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Berne, le 28 juin 1824.

Nous arrivâmes hier à midi en bonne santé. Nous trouvâmes à la porte du Peuple, par où nous entrâmes, un billet de Monseigneur Mazzio, qui invitait M. Vuarin et son compagnon de voyage à descendre chez lui; ce que nous fimes. Mercredi, lendemain de la Saint-Pierre, nous irons occuper au Collége romain, deux chambres que le Pape y a fait demander pour nous.

La santé du Pape, quoique toujours très-faible, est aussi bonne qu'on peut l'espérer. Il ne dira pas demain la messe à Saint-Pierre, mais il y assistera. Aujourd'hui, après vêpres, il doit faire la bénédiction des palliums qu'on garde dans une capsule déposée dans la confession de Saint-Pierre. Ce pauvre Pape ne sort jamais; il est extrêmement faible. Le matin il reçoit et s'occupe d'affaires. Il passe l'après-midi sur son lit, sans néanmoins se déshabiller 1.

Puis il se loue de l'accueil tout bienveillant qu'il a reçu du pape Léon XII.

A son frère.

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Rome, 9 juillet 1824. Je t'ai annoncé mon arrivée dans cette ville, et depuis ce temps je ne t'ai pas écrit, parce qu'il fait si chaud qu'on n'a pas le courage de prendre une plume, et que j'aime mieux, d'ailleurs, te raconter de vive voix tout ce que j'aurai à te dire sur mon séjour ici. On m'y a fait le plus agréable accueil. J'ai vu le Saint-Père, et je le reverrai encore mardi. Ayant appris que je me proposais de hâter un peu mon retour, il m'a fait dire qu'il ne fallait pas que je quittasse Rome sans avoir vu ce qu'elle offre de plus curieux. Plusieurs cardinaux nous ont invité à 1 diner, et j'ai fait la connaissance de divers prélats et autres ecclésiastiques d'un mérite fort distingué. Je ne laisse pas d'avoir un grand désir de revoir la France, où mes affaires et mes occupations me rappellent. Nous ne pouvions, en somme, avoir de tout le monde une meilleure réception 2.

Et le 16 juillet, il écrit encore :

Le Saint-Père, que j'ai vu deux fois, et qui m'a comblé de bontés, veut me revoir pour causer, m'a-t-il dit, plus à loisir. Il faut que j'attende ses ordres.

Si j'ai ici des adversaires (et il y en a bien peu, s'il y en a), aucun du moins n'ose se prononcer publiquement contre moi. Tout ce qu'il y a d'hommes un peu connus se sont déclarés pour. J'ai reçu ce matin la visite de deux jésuites (je n'ai pas encore été chez eux); l'un des deux, ancien professeur de philosophie, est né en Pologne. Ils m'ont eux-mêmes parlé les premiers de la question débattue, et se sont prononces avec toute la force possible. Tu sentiras ce que cela veut dire 3.

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Il part de Rome le 25 pour aller à Naples, et voici ce qu'il écrit:

A son frère. Naples, 28 juillet 1824. Je partis de Rome le dimanche 25, et j'arrivai ici le lendemain au soir, après vingt-huit heures de route. On fait maintenant ce voyage avec une parfaite sûreté. On se passerait même fort bien de l'escorte à cheval qui accompagne le courrier, car on ne fait pas une lieue sans rencontrer cinq ou six postes militaires. Je passerai, probablement, environ trois semaines dans ce pays. Plus de la moitié de ce temps sera employée à parcourir les environs de Naples. La ville elle-même offre peu de choses à voir, mais sa position est tout ce qui se peut imaginer de plus magnifique. On m'a fait ici, comme partout, un excellent accueil. Le P. Ventura est d'une obligeance et d'un zèle infini pour tout ce qui peut m'être agréable. Il veut me conduire lui-même à Caserte et à Pompéia. Je visiterai successivement les deux côtés de la baie, mais j'ai renoncé au voyage

de Sicile '.

Le prince de Croy, grand aumônier, avait pour vicairegénéral M. Jean de La Mennais, qui demeurait dans son hôtel. L'abbé Félix, arrivant de Rome, descendit naturellement chez son frère. Mais les choses avaient bien changé. L'abbé Jean avait voté à Saint-Brieuc contre le candidat de M. de Villèle, et aussitôt commence cette guerre effroyable du Ministre prépotant contre tout ce qui ne faisait pas ses volontés. Comme M. de Chateaubriand venait d'être chassé Mgr de Croy chassa l'abbé Jean, et en arrivant à Paris, l'abbé Félix reçut ordre de déguerpir de la grande aumônerie. Voici la lettre qu'il écrivit : Paris, 1er octobre 1824.

Au prince de Croy.
Monseigneur,

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M. le comte de Senfft m'a remis la lettre que vous lui avez écrite le 29 septembre.

En descendant, à mon retour de Rome, dans une maison où mon frère a encore pour quelques jours ses neveux et ses domestiques, je croyais descendre chez lui, et non pas chez vous. Vous m'apprenez que je me suis trompé. Dans une heure je serai sorti du logement que vous m'invitez à quitter promptement. Il y a trois semaines, le Souverain-Pontife me demandait avec instances d'accepter un appartement au Vatican. Je vous rends grâces de m'avoir mis en si peu de temps à même d'apprécier la différence des hommes et des pays.

J'ai l'honneur d'être, avec tous les sentiments que je vous dois, Monseigneur, votre très-humble et très-obéissant serviteur*.

