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(piscine de Madame Marie); cette piscine ne présente aucun intérêt historique. Du point où l'on se trouve on voit, à l'Orient, le Mont de l'Ascension, couronné d'un village dont je parlerai tout à l'heure. Pour le moment contemplons la

Vallée de Josaphat † (Ouâdi-Silouan). — HISTORIQUE. Cette Vallée est très probablement celle qui est appelée dans l'Ecriture-Ste vallée de Savée ou encore vallée du Roi. Silencieuse comme ses tombeaux, elle est célèbre entre toutes les vallées du monde. C'est dans la vallée de Josaphat qu'Abraham, revenant de poursuivre les Assyriens qui avaient saccagé la Pentapole et fait Loth prisonnier, rencontra le roi de Sodome venu au-devant de lui pour le féliciter de sa victoire. Melchisédech, roi de Salem et prêtre du Très-Haut, offrit alors à Dieu du pain et du vin, et bénit Abraham en disant: Abraham, sois béni du Dieu Très-Haut qui a créé le ciel et la terre (1)! (environ 1915 ans av. J.-C). C'est dans la vallée de Josaphat qu'Absalon, pour éterniser son nom, s'érigea un monument qu'il appela Main d'Absalon (2). C'est la vallée de Josaphat que David, obligé de fuir devant son fils rebelle, traversa pieds nus et la tête voilée, quand il alla se cacher au désert avec un petit nombre de serviteurs fidèles (3). C'est dans la vallée de Josaphat qu'Asa, au début de son règne, fit brûler les idoles de Bâal, de Priape etc., dont le culte avait été favorisé par sa grand'mère Mâcha; (4) c'est là que Josias fit emporter de la maison du Seigneur, hors de Jérusalem, l'idole du bois sacré, qu'il brûla et dont il jeta les cendres dans le torrent du Cédron (5). C'est encore la vallée de Josaphat que traversait N.-S. J.-C., chaque fois qu'il allait à la montagne des Oliviers et à Béthanie. Enfin, d'après la prophétie de Joël et la croyance commune, c'est là que doit s'accomplir le jugement dernier, afin que les Lieux qui furent témoins des humiliations du Sauveur, le soient aussi de sa Majesté Souveraine, quand il convoquera tous les hommes à son tribunal.

SITUATION, LIMITES, ÉTENDUE DE CETTE VALLÉE. La vallée de Josaphat commence au N-O. de Jérusalem, non loin des tombeaux des Juges. Elle passe, à l'Ouest, au-dessous de Gethsémani. De là, elle descend laissant, à l'Est, le village de Siloé, d'où elle s'élargit pour aller joindre, au S-E., la vallée du fils

(1) Genèse XIV, 17. (2) II Rois XVIII, 18. (3) II Rois XVI. (4) III Rois XV, 13. (5) II Paral. XXX, 14.

d'Ennom. Mais, à partir de Bir-Ayoub, qui est pour ainsi dire le véritable point de jonction des deux vallées, celle de Josaphat devient beaucoup plus étroite et change même son nom en celui de Ouâdi en-Nar (vallée du feu). La longueur totale de cette vallée est d'environ 4 kilomèt. sur une largeur moyenne de 200 mèt. Elle est renfermée à l'E. par les Monts du Scandale, des Oliviers et des Viri Galilæi; au N. par le mont Scopus; au S. par le champ des Foulons; et à l'O. par les monts Bézétha, Moria et Ophel.

ASPECT DE LA VALLÉE DE JOSAPHAT.-Dans le monde entier aucun lieu n'évoque de plus sérieuses pensées; c'est la vallée des larmes, du recueillement et de la mort. Rien d'animé ne distrait l'homme qui vient méditer dans cette triste solitude. Une ville ensevelie sous ses ruines, châtiment de son déicide, un torrent sans eau, partout des monuments funèbres, des rochers nus, quelques arbres rachitiques, très peu de verdure, des montagnes arides, des tombes brisées, le souvenir des prophètes et des martyrs, l'agonie du Fils de Dieu et puis sa venue à la fin des siècles pour juger le monde; voilà ce qui saisit l'âme en la remplissant d'émotions, de tristesse et d'effroi.

