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II. Etat actuel.

Le Lieu, consacré au berceau de Marie Immaculée, est occupé par l'autel principal placé contre le mur E., à l'endroit où se trouve une petite abside creusée dans le rocher et revêtue de

Il serait facile de citer en sa faveur une suite d'auteurs, tous plus remarquables les uns que les autres. Je ne nommerai que les principaux, en commençant par les temps les plus raprochés de nous.

Quaresmius, mort en 1660, dont aucun véritable savant ne contestera l'immense autorité, fondée tant sur un profond savoir que sur un séjour de neuf ans en Palestine en qualité de Custode de Terre-Ste, traite à fond cette question, et dit, en parlant de la tradition orientale, qu'elle est la tradition commune de la Terre-Ste, confirmée par l'existence de l'église et du monastère, au Lieu de la Nativité de Marie, et corroborée par l'autorité des anciens savants. Il fait en même temps bonne justice du livre intitulé De ortu Virginis (de la naissance de la Vierge), livre faussement attribué à S. Jérôme et fourmillant d'erreurs (cum pluribus scateat erroribus) (a).

Au XIV siècle, les témoignages abondent. En 1345, Nicolas de Poggibonzi, le plus ancien auteur Franciscain de Terre-Ste, écrivait: «Quand on entre par la porte de S. Etienne... on voit une grande porte avec une très belle place. Là se trouve l'église de Ste Anne où la Vierge Marie est née; car c'est à cet endroit qu'était la maison de S. Joachim». En 1330, le voyageur Guillaume de Baldensel écrit ces paroles si précises: « C'est là (à Jérusalem) que se trouve l'église de la Bienheureuse Anne, aïeule du Christ. Cette église est assez belle et contigüe à la Piscine Probatique. C'est là, dit-on, que la B. Vierge fut conçue et qu'elle est née (Ibidem ecclesia B. Annæ aviæ Christi. Satis pulchra est, contigua Piscina Probaticæ; ubi B. Virgo concepta fuisse dicitur).

En 1320, Nicolas Pipino, le plus savant de tous les pèlerins de cette époque, écrit: «Je visitai, d'abord, le lieu où fut la maison de S. Joachim dans laquelle la B. Vierge Marie est née (et primum igitur visitavi locum ubi fuit domus Sti Joachim ubi nata est B. Virgo Maria).

Au XIII siècle, le cardinal Jacques de Vitry, évêque de S. Jean-d'Acre, et Guillaume, archevêque de Tyr, nous rapportent que les Croisés, en entrant à Jérusalem, en 1099, y trouvèrent l'église de Ste Anne avec un monastère à côté, mais toute profanée par les Sarrasins. Ayant appris que c'était le Lieu de la Naissance de Marie, ils purifièrent l'église et la rendirent au culte etc. De plus, Guillaume de Tyr mentionne expressément la Grotte souterraine dans laquelle, dit-il, «selon la tradition des anciens, se trouvait la maison de Joachim et d'Anne». Or, l'autorité de Guillaume de Tyr est grande; Il fut chancelier du royaume latin, secrétaire du S. Concile de Latran, le premier de tous les historiens des Croisades et peut-être l'homme le plus instruit de son temps. Voici ses propres paroles: «Or, il y avait á Jérusalem un endroit situé dans la partie orientale, près de la porte dite de Josaphat, touchant au grand bassin qui s'appelait autrefois la Piscine Probatique. On y montre la crypte où les traditions des anciens maintiennent (a) Quaresmius, Elucid. t. II, p. 104.

pierres du pays très bien travaillées. L'autel lui-même est également en pierre du pays, mais d'un style simple et sévère. A droite N., il y en a un autre de même genre, mais plus petit et placé en avant.

que là fut l'habitation de Joachim et d'Anne; et l'on croît que la Vierge toujours Vierge y est née. «Est autem locus Hierosolymis in parte orientali, juxta portam quae dicitur Josaphat, secùs lacum qui tempore antiquo Probatica dicebatur Piscina, ubi ostenditur crypta in quâ Joachim et praedictae Annae traditiones habent veterum domicilium fuisse, ubi et Virgo perpetua nata esse perhibetur» (a).

