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ration ne lui a rien enlevé de son cachet d'antiquité ni de la beauté de ses formes.

III. Visite.

rient

us

Avant de pénétrer dans l'intérieur, jetons un coup d'œil sur la Façade. DESCRIPTION. Tournée vers l'O., cette façade est riche en décorations. Elle consiste en un mur lisse dont la surface ne présente d'autre relief que trois contre-forts, avec un tronçon de clocher occupant la place d'un quatrième contre-fort à l'angle S-O. Le mur atteint la hauteur des nefs auxquelles il sert de clôture, et se trouve par conséquent plus élevé au milieu que sur les deux côtés. Il est surmonté d'une croix massive en pierre du pays.

Au centre de cette façade s'ouvre la principale

PORTE. ·Description. Cette porte est taillée à angles droits. Les jambages supportent une double voussure ogivale, dont ils sont séparés par une belle corniche, sur laquelle repose une simple architrave. Cette disposition donne à l'ouverture de la porte une forme carrée. Les angles intérieurs des jambages n'ont es pas de colonnettes, mais ceux de la double voussure présentent, le premier une moulure cylindrique, et le second une moulure spolygonale. En avant et tout autour, règne un bandeau orné de e sculptures capricieuses qui forment une série de petits losanges taillés à facettes. Enfin le fond du tympan porte, sculptée les en relief, une inscription arabe qui fait connaître que Salahh ed-Dîne (paix de la religion) a converti ce monument en collège pour les docteurs de l'Islam du rit d'Abou abd-Allah, fils d'Edris ech-Chafeï, ainsi que nous l'avons dit plus haut. Au-dessus de la porte s'étend, entre les deux contre-forts, une corniche composée de deux bandeaux. L'un, celui du bas, est formé d'une quadruple série de dentelures alternées en damier, et l'autre d'une file d'oves. Au-dessus de cette corniche on voit une fenêtre simple surmontée elle-même d'une

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FENÊTRE. Description. Plus spacieuse que les autres, et reproduisant les mêmes ornementations que la porte, cette fenêtre se distingue par sa grandeur; de plus, elle s'ouvre sous une épaisse voussure. Les ornements, qui l'entourent à une certaine distance, consistent en deux colonnettes ayant des chapiteaux corinthiens avec un tailloir formé de trois dés en créneaux. Sur ce tailloir s'appuie un fragment de corniche qui

sert de base à un arceau élégamment sculpté. Cet arceau suit, comme celui de la porte, la forme ogivale de l'archivolte et se divise en deux bandeaux, dont celui de l'extérieur présente une série continue de feuilles à volute, et celui de l'intérieur, une suite de claveaux en saillie et égaux entr'eux. Cette disposition, qui n'a pas de nom propre en architecture, paraît être particulière à l'Orient.

Après avoir dépassé le seuil de la porte principale, on arrive dans l'

Intérieur.- DESCRIPTION. L'église de Ste-Anne, entièrement bâtie en pierres de taille, aussi bien les voûtes que les murs et les piliers, se fait remarquer par sa très grande simplicité. Sa forme est celle d'un trapèze de 34 mèt. de long. sur 18 de larg. Elle se divise en trois nefs au moyen de six piliers disposés en deux rangées. La nef du milieu est, comme d'ordinaire, plus large et plus élevée que les deux nefs latérales. Toutes trois se terminent par une abside en avant, de laquelle passe une travée, dont la voûte est aussi élevée que celle de la nef du milieu (13 mèt.). La coupole s'appuie sur les deux derniers piliers et sur les murs massifs qui séparent l'abside du milieu d'avec celles des bas-côtés. Au fond de la grande abside est une petite fenêtre placée entre deux colonnettes.