PRINCIPAUX MONUMENTS DE CETTE VAllée. Outre les tombeaux musulmans, dont elle est comme tapissée, du côté de la Ville-Ste, et les sépulcres des Juifs qui la couvrent du côté du Mont des Oliviers, elle renferme encore dans sa partie supérieure plusieurs grands monuments, dont je ferai plus loin une mention particulière. En quittant le point, d'où j'ai indiqué la piscine Birket Sitti Mâriam, on descend vers l'E. (140 mèt.) jusqu'à la route carrossable de Jérusalem à Jéricho. Là, on tourne à droite, et on continne à descendre jusqu'à l'endroit où la route carrossable tourne à gauche. En ce point se trouve, å droite, un rocher blanc, qu'une tradition ancienne désigne

comme le

Lieu de la Lapidation de S. Etienne. † — HISTORIQUE. Le diacre Etienne, rempli de l'Esprit-St, et accomplissant des actions merveilleuses, discutait souvent en faveur de la foi chrétienne contre les Juifs. Un jour il fut entouré par un grand nombre des plus fanatiques et traîné hors des murailles de la ville où il fut lapidé (1).

(1) D'après une autre tradition, complètement changée depuis sept cents S. Etienne aurait été lapidé au N. de la ville, hors de la porte de

ans,

ACTES DES APÔTRES, CH. VI.

8. Or Etienne, plein de grâce et de force, faisait de grands prodiges et de grands miracles parmi le peuple.

9. Mais quelques-uns de la synagogue, appelée synagogue des Affranchis, de celle des Cyrénéens et des Alexandrins, et de ceux qui étaient de Cilicie et d'Asie, se levèrent discutant contre Etienne:

10. Et ils ne pouvaient résister à la sagesse et à l'Esprit-St qui parlait.

Damas. A l'appui de cette tradition nous avons une lettre de Gamaliël au prêtre Lucius, par laquelle il déclare formellement que S. Etienne a été lapidé hors de la porte N. de la ville (a). Pour honorer la mémoire du premier martyr, la pieuse impératrice Eudoxie, femme de Théodose II, bâtit en ce lieu une belle basilique, et enferma le tombeau du Saint dans une crypte ou chapelle souterraine. On descendait dans cette crypte par un escalier de 26 marches (b).

Avertie par S. Eutyme de sa fin prochaine, Eudoxie se fit préparer un tombeau près de celui de S. Etienne, et peu de jours après elle y fut inhumée par l'évêque Anastase (460). Dix ans plus tard, sa petite fille, appelée comme elle Eudoxie, après avoir été forcée de donner sa main à Unéric, fils du barbare Genséric, vint finir ses jours à Jérusalem; elle y vẻcut très peu de temps. L'évêque Martyrius, qui l'avait accueillie, lui éleva un tombeau auprès de celui de sa grand'mère (c).

En l'année 518, S. Sabas présidait, dans la basilique de S. Etienne, un Concile auquel prirent part 10,000 ecclésiastiques, sans compter un grand nombre de séculiers qui y assistèrent; ceci peut nous donner un idée des vastes dimensions de cette basilique.

(a) Lapidatus est Stephanus a Judæis et principibus sacerdotum in Jerusalem pro Christi fide, extra portam quæ est ad aquilonem, quæ ducit ad Cedar ibi die ac nocte jacuit projectus, ut sepulturæ non daretur, secundum mandatum impiorum principum, ut a feris consummaretur corpus ejus; ex Domini autem voluntate, non tetigit eum una ex illis, non fera, non avis, non canis. Ego, Gamaliël, compatiens Christi ministro, et festinans habere mercedem a Domino, et partem cum sancto viro fidei, misi per noctem quantos poteram religiosos Christianos et in Christo Jesu fideliter credentes, habitantes Jerusalem in medio Judæorum ; et hortus sum eos, et necessariam substantiam ministravi, ac persuasi illis ire occulte, ut portarent corpus ejus meo in vehiculo ad villam meam, hoc est in Caphargamalam, quod interpretatur villa Gamalielis, viginti millia habens a civitate. (Beda, Retract. in act. 8, legit quadraginta quinque.) Et ibi feci planctum fieri diebus septuaginta, et posui eum in meo monumento novo in orientali theca, et præcepi meis ut quæcunque necessaria erant pro ejus planctu, de meo darent. Apud Quaresmium, t. 2, cap. III, p. 297.

