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d'entre eux, un prêtre juif, ayant osé porter une main impie sur le brancard, cette main y resta attachée; son bras fut subitement paralysé, et tous ses compagnons devinrent aveugles. Effrayés d'un châtiment si terrible, ils se repentirent de leur crime. Alors, à la prière des Apôtres, Dieu les guérit et toucha leur cœur, de sorte que tous se firent baptiser (1). Pour perpétuer le souvenir d'un si éclatant miracle, les premiers chrétiens élevèrent en ce lieu même un petit oratoire ou chapelle. Mais ce sanctuaire eut le sort des 365 églises ou chapelles des premiers siècles qui ornaient la Ville-Ste et le Mont des Oliviers; il tomba sous l'impitoyable marteau de Chosroès. On comprend l'impossibilité, pour l'abbé Modeste, de relever tous ces édifices tombés; car les heureux temps de Ste Hélène, des deux Mélanie, de Bessa, de Tatienne, de Zéna, d'Eudoxie, de Justinien, d'Anastasien, n'existaient déjà plus. Seuls les principaux Sanctuaires furent reconstruits.

II. Etat actuel.

Depuis le passage de Chosroès, l'Oratoire de l'arrestation du convoi funèbre de la Ste-Vierge est toujours resté en ruines; ces ruines mêmes ont disparu. Un morceau de fût de colonne planté en terre en marque aujourd'hui l'emplacement.

De cette colonne on continue sa route, abandonnant à gauche une rue, et en appuyant un peu à droite, pour laisser du même côté, au bout d'un trajet de 50 mèt., un chemin qui montre devant soi (sud) la grande porte à deux battants, par laquelle on a accès au

CÉNACLE.

(Nabi-Daoud)

I. Historique.

Les souvenirs les plus sacrés se rattachent au Cénacle. Là, en effet, d'après les ordres du Divin Maître, les Apôtres préparèrent tout ce qu'il fallait pour célébrer la dernière Pâque; là, N.-S. lava les pieds à ses Apôtres; là, il institua le T.-S. Sacrement de l'Eucharistie et le Sacerdoce; là, il

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prédit la trahison de Judas et la chute de Pierre; là, il tint les sublimes discours recueillis par S. Jean dans son divin évangile; là, il apparut plusieurs fois après sa résurrection; là enfin, s'opéra la descente du S. Esprit, au jour de la Pentecôte. D'après la tradition, cette Maison appartenait à S. Joseph d'Arimathie, celui-là même qui eut l'insigne honneur d'ensevelir avec Nicodème le corps sacré du Sauveur. Du temps de N.-S., elle avait deux étages, divisés en deux parties. Les Apôtres ayant reçu le S. Esprit, et étant sortis de Jérusalem pour annoncer l'Evangile dans la Judée, le Cénacle servit de lieu de réunion aux premiers chrétiens, car on y célébrait les Sts-Mystères. Aussi, nous dit Guillaume de Tyr, ce lieu a-t-il toujours été considéré comme l'Eglise-Mère. (1) Au témoignage de S. Epiphane (2), ce S. Edifice n'eut pas à souffrir durant le siège de Jérusalem par Titus. Il fut définitivement transformé en Eglise avant l'époque du règne d'Hadrien. Lorsque Hadrien, nous dit ce S. Père, venant d'Egypte, entra à Jérusalem, il trouva la ville ruinée, sauf quelques habitations, parmi lesquelles l'Eglise de Dieu, de petite dimension, située au premier étage de la Maison, où montèrent les disciples après l'Ascension du Sauveur. Au commencement du IVe siècle, Ste Hélène, dont le zèle pour les Lieux-Sts fut si admirable, n'eut garde d'oublier le Sanctuaire du Mont Sion; elle y fit construire une Eglise (3) à deux étages; c'est du moins ce que l'on peut conjecturer d'un passage des catéchèses de S. Cyrille de Jérusalem. Selon la plupart des auteurs qui parlent de la Terre-Ste, c'est dans cette Eglise que les reliques de S. Etienne, de S. Gamaliel, de S. Nicodème et de S. Abibas ou Abibon furent transférées (4). Elles y ont été vénérées jusqu'en 454, époque à laquelle l'Impératrice Eudoxie les fit déposer dans

(1) Guill. de Tyr l. XV, 4.

(2) Lib de Mensuris. 170-XIV.

(3) Nicéphore et Métaphraste, voir Quaresmius t. II, p. 122.