PILIERS. Forme. Les piliers se distinguent entr'eux par deux formes différentes. Les quatre plus rapprochés des absides sont carrés, et dans chacun de leurs côtés sont engagés deux petits pilastres assemblés en faisceaux, ce qui donne à la coupe horizontale la figure d'une croix grecque avec des rayons rectangulaires. Trois de ces pilastres forment pieds-droits supportant les arcs et le bandeau de voûte des nefs latérales. Le quatrième, celui qui regarde la grande nef, s'élève à une hauteur double et sert de support aux arcades et aux bandeaux de la voûte principale. Quant aux deux autres piliers, les deux premiers à l'entrée sont beaucoup plus larges que ceux dont nous venons de parler, et ils n'ont de pilastres engagés que sur le côté regardant la nef latérale et sur celui qui regarde l'autre pilier. On voit par là que l'édifice a été prolongé dans le sens de l'O. Cette prolongation paraît facile à constater dans le mur N. en face de l'espace qui se trouve entre le premier et le second pilier, car la partie O. du mur est composée de pierres beaucoup plus considérables et portant des stries diagonales, tandis que l'ancien mur est construit avec des pierres très

ordinaires. Cette partie de l'église semblerait être l'œuvre des Croisés, soit qu'ils aient rebâti ce qui était ruiné, soit qu'ils aient prolongé ici la construction primitive.

FENÊTRES.-L'édifice est éclairé par trente et une fenêtres faites uniquement de pierres à jour et de carreaux de vitres de diverses couleurs. La lumière, la plus douce qu'on puisse imaginer, descend de ces singulières ouvertures et produit un effet original.

Vers le milieu de la nef S., s'ouvre un

Escalier.-DESCRIPTION. Cet escalier, composé de 22 marches, est muni, au N. à l'E. et au S., d'une balustrade en pierre d'un travail aussi simple que solide.

Prenant cet escalier, on descend d'abord 16 marches pour arriver sur un palier, d'où l'on passe par la baie d'une première porte; de là on descend 4 autres marches, au bout desquelles on passe par la baie d'une seconde porte, et l'on remarque à droite l'ouverture, en forme de glacis, par laquelle les Pères de Terre-Sainte entraient autrefois pour vénérer ce Saint-Lieu. De là on descend encore 2 marches, et l'on se trouve dans la VÉNÉRABLE CRYPTE DE LA NAISSANCE DE LA TRÈS-STE VIERGE.

1. Description.

Cette Crypte, entièrement creusée dans le rocher, vient de recevoir une restauration qui laisse subsister sa forme ancienne absolument irrégulière. Le plus grand axe du N. au S. est de 7 mèt. 10 c., et celui de l'E. à l'O., y compris l'abside, est de 5 mèt. 40 c. Entre l'abside et la paroi N. se trouve une espace de 2 mèt. dont le fond E. est occupé par un autel. L'espace entre l'abside et la paroi S. est de 2 mèt. 10 c.; sa hauteur n'est pas partout égale, le rocher y est à nu en différents endroits. Une baie étroite est percée dans le mur oriental: elle s'ouvre dans un couloir et permet de voir une petite chapelle taillée dans le roc, en forme de citerne circulaire; un autel en occupe le fond.

II. Visite.

Ce qu'il y a de plus intéressant dans cette crypte pour la piété du Pèlerin est le

LIEU AUGUSTE

DE LA NAISSANCE DE LA TRÈS-STE VIERGE.

I. Historique.

D'après les paroles formelles de Guillaume, Archevêque de Tyr, ce serait en cet endroit de la maison de S. Joachim et de Ste Anne qu'une certaine tradition place la Conception Immaculée et la Naissance de la Bienheureuse Vierge Marie (1). Longtemps la piété des catholiques fut privée de venir prier dans cette Ste Grotte. Mais, au XVe siècle, un firman autorisa les Pères Franciscains à y célébrer de temps en temps le St Sacrifice de la Messe. Depuis cette époque, ils n'ont jamais manqué de s'y rendre pour célébrer les principales fêtes de Ste Anne et de la Très-Ste Vierge.

OPINION. Il existe quatre opinions par rapport au Lieu de la Naissance de la Très-Ste Vierge. La première la fait naître à Séphoris; la deuxième à Bethléem; la troisième, qui est la Tradition Occidentale, affirme que la Mère de Dieu vit le jour à Nazareth, dans la Sancta-Casa qui est vénérée à Lorette; enfin la quatrième, qui est la Tradition Orientale, place son berceau à Jérusalem, auprès de la Piscine Probatique, et non loin du seul Temple qui fut alors dans le monde entier consacré à la gloire du vrai Dieu.

Sans entrer dans de longues discussions qui seraient déplacées ici, rien de sérieux ne militant en faveur de Séphoris ni de Bethleem, il ne reste que deux opinions auxquelles on puisse raisonnablement se rallier.