....

(b) et ipsa (Eudoxia) munivit sepulchrum et basilicam Beati Stephani, et ipsa suum habet sepulchrum juxta sepulchrum Beati Stephani, et infra sepulchrum sunt gressus XXVI, alii VI, et Beatus Stephanus requiescit foris portam sajittæ jactu, unaque modo porta ex nomine ipsius martyris vocatur, et est ad viam quæ respicit occasum, quæ descendit ad Joppem et Cæsaream Palestina.Antonini Placentini Itinerarium (VI° siècle) N. 25. (c) Alph. Couret, La Palestine sous les empereurs grecs, p. 131.

11. Alors ils subornèrent des hommes pour dire qu'ils l'avaient entendu proférer des paroles de blasphème contre Moïse et contre Dieu.

12. Ils soulevèrent ainsi le peuple, les anciens et les scribes; et ceux-ci se réunissant l'entrainèrent et l'amenèrent au conseil.

13. Et ils produisirent de faux témoins pour dire: Cet homme ne cesse de parler contre le lieu saint et contre la loi;

14. Car nous l'avons entendu dire que Jésus de Nazareth détruira ce lieu et changera les traditions que nous a données Moïse.

15. Et tous ceux qui siégeaient dans le conseil, ayant fixé les yeux sur lui, virent son visage comme le visage d'un ange.

La basilique de S. Etienne, détruite par les Persans, en 614, subit le sort de la plupart des 365 églises et oratoires qui se trouvaient à Jésusalem et sur le Mont des Oliviers (a). Cependant la tradition concernant le martyre de S. Etienne, consignée plusieurs fois par écrit, était trop bien établie pour pouvoir se perdre. En effet, Robert le Moine, qui vivait au XI' siècle, rapporte qu'en 1099, lors du siège de Jérusalem par les Croisés, les comtes de Normandie et des Flandres campèrent au N. de la ville, au lieu même où S. Etienne avait été lapidé (b). Tous les auteurs contemporains, que j'ai pu consulter sur cette question, sont unanimes à déclarer que S. Etienne a subi le martyre au N. de la ville; tels sont entre autres: Albert d'Aquitaine (c), l'archevêque Baldric (d), un anonyme (e) l'abbé Guibert (f), Guillaume, archevêque de Tyr (g) etc.

Si l'ancienne basilique d'Eudoxie ne fut jamais reconstruite, il n'en est pas moins vrai que les Croisés bâtirent une église sur le lieu de cette basilique. Malheureusement aucun auteur ne signale l'époque où cette église fut achevée. So wulf, qui visita les Lieux-Sts, deux ans après l'établissement du royaume latin en Palestine, nous parle de l'église de S. Etienne comme étant démolie, mais il ne dit pas un mot de sa reconstruction; ce qui ferait croire, qu'à cette époque la construction de la nouvelle église n'était pas encore commencée.

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M. de Vogüé, s'appuyant sur le plan du manuscrit de Bruxelles par Rodwic ou Roderic, et qui porte pour légende: Monasterium S. Stephani» à côté de la porte Nord de la ville ainsi qualifiée: << Porta S. Stephani Septentrionalis estime que l'église de S. Etienne fut achevée dans la première moitié du XIIe siècle.

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Dans tous les cas, l'église de S. Etienne sert de point de repère dans un acte de vente portant la date de 1178 (h). Mais 9 ans plus tard, elle

(a) Tobler, Topographie von Jerusalem und seinen Umgebungen, erstes buch, p. 454.