(4) D'après plusieurs auteurs qui ont parlé de la translation de ces reliques, entre autres Marino Sanuti [a], il me semble que c'est au Nord, entre le Cénacle et la Ville, près de l'endroit où le cortège funèbre de la Ste Vierge fut insulté, qu'il faudrait chercher le lieu où l'on vénérait ces saintes reliques

(a) lbi prope est sepulcrum David et Salomonis, et aliorum Regum Juda, partim in ipsa ecclesia montis Sion, et partim extra quasi in parte aquilonari. Ibi etiam non longe est sepulcrum beati Stephani protomartyris, ubi post inventionem suam positus fuit. 1. III, pars XIV, c. 9.

une autre magnifique église qu'elle avait bâtie au N. de Jérusalem, en souvenir de la lapidation du premier Martyr. Plus tard, ce précieux trésor fut transporté à Constantinople, d'où il passa à Rome.

Le Pèlerin de Bordeaux, en 333, dit: J'ai vénéré au Cénacle la Colonne à laquelle le Christ a été flagellé.

S. Jérôme, dans une lettre à Ste Eustochie (1), nous apprend que Ste Paule avait vénéré, soutenant le portique de cette Eglise, la Colonne de la Flagellation, sur laquelle on voyait encore des traces de Sang de N.-S. J.-C. S. Arculfe au VII siècle, S. Willebald au VIII, et Bernard-le-Sage au IX", rapportent aussi la même tradition. Au témoignage du livre: Gesta Dei per Francos et de Séwulf, il ne restait, au XI' siècle, que des ruines de l'Eglise du Cénacle; mais, quand l'heure de la résurrection sonna pour tous les sanctuaires profanés de la TerreSte, elle fut restaurée ou rebâtie par les Croisés qui lui conservèrent la même disposition d'étages qu'elle avait premièrement. L'Eglise inférieure avait trois nefs et trois absides; l'Eglise supérieure, couronnée d'une coupole, se terminait par une abside plus grande et plus belle, marquant la place où se trouvaient la Très Ste Vierge et les Apôtres, quand le S. Esprit descendit sur eux. Des peintures, rappelant ces événements, en décoraient l'intérieur. Pour desservir cette église on appela des chanoines de S. Augustin; mais ils durent quitter ce poste en 1187, lors de la destruction du royaume latin. A cette époque, l'Eglise du Cénacle fut détruite (2). Un assez bon nombre de chrétiens, ne pouvant payer la rançon exigée par le vainqueur (Salahh ed-Dine), durent rester à Jérusalem après le départ des Croisés; mais ils ne purent que rarement visiter ce lieu sacré. Cependant cet abandon n'a pu se prolonger au-delà de 1191, époque à laquelle S. Jean d'Acre fut pris sur les musulmans. En effet

(1) S. Jérôme, lettre LXXXVI.

..

(2) Vers midi sur la cité de Iherusalem est monté Sycn: la fu la grant ygles qui est abatue où Nostre Dame trespassa, et dilueques l'emportèrent apostre a Iosa phas, Sus la grant yglese abatue est la chapele du Saint Esprit. Iluec descendi li Sains Esperis sus les apostres. liuec est le lieu où Nostre Sire lava les piés de ses apostres, encore i est la pile, la entra Diex portes closes et lor dist Pax vobis. Adonc dist il a saint Thomas met ci ta main et ton doi, et ne soies pas mescreant. (Des pélerinages de la Terre Sainte publiés par M. de Vogué. Les églises de la Terre Sainte, appendice p. 445).

Willebrand d'Oldenburg, qui visita les Saints-Lieux en l'année 1212, nous apprend qu'on voyait, au sommet du mont Sion, un grand couvent, d'un bel aspect, habité par des Syriens tributaires, qui montraient aux visiteurs le lieu où Notre Seigneur fit la Cène etc. etc. (1).

On croit généralement que les Frères Mineurs, sous la conduite de leur S. Fondateur lui-même, vinrent, en 1219, s'établir sur le mont Sion. Ils habitèrent d'abord un petit hospice situé près de l'abbaye des chanoines réguliers de St Augustin, mais plus tard (en 1293) l'abbaye elle-même leur fut concédée par Melek es-Saleh Ismaïl, sultan de Damas, frère de Melek el-Kâmel (le Méledin des historiens), ami de S. François (2). L'année suivante, Melek es-Saleh Ismaïl fit alliance avec les

(1) In summo illius (montis Sion), quia latus est mons, habetur quoddam largum et pulchrum aspectu cenobium, in quo manent etiam Suriani, sarracenis tributarii, qui peregrinis illuc venientibus monstrant locum, in quo Dominus cenavit cum suis discipulis et mensam illam in qua Dominus Iesus Christus tradidit corporis et sanguinis sui misteria celebranda, et pelvim, vas, in quo Dominus lavit pedes discipulorum, exemplum dans

ministris. IX.

