dieu dans tous les tems a fait annoncer à ses serviteurs les grandes choses qu'il se proposoit d'opérer pour leur salut, et il a fait écrire ces révélations dans des livres rédigés exprès pour

« PreviousContinue »