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qu'il le suivra; d'autres croient qu'il commencera avant le jugement, et qu'il continuera pendant et après le jugement. Mais cette question n'intéresse point les fidèles; elle ne nous intéresse pas plus que d'autres questions du même genre, au sujet desquelles il n'a pas plu au Seigneur de nous faire connaître ses desseins. On deinande encore si, ce monde ayant fini par la dissolution des éléments qui le composent, Dieu se servira de ces mêmes éléments pour former un nouveau monde? Bien certainement, après la fin de ce monde, le Créateur pourrait former d'autres mondes, comme il a pu en former d'autres dans l'intervalle qui s'est écoulé, suivant le système de la plupart des géologues modernes, depuis la création de la matière jusqu'à l'organisation du monde actuel; mais, encore une fois, ces sortes de questions ne font rien à l'édification.

258. On fait aussi une autre question: Quand le monde finirat-il? Cette question a été résolue par Jésus-Christ lui-même, mais non pas de manière à satisfaire la curiosité de l'homme. Un jour, ses disciples lui ayant demandé quand arriverait la fin du monde, il leur répondit : « Personne n'en sait ni le jour ni l'heure, pas « même les anges du ciel, si ce n'est le Père seul. Ce qui est arrivé « au temps de Noé arrivera à l'avénement du Fils de l'homme. . Comme avant le déluge les hommes mangeaient et buvaient, se « mariaient et mariaient leurs enfants, jusqu'au jour où Noé entra « dans l'arche, et qu'ils ne pensèrent au déluge que lorsqu'il sur<<< vint et les fit tous périr, il en sera de même à l'avénement du Fils de l'homme (1). Tenez-vous toujours prêts, parce que le Fils de l'homme viendra à l'heure que vous n'y penserez pas (2). » Ce serait donc en vain qu'on voudrait fixer le temps de la fin du monde: Dieu seul connaît l'avenir, et celui à qui Dieu l'a révélé; mais l'incertitude même où nous sommes sur le jour et l'heure du second avénement de Notre-Seigneur, ainsi que sur le jour et l'heure de notre mort, est un bien puissant motif pour nous tous de veiller, et de nous tenir toujours prêts à paraître devant Dieu;

(1) Cœlum et terra transibunt, verba autem mea non præteribunt. De die autem illa et hora nemo scit: neque angeli cœlorum, nisi solus Pater. Sicut autem in diebus Noe, ita erit et adventus Filii hominis. Sicut enim erant in diebus ante diluvium comedentes et bibentes, nubentes et nuptui tradentes, usque ad eum diem, quo intravit Noe in arcam, et non cognoverunt donec venit diluvium et tulit omnes; ita erit et adventus Filii hominis. Saint Matthieu, c. xxiv v. 35, etc.—(2) Ideo et vos estote parati; quia qua nescitis hora Filius hominis venturus est. Ibidem, v. 44.

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car la mort est immédiatement suivie du jugement particulier, où le sort de chacun sera fixé pour toute l'éternité. Veillons donc, nous tous, qui que nous soyons, quoique nous n'ayons pas à craindre, tandis que nous sommes en cette vie, d'être surpris par la fin du monde. Veillons, car nous ne savons pas quand le maître de la maison viendra; si ce sera le soir ou à minuit, au chant dù coq, ou au matin (1). Notre divin Sauveur nous le recommande, omnibus et nous le recommande à tous : Quod autem vobis dico, dico: Vigilate (2).

Nous avons parlé, dans ce traité, des attributs de Dieu, des œuvres de la création, des anges et de l'homme, et de la providence qui pourvoit à tout, tant dans l'ordre de la nature que dans l'ordre de la grâce. Nous avons encore à parler de la nature divine, et c'est ce que nous allons faire en exposant le dogme catholique sur le mystère ineffable de la sainte Trinité.

(1) Vigilate ergo (nescitis enim quando dominus domus veniat : sero, an media nocte, an galli cantu, an mane). Saint Marc, c. xIII, v. 35. — (2) Ibidem,

V. 37.

DU

MYSTÈRE DE LA SAINTE TRINITÉ.

259. Le premier, le plus incompréhensible des mystères de la religion, est, sans contredit, le mystère trois fois saint de la Trinité. Pour en parler dignement, nous empruntons le langage de Dieu même, tel qu'il nous a été transmis par l'enseignement de l'Église et de ses docteurs, en nous rappelant que nous devons, comme le dit l'Apôtre, réduire notre entendement en servitude, et le soumettre, par l'obéissance, à la parole de Jésus-Christ: In captivitatem redigentes omnem intellectum in obsequium Christi (1).

CHAPITRE PREMIER.

Notion du mystère de la sainte Trinité.

260. Le mystère de la sainte Trinité est un seul Dieu en trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu; et cependant ce ne sont pas trois dieux; les trois personnes divines ne sont qu'un seul et même Dieu, n'ayant toutes les trois qu'une seule et même nature, qu'une seule et même divinité. Il n'y a qu'un seul Dieu; cette vérité est le fondement de la foi chrétienne. Mais cette même foi nous apprend que l'unité même de Dieu est féconde; que la nature divine, sans cesser d'être numériquement une, se communique par le Père au Fils, et par le Père et le Fils au Saint-Esprit. Ces trois personnes sont réellement distinctes: le Père n'est pas le Fils ni le Saint

(1) Épitre 1o aux Corinthiens, c. x, v. 5,

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Esprit; le Fils n'est pas le Père ni le Saint-Esprit; le Saint-Esprit n'est pas le Père ni le Fils: mais la personne du Père, et la personne du Fils, et la personne du Saint-Esprit, subsistent dans la nature divine, qui est une seule et même nature en trois personnes. Et c'est en cela que consiste le grand mystère de la très-sainte Trinité.