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(2) En faisant remonter à 1219 l'établissement des Franciscains sur le Mont Sion, je n'ai fait que suivre l'opinion d'un grand nombre d'anteurs. (Voir P. Perinaldo, storia di Gerusalemme, part. terza pag. 170.-P. Maleo, 1 p. lib. 2, cap. 8. et 2 p. lib. 14, cap. 1. Gonsalès, Ierusalemsche reyze 1 deel, bl. 251. Math. Rodrigues Sobrino, Hist. de la Terre Ste. T. 2. p. 13., etc. etc.) Nous savons, en effet, qu'en 1219, St François, avec onze de ses compagnons, s'embarqua à Ancone pour se rendre à Chypre; de là, disent les historiens, il passa en Syrie et y fonda quelques couvents, dans la partie appartenant alors aux Croisés. Les Franciscains purent librement s'y établir, n'ayant à redouter aucune opposition, pas plus de la part des autorités civiles, que de la part des populations qu'ils édifiaient par l'éclat de leurs vertus, et qui en retour se chargaient de fournir ce qui était nécessaire à leur entretien. En 1229, (a) le sultan Melek elKamel céda la Ville Ste à Frédéric II, empereur d'Allemagne; alors les chrétiens obtinrent une parfaite liberté. Dès l'année suivante (1230), le pape Grégoire IX envoya en Palestine deux Franciscains, en qualité de légats du St Siège, pour arranger les affaires de Frédéric II, alors sous le poids de l'excommunication. Il envoya en même temps aux Patriarches de Jérusalem et d'Antioche une bulle datée de Pérouse et commençant par ces mots: Si ordinis Fratrum minorum (b), par laquelle il enjoignait à ces prélats de laisser les Franciscains s'établir librement dans les villes et villages de leurs patriarcats respectifs. Nul doute que les deux légats n'aient profité d'une occasion si favorable, pour fonder un hospice Franciscain sur le Mont Sion, à proximité du Cénacle. Plus tard les Frères

(a) Calahorra, Chronica de Syria y Terra Santa t. II cap. VI. (b) Calahorra, chron. de Syria; t. II cap. VI.

Croisés auxquels il donna Jérusalem et plusieurs autres villes. Melek es-Saleh Nodgem ed-Dine Ayoub, sultan d'Egypte, irrité de cette conduite, appela à son aide les Karesmiens pour faire avec leur appui la guerre à Melek es-Saleh Ismaïl. La bataille fut livrée, près de Gaza, par les Egyptiens unis aux Karesmiens contre l'armée de Melek es-Saleh Ismaïl unie au prince de Homs et aux Croisés. Le sultan d'Egypte remporta la victoire; par suite, maitre de la Syrie, il chassa de Jérusalem tous les chrétiens, parce qu'il les croyait de connivence avec son ennemi. Cependant, après une persécution de courte durée, les Franciscains purent rentrer dans le couvent du Mont Sion, et occuper le Sanctuaire du Cénacle que leur avaient cédé les Chanoines de S. Augustin. Cette possession fut confirmée, l'an 1333, par le Sultan d'alors, Naser Mohammed, Sultan d'Egypte et de Damas. Sur la demande du Père Roger Guérin, religieux français, Robert d'Anjou, roi de Sicile, de Naples et de Jérusalem, et Sanche sa femme, voulant assurer d'une manière plus stable la possession des Lieux-Sts aux Frères-Mineurs, les achetèrent pour 17 millions de ducats d'or au Sultan Naser Mohammed et les donnèrent au St-Siège, à condition que les Franciscains en seraient les Gardiens à perpétuité. Cette concession fut accordée par le Pape Clément VI, en vertu d'une bulle qu'il adressa à la Reine et qui commence: Nuper carissimi in Christo; elle fut donnée à Avignon le 21 Novembre 1342. On en possède encore une autre addressée au Général de l'Ordre;

Mineurs occupèrent successivement divers autres sanctuaires, de sorte que, en 1257, le pape Alexandre IV, dans sa bulle Vobis universis (a) ne s'addresse plus seulement aux religieux de la Syrie, mais encore aux religieux de la Province de Terre-Sainte. Du reste, à cette époque, cette Province devait être très florissante, puisqu'au chapitre général de Narbonne (France) convoqué en 1260 par S. Bonaventure, la Province de Terre-Sainte, nommée la trente-deuxième dans la série des Provinces, se composait de deux custodies: celle de Chypre et celle de Terre - Sainte proprement dite (b). Quant aux firmans donnés par les sultans, plusieurs doivent être perdus. Les plus anciens, que j'ai trouvés, sont: 1 un firman donné en 1295 par le sultan Daher aux religieux du mont Sion, en vertu duquel il leur est permis de restaurer leur couvent; 2° un firman daté de l'année 709 de l'hégire (1309) addressé aux religieux Francs de la corde habitant les couvents du Mont Sion, du Sépulcre du Christ et de Bethleem.

(a) Quaresmius, t. I, cap. XLVII.

(b) Wading. ad annum 1260 N. 14.

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