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entre dans le lac de Tibériade (bahhr Tabarîah) et en sort pour aller se perdre dans la mer Morte. Ruisseaux et Torrents. Les ruisseaux sont très-rares dans ce pays. Les principaux sont: l'ouâdi el-Aamoud, qui se jette dans le lac de Tibériade; le nahr el-Djaloud, qui passe par Beth-Shan et se jette dans le Jourdain; le nahr en-Nâaman (Bélus); le nahr Moûkata (Cison); le nahr ez-Zerka; le nahr Falaik; le nahr el-Aujeh; et le nahr er Roubin. Ces derniers ruisseaux se jettent dans la Méditerranée.

Pendant la saison des pluies, les torrents sont nombreux et roulent leurs eaux avec une précipitation impétueuse. Le reste de l'année, ils sont à sec. Le Cédron, lui même, ce torrent si célèbre situé entre la Ville Ste et le mont de Oliviers, est également sans eau.

Sources et Fontaines. Les sources sont rares en Palestine. Les principales sont: Ras el-Aïn près de Tyr; AïnMedâouarah, près du lac de Tibériade; Aïn-Sultan (fontaine d'Elisée); Aïn-Diouk, près de Jéricho; Aïn es-Seiah (fontaine d'Elie) et Aïn-Sâadeh, au pied du mont Carmel; la fontaine de la Ste Vierge à Nazareth; Aïn- Mâïteh, près de Zéraïn; Aïn-Djaloud, au pied (nord) de Gelboë; Aïn- Djenîne, près du village de ce nom; Aïn-Danaf, Ras el-Aïn, belle source au N.-O. de Naplouse; Aïn el-Bîreh, près du village de ce nom; Aïn-Feshkhah, à l'angle N.-O. de la mer Morte; Aïn-Siloé, ou Aïn-Sitti-Mâriam (fontaine de la Ste Vierge), près de Jérusalem, dans la vallée de Josaphat; Aïn-Haud (fontaine des Apôtres); Ain-Hanieh, près de Bettir; Aïn-Diroueh, sur la route d'Hébron; Aïn-Kârem, à St Jean-dans-les-montagnes; Ras el-Aïn (Fontaine-Scellée), près d'el-Bourak; Aïn-ouâdiaroub, dont les eaux venaient autrefois à Jérusalem; Aïn-Artase, dans le village de ce nom etc.

Les grands travaux exécutés dans les temps anciens, pour procurer de l'eau au pays, nous prouvent que la. Palestine était presque dépourvue de cet important élément. Cependant les Hébreux, malgré leur grand nombre, n'en ont presque jamais manqué. Ils la recueillaient dans des citernes creusées habilement dans les rochers, et disséminées à profusion le long des routes, dans les champs, dans les jardins, dans les aires à battre le grain, dans les villages et surtout dans les villes. A Jérusalem, on ne peut déblayer une cinquantaine de mètres de terrain sans en découvrir au moins une. En 1842, dans l'ancien mur d'enceinte S. de Jébus (Sion), sur une étendue d'une

centaine de mètres, on a mis à découvert treize citernes (1). Depuis le déboisement presque complet du pays, les eaux deviennent de plus en plus rares; quelques sources même se sont abaissées considérablement, et leur courant a diminué dans les mêmes proportions. La source d'Artase, par ex., se trouve tellement en contre-bas de son ancien aqueduc, qu'on ne pourrait plus en conduire les eaux à Hérodium (mont des Francs), comme à l'epoque d'Hérode-le-Grand qui bâtit cette ville.

Eaux minérales. Dans toute la Terre-Sainte, il n'y a qu'une seule source d'eau minérale; c'est, près de Tibériade, la source d'eaux chaudes, appelée Hammam-Tabarîah.

Cavernes. Les montagnes offrent un grand nombre de cavernes dont les plus remarquables sont: les cavernes d'Arbel (Irbid), celles de la colline d'Aadelmîeh, celles de Khareitoun, etc. Anciens volcans.-On rencontre de nombreuses traces de volcans éteints, surtout dans la partie N. de la Palestine, et l'on ressent de temps à autre des secousses de tremblement de terre.

