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NOTE STATISTIQUE

SUR LES EAUX MINÉRALES DU DÉPARTEMENT

DES HAUTES-ALPES (1).

Le département des Hautes-Alpes renferme un grand nombre de sources minérales, mais deux seulement ont de l'importance. L'une se trouve au Plan de Phazy, commune de Rizoul; l'autre au Monestier-de-Briançon, dans la vallée de la Guisanne. Elles sont remarquables par leur haute température, leur abondance et la forte proportion de matières salines qu'elles renferment. Si, jusqu'à présent, elles sont restées presque inconnues, il faut l'attribuer surtout au peu de ressources qu'offre le pays pauvre où elles sont situées.

Les eaux minérales du Plan de Phazy sortent du pied des rochers qui encaissent la Durance au-dessous de Mont-Dauphin; elles sont distantes de six lieues de Briançon, de trois lieues d'Embrun, et environ d'une demi-licue de Guillestre. Le terrain, composé principalement de calcaire, de schiste marneux et de grès, m'a paru appartenir à la formation à nummulites, qui représente, d'après la plupart des géologues, l'étage supérieur de la craie. Cette localité est une des plus remarquables des Hautes-Alpes par les altérations plutoniques qu'ont subies les couches de sédiment. Sur la rive de la Durance, au lieu appelé le Plan de Phazy, on observe la succession suivante de roches en commençant par les plus basses: 1o des calcaires gris, compactes, plongeant fortement vers l'estnord-est; 2o des bancs de schiste talqueux, qui sont feldspathiques sur plusieurs points, et passent au gneiss; 3° un banc de quartz compacte, qui devient parfois arénacé, et offre des passages à un grès; 4o des calcaires altérés, jaunâtres, paraissant dolomitiques; 5° enfin, des bancs épais de

(1) Pour la rédaction de cette notice j'ai emprunté beaucoup de détails à un mémoire encore inédit de M. Tripier, qui m'a été communiqué par M. Scipion Mourgue, ancien préfet des Hautes-Alpes. (Note de l'auteur.)

gypse blanc. Au delà de ces couches on marche sur des alluvions récentes. Du pied de ces roches altérées, et à très-peu de distance de la grande route de Gap à Briançon, on voit jaillir par quatre points différents et voisins les uns des autres une source minérale abondante dont la température varie de 28 à 30 degrés centigrades. Les eaux, en se répandant à la surface du sol, ont formé un dépôt salin qui occupe déjà un espace considérable et s'augmente sans cesse. Ce n'est qu'à plusieurs mètres de la source que ce dépôt commence à se former d'une manière notable; à 60 mètres, il atteint son maximum. Les sels qui se précipitent les premiers sont les carbonates de fer et de manganèse, puis successivement le phosphate de chaux, le carbonate de chaux, le carbonate de magnésie, enfin le sulfate de chaux. Afin d'empêcher que l'eau minérale n'inonde les terres voisines, on la fait couler dans une rigole pratiquée suivant la plus grande pente du sol, et, pour l'y maintenir, on a soin de ramener sur les bords le dépôt du fond. Cette rigole s'élève par conséquent sans cesse; elle forme une espèce d'aqueduc qui, à une certaine distance de la source, atteint la hauteur de 1m et même de 1m 50 au-dessus du sol environnant. Le maximum de l'exhaussement du fond paraît être d'environ un centimètre chaque année. On prévoit qu'au bout d'un certain temps le niveau d'une portion de l'aqueduc sera devenu supérieur à celui de la source, et qu'alors on sera obligé de creuser le canal ou de faire passer les eaux ailleurs. La petite plaine où coule l'eau minérale porte le nom de Salse. Son sol, en grande partie stérile, est formé de sables fins constamment imprégnės de sels qui viennent effleurir à sa surface et y forment une couche ayant l'aspect du givre. Ces sels sont composés principalement de sulfate de soude et d'une petite quantité de sel marin, de carbonate de magnésie et de carbonate d'ammoniaque.