Blaize, t. 11, p. 21.
Blaize, ibid., p. 24.

Cette brutalité princière ne l'empêcha pas de publier son fameux ouvrage :

De la Religion considérée dans ses rapports avec l'ordre politique et civil. Paris, 1825-1826, 2 parties in-8°.

Nous possédons la plus grande partie du manuscrit de l'ouvrage, ce sont les ch. V, VI, VII, VIII, le ch. IX manque. Ce sont des morceaux de papier de la grandeur de la paume de la main d'une écriture très-fine, très-serrée et avec de nombreuses ratures et de nombreux renvois intercalés.

Nous avons parlé de la publication de cet ouvrage, de l'irritation qu'il causa aux Gallicans, de Mgr de Frayssinous qui le fit condamner par 75 évêques, et du ministre qui le fit condamner en police correctionnelle, à 50 fr. d'amende, avec confiscation et destruction de l'ouvrage1.-Nous n'y reviendrons pas. A. BONNETTY.

Voir Annales, t. xm, p. 407 (6a série.)

Nouvelles et Mélanges.

ANGLETERRE. -Découverte du texte original du livre de Tobie.

On vient de faire en Angleterre une découverte importante pour la littérature biblique. M. Neubauer, sous-bibliothécaire de la bibliothèque Bodléienne, a retrouvé dans un manuscrit hébreu récemment acquis le texte chaldéen du livre de Tobie. Saint Jérôme, dans la Préface de la traduction de ce livre, adressée aux évêques Chromatius et Héliodore, leur dit: Exigitis enim, ut librum chaldæo sermone conscriptum, ad latinum stylum traham, librum utique Tobiæ. Il est à croire que le texte découvert par le Dr Neubauer est celui-là mêmè qu'a traduit saint Jérôme, à part quelques différences et peut-être des retouches. Le style du Tobie chaldéen indique que c'est là l'original du livre.

Le Tobie de la Vulgate diffère de celui des Septante en plusieurs points, mais surtout parce que le Tobie grec parle à la première personne, tandis que le Tobie latin parle à la troisième. Dans le chaldéen il parle aussi à la troisième personne. Sur d'autres points, le chaldéen se rapproche plus des Septante que de la Vulgate.

Un certain nombre de mots douteux, qui ont embarrassé les critiques dans les versions de Tobie, sont éclaircis dans le chaldéen. Le chien n'est pas mentionné dans le texte de M. Neubauer. La fin du livre, à partir de XI, 20, manque. La conclusion est plus courte et différénte. Elle paraît avoir été abrégée. Ce n'est, du reste, que quand le manuscrit aura été publié qu'on pourra l'étudier sérieusement.

ALLEMAGNE. — Le nouveau Credo de l'Église nationale

catholique.

Les journaux allemands nous apportent une excellente parodie du nouveau Credo des anti-infaillibilistes qui, comme on sait, espèrent constituer une Église nationale catholique allemande. Le voici : il est un peu plus philosophique que l'autre : « Je crois en Dieu le Père, l'Etre pur, et en même temps le

Rien pur, qui, disparaissant l'un dans l'autre, reparaissent sous la forme de l'Etre autre dans leur extérioration, et qui, de la sorte, créent le monde dans leur unité.

Je crois, en outre, en Jésus-Christ, fils unique du Père, l'Être primaire, l'unité absolue de l'Être de soi et par soi, sortant du retour parfait de l'Etre et devenant, par la parfaite solution de toute opposition, l'Esprit du genre humain des temps modernes, apparaissant dans la subjectivité de l'idée. Il a été conçu du Saint-Esprit, est né de Marie, qui est l'ancien monde, a souffert sous Ponce-Pilate, qui est la Monarchie universelle romano-germanique; a été crucifié, est mort et enseveli dans l'Église Moyen-Age, est descendu aux enfers pour ressusciter des morts le troisième jour, dans la Réforme du seizième siècle; il est monté au ciel, et assis à la droite du Père toutpuissant, du pur Être, doué du nom Être dans l'Etre-en-soi.

Je crois au Saint-Esprit, l'idée pure, la vérité et le fondement de l'essence, dans l'absolu du sujet-objet élevé à l'idée de l'intelligence de l'Être, qui gouverne les temps modernes et l'a

venir.

Je crois à l'infaillibilité et l'indéfectibilité absolue de la communion des Scientifiques, à l'état conscient de son intelligence et de sa moralité, dont le principe est l'obéissance aux lois de l'Etat purement logiques; j'y reconnais la raison du vouloir et du faire à l'exclusion de l'opposition de la conscience. Je crois enfin à la rémission de tous les péchés, à la libération de la chair par la pensée, à une vie sans fin. Ainsi soit-il. »

FRANCE. Indication des Sources de l'histoire. Sous ce titre les Sources de l'histoire de France, M. Alfred Franklin, bibliothécaire à la bibliothèque Mazarine, vient de publier un important travail, d'une incontestable utilité pour les personnes qui s'occupent d'études relatives à notre histoire.

L'ouvrage est divisé en sept parties d'importance inégale. La 1re série, consacrée aux inventaires et documents, s'ouvre par la Bibliothèque historique du P. Lelong. Puis viennent les

1 Lés Sources de l'histoire de France, notices bibliographiques et analytiques des inventaires et des recueils de documents relatifs à l'histoire de France. Paris, Firmin-Didot.

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