Au XII° siècle, en 1185, un grec, Jean Phocas, consigne la même tradition dans le ch. XXIV de son voyage d'Antioche à Jérusalem: << Près de la porte qui s'ouvre du côté de Gethsemani, on voit, dit-il, le temple des SS. Joachim et Anne, dans lequel a vu le jour la Vierge Immaculée. »

Remontant plus haut, on arrive à une époque où, pendant cinq siècles et demi, la Palestine est gouvernée par les ennemis de la Croix. Cependant, nous y rencontrons des témoignages précieux à recueillir en faveur de la tradition qui nous occupe. Dans la seconde moitié du IX siècle, Bernard, pèlerin français, reconnaît et déclare explicitement que la Ste-Vierge est née à Jérusalem.

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Près de deux siècles plus tôt, S. Jean, surnommé Damascène, mort en 760, s'exprime ainsi dans ses écrits sur la Foi Orthodoxe, en parlant de l'Auguste Mère de Jésus : Elle vint au jour dans la maison de Joachim, près de la Probatique. » De plus, dans les deux Sermons, qu'il prononça à l'occasion de la Fête de la Nativité de la Vierge, il s'écrie.. << Voici qu'aujourd'hui la Mère de Dieu est née dans la Ste Probatique (Nata est nobis Dei Mater in Sancta Probatica). Or, S. Jean Damascène est un Père de l'Eglise remarquable par sa sainteté et sa science, comme par l'estime dont l'entouraient les Musulmans eux-mêmes. Il a dû venir très souvent à Jérusalem, puisqu'il habitait le couvent de S. Sabas, situé à quatre lieues seulement de la ville; il aura probablement prêché au lieu même de la Naissance de l'Auguste Mère de Dieu. N'oublions pas que le Bréviaire Romain a recueilli et inséré ses paroles textuelles dans l'office de la Présentation de la Ste-Vierge, au 21 Novembre.

Enfin au VII siècle, voici Sophronius, Patriarche de Jérusalem, qui chante dans son langage poétique la naissance de Marie: « J'entrerai dans la Probatique des Sts où Anne l'illustre a mis au monde Marie.... J'irai dans ce temple, le temple de la très pure Mère de Dieu. -Je collerai mes lèvres à ces murailles qui nous sont chères. Je m'avancerai au milieu de ce forum où la Reine Vierge est née dans la maison de ses ancêtres, là où est monté le paralytique emportant son grabat....» (In Probaticam Sanctorum ingrediar, ubi Anna praeclara peperit Mariam. Subiens templum, templum illud Purissimae Deiparae. — Deosculans amplectar parietes mihi charissimos. In medium forum gradiens ubi in patriis nata est Thalamis Regina Virgo, ubi ascendit paralyticus e terra tollens grabatum....) (b).

(a) Wilhelmus Tyrensis Archiepiscopus, Historiæ Belli sacri L. XI, cap. I. (b) Patrol. de Migne, t. 87.

I. P.

22

Au N-O. de la porte d'entrée de l'église de Ste Anne, est située la

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Piscine Probatique. † — HISTORIQUE. On croit que c'est dans cette piscine qu'autrefois on lavait les animaux, avant de les immoler dans le temple de Salomon (1). On prétend qu'elle possédait une source, ce qui ne serait pas impossible.

C'est à cette Piscine que Jésus guérit un paralytique (2).

«

Théodosius, en 530, fait mention d'une église dédiée à la Bienheureuse Vierge L'église de la B. Vierge, dit-il, se trouve près de la piscine probatique dans laquelle les malades se plongeaient pour obtenir la guérison » (a).

Il est à remarquer que déjà, en 385, Synésius, évêque de Ptolémaïs, ne craint pas d'affirmer que Marie est née à Jérusalem; il la nomme dans ses vers la Jérosolymitaine (b).

On le voit, il serait difficile de trouver une tradition mieux appuyée que celle-ci.