261. Voici ce que nous lisons dans le symbole de saint Athanasc, qui est reçu dans toute l'Église :

« La foi catholique est, que nous adorions un seul Dieu en trois « personnes, et trois personnes en un seul Dieu, sans confondre « les personnes, ni diviser la substance;

<< Car autre est la personne du Père, autre est celle du Fils, « autre est celle du Saint-Esprit.

« Mais la divinité du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, est « une; leur gloire égale, leur majesté coéternelle.

Tel qu'est le Père, tel est le Fils, tel est le Saint-Esprit.

« Le Père est incréé, le Fils est incréé, le Saint-Esprit est incréé. « Le Père est immense, le Fils est immense, le Saint-Esprit est « immense.

« Le Père est éternel; le Fils est éternel, le Saint-Esprit est « éternel; et cependant ce ne sont pas trois êtres éternels, mais « un seul être éternel: comme aussi ce ne sont pas trois êtres in« créés ni trois êtres immenses, mais un seul être incréé et un seul « être immense.

De même le Père est tout-puissant, le Fils est tout-puis« sant, le Saint-Esprit est tout-puissant: cependant ce ne sont pas trois êtres tout-puissants, mais un seul être tout-puissant. « Ainsi le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu et cependant ce ne sont pas trois Dieux, mais un seul « Dieu.

<< Ainsi le Père est Seigneur, le Fils est Seigneur, le Saint-Es« prit est Seigneur : et cependant ce ne sont pas trois Seigneurs, a mais un seul Seigneur.

Car comme la vérité chrétienne nous oblige de confesser que «< chacune des trois personnes est Dieu et Seigneur, de même la religion catholique nous défend de dire trois Dieux ou trois Seigneurs.

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Le Père n'a été ni fait, ni créé, ni engendré d'aucun autre. Le « Fils n'a été ni fait ni créé, mais engendré du Père seul. Le Saint-Esprit n'a été ni fait, ni créé, ni engendré, mais il pro« cède du Père et du Fils.

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Il y a donc un seul Père, et non trois Pères; un seul Fils, « et non trois Fils; un seul Saint-Esprit, et non trois Saints"Esprits.

« Et dans cette Trinité il n'y a rien de plus ancien et rien de « moins ancien, rien de plus grand et rien de moins grand; mais les trois personnes sont coéternelles et coégales entre elles de sorte qu'en tout, comme il a été dit, on doit adorer l'unité dans « la trinité, et la trinité dans l'unité.

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Celui donc qui veut être sauvé doit croire ainsi de la Trinité (1). »

CHAPITRE II.

De l'existence du mystère de la très-sainte Trinité.

262. Parmi les anciens hérétiques qui se sont écartés du dogme catholique touchant le mystère de la Trinité, on remarque, au second et au troisième siècle, Praxéas de Phrygie, Noët d'Éphèse ou de Smyrne, Sabellius, né à Ptolémaïde en Libye, et Paul de Sa

(1) Fides catholica hæc est: ut unum Deum in Trinitate et Trinitatem in unitate veneremur : neque confundentes personas, neque substantiam separantes. Alia est enim persona Patris, alia Filii, alia Spiritus Sancti. Sed Patris, et Filii, et Spiritus Sancti, una est divinitas, æqualis gloria, coæterna majestas. Qualis Pater, talis Filius, talis Spiritus Sanctus. Increatus Pater, increatus Filius, increatus Spiritus Sanctus. Immensus Pater, immensus Filius, immensus Spiritus Sanctus. Æternus Pater, æternus Filius, æternus Spiritus Sanctus. Et tamen non tres æterni, sed unus æternus. Sicut non tres increati, nec tres immensi, sed unus increatus et unus immensus. Similiter omnipotens Pater, omnipotens Filius, omnipotens Spiritus Sanctus. Et tamen non tres omnipotentes, sed unus omnipotens. Ita Deus Pater, Deus Filius, Deus Spiritus Sanctus. Et amen non tres Dii, sed unus est Deus. Ita Dominus Pater, Dominus Filius, Dominus Spiritus Sanctus. Et tamen non tres Domini, sed unus est Dominus. Quia sicut sigillatim unamquamque personam Deum ac Dominum confiteri christiana veritate compellimur, ita tres Deos aut Dominos dicere catholica religione prohibemur. Pater a nullo est factus, nec creatus, nec genitus. Filius a Patre solo est, non factus, nec creatus, sed genitus. Spiritus Sanctus a Patre et Filio, non factus, nec creatus, nec genitus, sed procedens. Unus ergo Pater, non tres patres; unus Filius, non tres filii; unus Spiritus Sanctus, non tres spiritus sancti. Et in hac Trinitate nibil prius aut posterius, nihil majus aut minus; sed totæ tres personæ coæternæ sibi sunt et coæquales. Ita ut per omnia, sicut jam supra dictum est, et unitas in Trinitate et Trinitas in unitate veneranda sit. Qui vult ergo salvus esse, ita de Trinitate sentiat. Symbole de saint Athanase.

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