3. Géologie. Minéralogie.

La Palestine offre différents terrains contenant diverses matières formées à des périodes successives. Voici quelques données à ce sujet:

Terrain primitif. Dans le terrain situé entre la mer Rouge et la mer Morte, on trouve le Granit et le Gneiss. Après les roches granitiques, on voit le grès apparaître et se prolonger sur toute la côte orientale de la mer Morte. Il forme en outre sur le versant occidental de l'Anti-Liban et du Liban, une zone servant de base aux deux chaînes calcaires qui le couvrent en grande partie (2). Le grès est encore apparent sur le versant oriental de l'Anti-Liban, où les habitants de Damas l'exploitent avantageusement.

Terrain tertiaire. Entre Gaza et le Nil on ne rencontre que du terrain tertiaire sablonneux.

L'Argile se trouve en Palestine en plusieurs endroits, soit dans les vallées, soit sur les montagnes. Près de Tibériade, on la rencontre 150 mètres environ au-dessous du niveau de la Méditerranée; on en trouve sur le bord de la Mer

(1) Il est probable que la plupart des citernes de la Terre-Promise ont été creusées par les Chananéens (Cf. Deut. VI, 10 et 11).

(2) Carte géologique par M. Lartet (Duc de Luynes, voyage autour de la mer Morte).

Morte, et elle se voit aussi à Kastoul, situé à plus de 700 mètres au-dessus du niveau de cette même mer et à 10 kilomètres Ouest de la Ville Sainte. Elle sert à la fabrication de vases, de briques et de pipes rouges.

L'argile supporte quelquefois des gisements de Marnes. En général les marnes sont blanchâtres, et portent fréquemment des empreintes de fossiles.

Calcaire. La plus grande partie de la Palestine se compose de montagnes calcaires appartenant aux différentes stratifications de la troisième période, et aussi de plaines diluviennes de formation quaternaire. Ce sont celles de Sâron, du Jourdain, de Sanour, d'Esdrelon et de St Jean-d'Acre.

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Le Calcaire de Palestine se divise en sept espèces qui sont: 1° Marbre blanc. Le marbre blanc de ce pays est assez grossier; je l'ai découvert, en 1872, dans la chaîne de montagnes qui se trouve sur la rive occidentale de la mer Morte. 2o Mizi yabèse ou Hhâdjar yahoudi. Cette pierre se trouve principalement à l'ouest et près de Jérusalem. Elle est très dure, compacte, de couleur rouge, veinée de jaune plus ou moins clair et reçoit très bien le poli. C'est la plus belle pierre du pays. 3° Mizi ordinaire. Elle est très tenace et compacte, moins dure que le Mizi yabèse, presque blanche. Sans être veinée elle reçoit aussi le poli. Cette pierre est employée dans la plus grande partie des constructions comme pierre de taille. - 4o Mèleki. Moins dure et plus légère que les précédentes, quelquefois veinée de rouge, elle ne reçoit pas le poli et sert également de pierre de taille dans les constructions. kouli. Elle n'est ni dure ni compacte, possède beaucoup moins de parcelles cristallisées que les précédentes, et ne résiste pas bien au contact de l'air; elle s'emploie principalement dans l'intérieur des constructions. On y trouve assez souvent des nummulaires, des ammonites, des turitelles, et des dents de poisson. Ces dents sont de forme pyramidale, arquées, de couleur foncée, et ne dépassent guère deux centimètres en longueur. 6° Nâri. Le Nâri est une pierre où la matière cristalline est invisible à l'œil nu; elle est très légère, tendre, résistant peu à l'action de l'air, mais en revanche supportant assez bien l'action du feu; elle contient presque toujours de petits morceaux de silex. On s'en sert surtout dans la construction des voûtes couvrant les habitations.—7° Gypse (pierre à plâtre). Elle se trouve en divers endroits de la Judée.