Je ferai remarquer aux Pèlerins, en terminant cet article, que la Ste Eglise a attaché de temps immémorial une Indulgence Plénière à la Crypte Vénérable qui nous occupe. Cette Indulgence a été confirmée dans les temps modernes, avec toutes les autres de la Terre-Ste, par les Papes Pie IV et Benoît XIII. Or, les Souverains Pontifes savaient fort bien que l'on vénérait dans cette Crypte le Lieu même de la Nativité de la Très-Ste-Vierge. Ceux qui voudraient approfondir cette question pourront lire avec fruit, soit Mgr Mislin, prélat autrichien dont l'ouvrage sur la Terre-Ste est recommandable sous plusieurs rapports, soit le livre intitulé: L'ancienne église de Ste Anne à Jérusalem, Etude historique par le P. Alex. Bassi, M. O., de l'Institut Hist. de France (1863), ainsi que Ste Anne de Jérusalem et Ste Anne d'Auray par Mgr Lavigerie (1879). Mais surtout, quelqu'opinion que l'on adopte dans ces questions qui sont de libre controverse, n'oublions pas la belle maxime de S. Augustin qui est la maxime même de l'Eglise Catholique : « Dans les points nécessaires, unité; dans le doute, liberté; dans tous les cas, charité. »

(1) Je m'associe volontiers à M. V. Guérin qui pense que les victimes n'étaient pas lavées dans la piscine de Béthesda, (maison de miséricorde) qui est la piscine des miracles, mais bien dans cette autre piscine, située à 70 mét. environ S. de l'église de Ste Anne, et que l'on est en train aujourd'hui de combler.

(2) Depuis plusieurs siècles, un doute s'est élevé touchant la tradition qui désigne ce réservoir comme étant la Piscine Béthesda. Cependant, avec un peu de réflexion, on arrive à reconnaître que ce doute n'est pas fondé. Le chapitre V de l'Evangile de S. Jean suffit pour cela. Nous y voyons d'abord que la Piscine Béthesda se trouvait autrefois tout près des cinq galeries appelées Béthesda, (maison de miséricorde), espèce d'hôpital où gisaient beaucoup de malades. Cette piscine en était si près que les malades, de leur lit même, pouvaient voir ou entendre si les eaux étaient agitées.

(a) Theodosius de Terra Sancta; apud Tobler.

(b) Te, o beate nate Virginis, cano Solymitanæ « je te chante, dit-il à Notre Seigneur, ô bienheureux fils de la Vierge Jérosolymitaine» (Synésius, évêque de Ptolémaïs en 385, Hymno nono). - Voir Ste Anne de Jérusalem et Ste Anne d'Auray par Mgr Lavigerie, archevêque d'Alger, p. 111.

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EVANGILE SELON S. JEAN, ch. V.

J. Après cela vint la fête des Juifs et Jésus monta à Jérusalem. 2. Or il y a à Jérusalem une Piscine dite probatique et appelée en hébreu Bethsaïda, qui a cinq portiques,

On est unanimement d'accord pour dire que cet établissement se trouvait à l'endroit où existe encore aujourd'hui l'église de Ste Anne. Antonin le Martyr, qui visita les Sts-Lieux vers l'année 570, trouva dans une des cinq galeries de la piscine Béthesda une église qu'il appelle Basilique de Ste Marie. Après la chute du Judaïsme, la Piscine paraît avoir perdu sa vertu miraculeuse, sinon sa renommée; elle fut négligée et se combla peu à peu. Mais au commencement du XI' siècle, on la retrouva, (a) et pendant l'époque des Croisades, on se servait de ses eaux. Après l'expulsion des Croisés, l'église de Ste Anne devint un établissement musulman, et la piscine miraculeuse, alors presque inaccessible aux chrétiens, se combla de nouveau. Cependant on n'oubliait pas que la Piscine Probatique devait se trouver près de l'église de la Mère de la Vierge Immaculée. Malheureusement, il y a là deux piscines. Durant un certain temps, les Pèlerins prirent tantôt l'une et tantôt l'autre pour la piscine miraculeuse; mais une fois que l'une des deux (la véritable), eut disparu, ils ne crurent pas se méprendre en appelant Piscine Béthesda un grand réservoir d'eau qui est à 70 mèt. environ S. de l'église de Ste Anne. Ainsi le doute a continué jusqu'à nos jours; cependant l'existence d'une piscine à quelque distance (12 mèt. N-O.) de l'église de Ste Anne (c'est celle dont nous parlons) n'était pas entièrement ignorée. A l'Ouest de cette piscine, on en trouve une autre qui lui est contiguë; elle n'en est séparée que par un mur.