1° L'opinion occidentale. Cette opinion est certainement digne de respect, surtout par l'appui que lui donnent plusieurs Souverains Pontifes: Jules II, Sixte-Quint, Innocent XI, Pie IX etc. (2).

(1) Quaresmius, t. II, Lib. IV, cap. XII.

(2) Cependant, comme cette question ne concerne ni la foi ni les mœurs, on est parfaitement libre de l'embrasser ou de la rejeter. Tous les catholiques éclairés savent que certaines Bulles des Souverains Pontifes n'entendent pas trancher absolument telle ou telle question historique d'un ordre secondaire, à moins que, pour le bien de la paix, elles ne le déclarent formellement. Elles se proposent simplement, quand un mouvement religieux se produit à l'endroit d'un sanctuaire respectable à divers titres, de favoriser ce mouvement en approuvant une opinion plus ou moins répandue,

Mgr Mislin, qui se range du côté de l'opinion occidentale, ainsi qu'il en a le droit, reconnaît lui-même que l'on est ici en présence de plusieurs opinions, et il ajoute: «Question difficile qui n'aura probablement jamais, au point de vue historique, de solution certaine » (1).

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2° La tradition orientale. Depuis 1859 que l'auteur de ce guide habite Jérusalem et parcourt la Terre-Ste en tous sens, entrant en relation avec les populations diverses qui y sont établies, jamais il n'a rencontré, de la part des Orientaux, d'autre tradition que celle-ci: à savoir que Jérusalem a la gloire d'avoir vu naître la Bienheureuse Vierge Marie, Mère du Sauveur. De là, Mgr Mislin reconnaît « qu'en général (ce sont ses propres expressions) les traditions orientales sont favorables à l'opinion que la Vierge est née à Jérusalem ». Il va même jusqu'à convenir que « cette opinion a été admise en Occident par un grand nombre d'écrivains du plus grand mérite.» (2).

pourvu néanmoins que cette opinion soit probable. Or, tel est le cas pour le sanctuaire de Lorette, en ce qui concerne la Conception et la Naissance de la Très-Ste Vierge. Jules II, dans la Bulle où il dit que la Sancta-Casa est le lieu, non pas précisément de la Naissance, mais de la Conception de l'Immaculée Marie, a soin d'ajouter: ut piè creditur, c'est-à-dire, comme on le croit pieusement. Tous le monde sait qu'il y a une distance infinie entre une pieuse croyance et ce que l'on appelle la certitude. Eh bien! c'est dans ce sens qu'il faut prendre toutes les autres Bulles relatives au même fait. (1) Mgr Mislin, les Saints Lieux, t. II, p. 561.

(2) Il parait hors de doute que S. Joachim et Ste Anne aient eu à Jérusalem une habitation, soit fixe, soit temporaire. Au commencement du VIII siècle, un Père de l'Eglise grecque, André de Crète, prêtre de Jérusalem avant d'être élevé à l'épiscopat, à qui beaucoup d'écrivains anciens et modernes accordent le titre de saint, s'exprime ainsi dans un sermon qu'il composa sur la Nativité de Marie: Au milieu de l'affliction dans laquelle ils vivaient de voir leur race s'éteindre avec eux, Joachim et Anne ne perdirent cependant pas complétement l'espérance, mais à l'exemple d'Anne, mère de Samuel, ils demandèrent instamment à Dieu une descen» Sur dance, et ils allaieut tous les deux prier assidûment au temple (a). quoi le traducteur latin, François Combefis, Archevêque de Crête, fait remarquer que leur assiduité au temple n'était pas chose difficile, attendu qu'ils demeuraient à Jérusalem, dans le lieu où la tradition porte que la Vierge est née ». Une chose est incontestable, c'est que la tradition orien tale affirme que cette maison était située près de la Piscine Probatique. Cette tradition, les fils de S. François d'Assise l'ont trouvée vivante à Jérusalem lorsqu'ils y sont venus, il y aura bientôt sept siècles. Il n'est donc pas étonnant qu'ils s'y soient fortement attachés.

(a) Andreæ Cret. in Nativ. B. M. Oratio 1. Migne, Patrol gr. t. 48 col. 818.

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