(b) A septentrione castrametati sunt duo comites, Normannensis et Flandrensis, juxta ecclsiam sancti Stephani protomartyris, ubi lapidatus est a Judæis. Roberti Monachi, lib. IX, 10.

(c) Albertus Aquensis, lib. V, cap. XLVI, 50.

(d) Baldricus archiepiscopus, Historia Hierosolymitana, lib. IV, 20. (e) Gesta Francorum et aliorum Hierosolymitanorum, XXXV, p. 26.

(f) Guiberto abbate, Gesta Dei per Francos, lib. VII, cap. VI.

(g) Wilhelmi Tyrensis, archiep. lib. VIII, cap. VI.

(h) Cartulaire du St-Sépulcre p. 306.

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ACTES DES APÔTRES, CH. VII.

55. Mais, comme il était rempli de l'Esprit-Saint, il leva les yeux au ciel, vit la gloire de Dieu et Jésus qui se tenait à la droite de Dieu, et dit: Voilà que je vois les cieux ouverts et le Fils de l'homme qui est à la droite de Dieu.

56. Alors jetant de grands cris et se bouchant les oreilles, ils se précipitèrent tous ensemble sur lui.

57. Et l'entraînant hors de la ville, ils le lapidaient; et les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d'un jeune homme nommé Saul.

58. Ils lapidaient ainsi Etienne qui priait et disait: Seigneur Jésus, recevez mon esprit.

59. Puis s'étant mis à genoux, il s'écria d'une voix forte: Seigneur, ne leur imputez point ce péché. Et lorsqu'il eut dit ces mots, il s'endormit dans le Seigneur. Or Saul était consentant à sa mort.

fut rasée par les Croisés eux-mêmes, parce qu'elle pouvait, à cause de sa proximité des murs de la ville, favoriser l'ennemi (a). L'église disparut donc en l'année fatale 1187; mais les pèlerins vinrent encore, pendant quelque temps, vénérer le lieu de l'église de S. Etienne. Wilbrand d'Oldenbourg, en 1212, mentionne également le lieu du martyre de S. Etienne au N. de la ville; c'est ce qui résulte clairement du texte. Mais il en résulte aussi que cet auteur a confondu l'ânerie avec l'église du Premier Martyr. L'église avait été rasée, par conséquent on ne pouvait plus y loger des ânes, comme il le prétend. Tout près de l'église de S. Etienne, se trouvait encore debout l'immense écurie des bêtes de somme des chevaliers de S. Jean; c'est justement cette écurie que notre pèlerin prend pour l'église de S. Etienne. D'ailleurs voici le texte: «< Ad quam accedentes (ad civitatem) curiam quan«dam juxta muros civitatis sitam intrare compellebamur. In hoc loco fuit << martyrizatus Beatus Stephanus, in cujus honore (honorem) nostri fideles ecclesiam, sicut adhuc apparet, fundaverant. Ubi nunc temporis asini Soldani compelluntur...., de ecclesiæ materia, de loco reliquiarum locus << stercorum est ordinatus. Et nota, quia iste locus extra muros est, quia «<secundum Actus Apost. ejicientes eum extra portam civitatis lapidabant. «Lib. II, cap. V, p. 184. » Burchard du Mont Sion ne nous apprend rien concernant le lieu de la lapidation de S. Etienne; mais en parlant de la porte N. de la ville, il dit qu'elle est à présent appelée porte de S. Etienne. Un des principaux pèlerins qui, à ma connaissance, place clairement le S. Lieu en question à l'Orient de la ville, c'est Ricoldi de Monte Crucis, de l'ordre de S. Dominique, qui visita Jérusalem en 1294. Notre pèlerin, en venant du tombeau de la Ste Vierge, va au Lieu où le premier martyr fut lapidé. De là il suit, en montant, le chemin par lequel on traîna S. Etienne au lieu du supplice. Ensuite Ricoldi entre en Ville par la porte des Samedis

«

«

(a) Celle moustier de S. Etienne abatirent li crestien de Iherusalem, devant qu'il fussent assegié, pour ce que li moustiers estoit près du mur. Citez de Iherusalem VI.

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