M. Mauss, architecte français appelé à restaurer ce monument, a trouvé, en déblayant les terrains circonvoisins, une masse de matériaux anciens portant des caractéres tels qu'on ne peut douter de l'existence, en cet endroit, d'un monument antérieur à la basilique de Ste Marie et à l'église de Ste Anne. En outre, il a découvert un pied en marbre blanc, portant une inscription votive, attestant qu'il avait été offert par une dame romaine. Plus tard, ayant retrouvé la véritable piscine, il en fit l'acquisition pour son gouvernement. Il y a quelques années, j'y suis descendu avec lui. A mi-chemin (à 6 mèt. sons le sol actuel), M. Mauss me fit voir une peinture très ancienne représentant un personnage, peut-être Notre-Seigneur luimême; malheureusement elle est trop dégradée pour qu'on puisse bien distinguer la physionomie. Depuis lors l'existence de la Piscine Probatique, à quelques mètres N-O. de la façade de l'église de Ste Anne, est devenue pour moi hors de doute.

(a) Ab aquilone Templi, lacu quodam interposito, ecclesia Sta Annæ matris beatæ Mariæ Virginis est quo loco Dei matrem peperisse fertur; ante cujus ecclesiam piscina aquæ a Francis inventa est, veteris piscina adhuc vestigia, quinque porticus habens, in qua, tempore Christi, Angelus descendisse legitur, tactuque aquæ languidos sanasse. Et ibidem a Christo sanatus est ægrotus triginta et octo annos habens in infirmitate sua, ad quam nunc per porticum unum descenditur; et reperitur aqua ibi gustu amara, quæ plerumque ægrotantibus confert medelam. Hæc intra urbem a fidelibus veneratur (Bongars p. 573).

3. Sous lesquels gisait une grande multitude de malades, d'aveugles, de boiteux, de paralytiques, attendant le mouvement des eaux.

4. Car un ange du Seigneur descendait en un certain temps dans la piscine, et en agitait l'eau. Et celui qui le premier descendait dans la piscine, après que l'eau avait été ainsi agitée, était guéri de quelque maladie qu'il fût affligé.

5. Or il y avait là un homme qui était malade depuis trente-huit ans. 6. Lorsque Jésus le vit couché, et qu'il sut qu'il était malade depuis longtemps, il lui dit: Veux-tu être guéri?

7. Le malade lui répondit: Seigneur, je n'ai personne qui, lorsque l'eau est agitée, me jette dans la piscine; car, tandis que je viens, un autre descend avant moi.

8. Jésus lui dit: Lève-toi, prends ton grabat, et marche.

9. Et aussitôt cet homme fut guéri, et il prit son grabat, et il marcha. Or c'était un jour de sabbat.

10. Les Juifs donc disaient à celui qui avait été guéri: C'est un jour de sabbat; il ne t'est pas permis d'emporter ton grabat.

11. Il leur répondit: Celui qui m'a guéri m'a dit lui-même: Prends ton grabat et marche.

12. Alors ils lui demandèrent: Qui est cet homme qui t'a dit: Prends ton grabat et marche.

13. Mais celui qui avait été guéri ne savait qui il était; car Jésus s'était retiré de la foule assemblée en ce lieu.

14. Jésus ensuite le trouva dans le temple et lui dit: Voilà que tu es guéri; ne pèche plus, de peur qu'il ne t'arrive quelque chose de pire.

15. Cet homme s'en alla et annonça aux Juifs que c'était Jésus qui l'avait guéri....

En quittant la cour de l'église de Ste Anne, on prend à gauche pour continuer son chemin vers l'E. Après 1 min. de marche, on sort de la ville par la

Porte de S. Etienne.-HISTORIQUE. La Porte de S. Etienne, au temps d'Israël, était appelée Porte des Troupeaux (1), et à l'époque des Croisés, Porte de la vallée de Josaphat (2). Actuellement les Musulmans la nomment Porte de Madame Marie (Bab-Sitti-Mariam).

A peine est-on sorti de la ville par cette Porte (de S. Etienne) qu'on remarque, à droite, une porte s'ouvrant sur un chemin qui traverse un cimetière musulman, longeant, à droite, l'enceinte de la ville. A la distance d'environ 20 m. plus à l'E. on laisse à gauche une voie qui conduit en quelques pas, du même côté, à une piscine appelée Birket Sitti-Mariam

(1) II Esdras III.- M. de Vogüé, Eglises de la Terre-Ste, p. 412. (2) Citez de Iherusalem.

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