En face du Plan de Phazy, de l'autre côté de la Durance, on retrouve le prolongement des couches altérées de la rive gauche, et, ce qui est bien remarquable, une seconde source minérale tout à fait analogue à la précédente. Les calcaires en couches presque verticales que l'on rencontre d'abord, et qui supportent le village de Reotier, renferment un banc subor

donné de serpentine d'une beauté médiocre, que l'on exploite cependant comme marbre; après, on observe des schistes argilo-talqueux, puis des masses de gypse, et audessus d'autres schistes talqueux qui deviennent de plus en plus argileux en s'éloignant de la ligne de contact du gypse. La source minérale sort du calcaire dans le voisinage du gypse et du banc de serpentine, et se perd bientôt dans la Durance. Sa température est un peu inférieure à celle du Plan de Phazy, ce qui est dû probablement au mélange de quelques filets d'eau froide. Comme cette dernière, elle a donné lieu à un dépôt trèsabondant de calcaire ocreux, manganésifère et magnésien, dans lequel on distingue des parties de composition et d'âge différents. Les dépôts les plus anciens sont doués d'une grande cohésion, et sont composés de carbonates terreux, mêlés d'un peu de fer. Les dépôts intermédiaires sont moins consistants et beaucoup plus ferrugineux; enfin, ceux de formation actuelle ne contiennent que des traces à peine sensibles de ce métal. Ce lieu est fort intéressant pour les botanistes qui peuvent y récolter des plantes tout à fait étrangères au pays. Ainsi, dans les cavités du dépôt qui sont exposées au midi, on trouve le capillaire de Montpellier; une partie de la verdure environnante est formée par le poa et le plantain maritimes. On y remarque aussi la samole de Valerand, l'ail jaune, le roseau commun, le jonc bulbeux, la prêle rameuse, etc. Le nostoch mésentère croît dans les eaux mêmes de la source minérale; il a l'odeur d'éponge brute et paraît doué de toute la force de végétation dont il jouit sur les rochers qui bordent la mer.

Cette source étant d'un accès difficile, et se trouvant resserrée entre des rochers à pic et la Durance qui en baigne le pied, ne peut être le siége d'aucun établissement thermal. Il n'en est pas de même de la source du Plan de Phazy, qui est située sur le bord d'une grande route, et dont le volume est d'ailleurs beaucoup plus considérable. D'après M. Tripier, la pesanteur spécifique de cette dernière eau est de 1,00656. Elle est limpide, incolore, inodore; sa saveur est salée. Elle rougit la teinture de tournesol; en sortant, elle laisse dégager, sous forme de bulles nombreuses et pressées, un gaz dont l'apparition est sujette à des intermittences. Sa composition par litre est la suivante :

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Pendant longtemps il n'a existé aucun établissement au Plan de Phazy. On s'était contenté de creuser, un peu audessous de la source principale, dans la matière même du dépôt, trois bassins clliptiques dans lesquels on prenait des bains. En 1824 on y a bâti une rotonde contenant quatre piscines dans des cabinets séparés. Au fond d'un corridor servant de vestibule on a scellé dans le mur une conque dans laquelle tombe un filet d'eau destiné à la boisson. Un petit bâtiment, construit tout près de là, renferme quelques chambres où les malades peuvent se reposer. Le nombre des personnes qui fréquentent les eaux a été jusqu'à présent très-peu considérable; on l'évalue à 30 ou 40 chaque année.

Les eaux minérales du Monestier se trouvent à trois lieues

nord-ouest de Briançon, dans la vallée de la Guisanne, sur la route qui conduit au Bourg-d'Oisans par le col de Lautaret. Elles consistent en deux sources thermales très-volumineuses qui sortent à quelques pas des habitations. L'une, au midi du bourg, est désignée sous le nom de Font chaude; l'autre, au nord, est appelée Source de la Rotonde. La distance qui les sépare est d'environ 500 mètres. La roche d'où ces eaux s'échappent est un tuf calcaire qui paraît fort épais, et qui recouvre, sur une longueur d'environ 600 mètres et une largeur de 400, le terrain à anthracite des Alpes. Ce tuf, que l'on exploite comme pierre de construction, est traversé dans tous les sens par une multitude de canaux irréguliers qui présentent la forme de troncs et de branches d'arbre. On y remarque des empreintes de végétaux qui, en général, sont de l'espèce de ceux qui vivent encore dans le pays. Sa composition chimique est analogue à celle des dépôts que formeraient les eaux thermales abandonnées à elles-mêmes. Il est vraisemblable, par conséquent, qu'il a été formé par ces mêmes sources à une époque où elles étaient plus abondantes, et, peut-être, plus riches en calcaire qu'aujourd'hui.

La source du midi, ou la Font chaude, est celle qui renferme le plus de substances salines. On l'emploie en bains et en douches. Sa température varie de 36 à 40 degrés centigrades ; sa limpidité est parfaite, son odeur nulle et sa saveur légèrement salée. Il ne s'en échappe aucune bulle de gaz, et l'on n'y remarque aucun dépôt, si ce n'est des incrustations calcaires produites par l'évaporation de l'eau dans les endroits mouillés accidentellement. D'après M. Tripier, sa pesanteur spécifique est 1,005, et chaque litre renferme :

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