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-5° Ka

Outre les calcaires dont nous venons de parler, on trouve encore en Palestine: 1° le Silex. Le silex y est très commun; on le rencontre en blocs libres et en stratification.-2o Le Hhâdjar el-Nabi-Mouça. Cette pierre est ainsi appelée parce qu'elle se trouve aux alentours d'une célèbre mosquée nommée Nabi-Mouça (prophète Moïse) située à 6 lieux E. de Jérusalem. Ce gisement ne s'étend guère au delà d'un kilomètre de l'Est à l'Ouest, et de 5 à 6 kilomètres du Nord au Sud. Le Hhâdjar Nabi-Mouça sert à fabriquer de petits objets que les voyageurs achètent comme objets de curiosité; quoique peu résistant, on l'emploie comme dalle noire pour le pavage. Il brûle comme le charbon, mais en exhalant une odeur bitumineuse très prononcée. Cette pierre a cela de particulier qu'elle ne se consume pas comme le charbon, mais qu'elle s'éteint d'elle-même, après avoir perdu 20 0/0 de son poids, et s'être couvert à l'extérieur d'une couche blanche épaisse de 2 millimètres. Du reste, intacte à l'intérieur, dès que cette couche blanche a disparu, elle recommence à brûler. - 3o Basalte. L'orient du lac de Tibériade, l'ancien Basan, la Gaulanitide, les environs de ce même lac, principalement le Nord et l'Ouest, la plaine d'Hattine jusqu'à Saphet, sont partout des terrains ignés ou plutoniens. Au Nord et au Nord-Est de Saphet, sur la route de Damas, on rencontre toute une série de petits volcans éteints et par conséquent parsemés ou couverts de basalte. Ces terrains sont également métamorphiques.

Nous dirons, pour conclure, que les roches primitives dominent dans la partie Sud de la Palestine; vient ensuite une couche de grès rouge; mais la majeure partie du terrain se compose de calcaires crétacés, auquels se rattachent la craie nummulitique et les terres d'alluvion.

Minéraux. Les minéraux, proprement dits, sont presque nuls en Palestine. Le Liban possède quelques mines de fer et de charbon. A Hhasbaya, on exploite depuis trois siècles des mines de bitume. Les environs de la mer Morte fournissent de l'asphalte et du sel en quantité. Au S.-O. de la mer Morte, il y a des mines de sel gemme, principalement dans la montagne de Sodome (Esdoum), où ce sel forme des blocs s'élevant jusqu'à 30 mètres de hauteur.

4. Agriculture, Botanique.

La Palestine, par ses productions, appartient complètement aux pays chauds. Cependant toutes les plantations des pays

tempérés y prospèrent, pourvu que l'eau ne leur fasse pas défaut. Fertilité. Le pays doit être considéré sous deux aspects bien distincts quant à sa fertilité. Je vais parler séparément de chacun d'eux.

1. Fertilité ancienne.

Que la Palestine ait été autrefois une contrée très fertile, il suffit pour le prouver de rapporter ce que Moïse en dit dans le Deutéronome (ch. XII, 9). « Le < pays où coulent des ruisseaux de lait et de miel, et que le «Seigneur a promis avec serment à vos pères et à leur pos<térité. » Il est vrai que ces paroles ont une couleur poétique et qu'elles ne doivent pas être prises absolument à la lettre, néanmoins Moïse, en parlant de la sorte, ne pouvait tromper son peuple au point d'essayer de lui faire croire précisément le contraire de la réalité. Evidemment il lui dépeignait, sous ces images, la prodigieuse fertilité de la terre dont Dieu voulait le mettre en possession.

2. Fertilité actuelle.—Quoique l'ancienne beauté de la Palestine soit bien diminuée, ou plutôt, quoiqu'elle ne ressemble guère à ce qu'elle était au temps des Hébreux, il est vrai pourtant de dire que la stérilité actuelle n'est qu'apparente. Pour s'en convaincre, il suffit de remarquer les terres labourées par des cultivateurs intelligents et laborieux; l'on reconnaît bien vite que ce pays est encore un des plus fertiles qu'il y ait au monde. Je citerai pour preuve les légumes prodigieusement gros et de toutes sortes, qu'on trouve en abondance principalement sur le marché de Jaffa, et les magnifiques productions des petits coins de terre tant soit peu arrosés, soit de la main du jardinier, soit par les eaux d'une source qui est souvent peu abondante et située à une très grande distance. J'ai entendu dire quelquefois, qu'à Artase, au sud de Bethléem, on avait fait jusqu'à cinq récoltes de pommes de terre dans un an. Et quel est le pèlerin qui soit sorti de la Palestine sans avoir remarqué et admiré la profusion et la grosseur des oranges de Jaffa? La fertilité de cette terre, réputée stérile, se montre partout, jusque sur les montagnes les plus rocailleuses. Celles qui paraissent incultes ne laissent pas que de produire constamment une infinité de plantes variées et souvent fort belles. Cette végétation spontanée est certainement une preuve de la richesse du sol. Et remarquez qu'on ne sait pas, en ces contrées, ce que c'est que de livrer à la terre des engrais productifs.

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