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39. Lisez avec soin les écritures (i), puisque vous croyez y trouver la vie éternelle; et ce sont elles qui rendent témoignage de moi;

40. Mais vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie. 41. Je ne tire point ma gloire des hommes.

42. Mais je vous connais; je sais que vous n'avez point en vous l'amour de Dieu.

43. Je suis venu au nom de mon Père, et vous ne me recevez pas; si un autre vient en son propre nom (j), vous le recevrez. 44. Comment pouvez-vous croire, vous qui recherchez la gloire que vous vous donnez les uns aux autres (k), et qui ne recherchez point la gloire qui vient de Dieu seul.

45. Ne pensez pas que ce soit moi qui doive vous accuser devant le Père; vous avez un accusateur, qui est Moïse, en qui vous espérez.

46. Car si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, parce que c'est de moi qu'il a écrit (1)

47. Que si vous ne croyez pas ce qu'il a écrit, comment croirezvous ce que je vous dis (m)?

CHAPITRE VI.

Miracle des cinq pains. Jésus marche sur la mer. Discours de Jésus-Christ sur le pain du ciel. Trahison de Judas prédite.

1. Jésus s'en alla ensuite au delà de la mer de Galilée, qui est le lac de Tibériade;

2. Et une grande foule de peuple le suivait; parce qu'ils voyaient les miracles qu'il faisait sur les malades.

(i) Scripturas, le livre! C'est tout dire.

(j) In nomine suo. Sarcasme à l'adresse des faux prophètes du temps.

(k) Asinus asinum fricat! C'est méchant.

(1) De me scripsit. C'est faux; mais Jean le croyait ou le supposait.

(m) Ceci est d'une naïveté colossale et qui trahit son Orient: Vous qui ne croyez pas à des choses écrites, aux Écritures de Moïse, comment croiriez-vous à mes paroles?...

3. Jésus monta donc sur une montagne, et s'y assit avec ses

disciples.

4. Or le jour de pâque, qui est la grande fête des Juifs, était proche (a et b).

5. Jésus, ayant donc levé les yeux et voyant qu'une grande foule de peuple venait à lui, dit à Philippe : D'où achèterons-nous des pains pour donner à manger à tout ce monde?

6. Mais il disait cela pour le tenter; car il savait bien ce qu'il devait faire.

7. Philippe lui répondit : Quand on aurait pour deux cents deniers de pain, cela ne suffirait pas pour en donner à chacun tant soit peu.

8. Un de ses disciples, qui était André, frère de Simon-Pierre, lui dit :

9. Il y a ici un petit garçon qui a cinq pains d'orge et deux poissons; mais qu'est-ce que cela pour tant de gens?

10. Jésus leur dit : Faites-les asseoir. Or, il y avait beaucoup d'herbe dans ce lieu-là; et environ cinq mille hommes s'y assirent. 11. Jesus prit donc les pains; et ayant rendu grâces, il les distribua à ceux qui étaient assis; et il leur donna, de même, des deux poissons autant qu'ils en voulaient.

12. Après qu'ils furent rassasiés, il dit à ses disciples: Ramassez les morceaux qui sont restés, afin que rien ne se perde.

13. Ils les ramassèrent donc et emplirent douze paniers des morceaux qui étaient restés des cinq pains d'orge, après que tous en eurent mangé.

14. Et ces personnes, ayant vu le miracle qu'avait fait Jésus,

(a) Même style que plus haut, v, 1, et II, 13 et 23. Cela signifie aux environs de la Pâque. Comment admettre que du verset 1, chapitre v, au chapitre vi, il se soit écoulé un an entier ?... Tout cela est un vrai gâchis. Il s'agit toujours de la même Pâque. En tous cas, cette Pâque n'aurait pas été célébrée comme les autres par Jésus à Jérusalem. Serait-ce celle que Jésus avait compté d'abord passer à Jérusalem après son baptême, et qu'il aurait été forcé de venir passer en Galilée? Si on connaissait la date de l'arrestation de Jean, on pourrait s'orienter. J'incline à penser qu'il fut arrêté avant la Pâque, et que tous les baptisés partirent ensuite.

(b) Erat proximum, c'est-à-dire il n'y avait pas longtemps que la Pâque était passée; ce qui me paraît probable.

disaient C'est là vraiment le Prophète qui doit venir dans le monde.

15. Mais Jésus, sachant qu'ils devaient venir l'enlever pour le faire roi (c), s'enfuit encore sur la montagne, lui seul.

(c) Regem. Désespoir des tribuns et de tous les réformateurs populaires; leurs idées sont toujours prises à contresens, et pour les honorer, la multitude ne sait que les détruire. Les Gracques excitent la plèbe contre la tyrannie patricienne; et la plèbe crée les Césars. Les républicains français prêchent les droits de l'homme et le suffrage universel; et le peuple acclame Napoléon. Jésus nie le Messie roi, triomphateur et conquérant; le peuple veut le faire roi lui-même; il le fera Messie.

Strauss trouve dans ce passage l'explication des réticences de Jésus et de la réserve avec laquelle il s'explique sur sa messianité. Jésus, suivant lui, avait à lutter contre les opinions et les espérances charnelles des Juifs; c'est pour cela qu'il recommandait sans cesse le silence... Strauss ne suit en cela sa propre donnée qu'à moitié. Dire que Jésus a conçu le Christ comme saint Jean et les Pères de l'Église qui ont suivi, c'est le faire chrétien, c'est le faire Christ. C'est, après avoir sacrifié la forme, retenir le fond; c'est enfin avouer que toute la doctrine de Nicée sur Jésus est de lui!... Où Strauss a-t-il puisé cette assurance? Dans les Évangiles? mais il en a détruit l'autorité; c'est lui qui a fait voir qu'il ne faut y chercher que les opinions du premier siècle sur Jésus, non les faits et gestes et la doctrine authentique de Jésus. L'Evangile reste un monument dont on a le droit de tout nier, et qui réclame, pour être compris, un système d'interprétation qui, en expliquant tout, reste toujours d'accord avec lui-même.

Non, Jésus ne s'est point donné pour Messie, ni au sens juif, ni au sens chrétien, plus inaccessible à lui et plus absurde que le premier. Il est le Messie de la rénovation morale, rien de plus. Il ne fait pas de politique, surtout il ne théologise pas.

16. Lorsque le soir fut venu, ses disciples descendirent au bord de la mer,

17.Et montèrent sur une barque, pour passer au delà de la mer, vers Capharnaüm. Il était déjà nuit que Jésus n'était pas encore venu à eux.

18. Cependant la mer commençait à s'enfler, à cause d'un grand vent qui soufflait.

19. Et comme ils eurent fait environ vingt-cinq ou trente stades, ils virent Jésus qui marchait sur la mer et qui était proche de leur barque; ce qui les remplit de frayeur (d).

20. Mais il leur dit : C'est moi, ne craignez point.

21. Ils voulurent donc le prendre dans leur barque; et la barque se trouva aussitôt au lieu où ils allaient (e).

22. Le lendemain, le peuple qui était demeuré de l'autre côté de la mer, ayant vu qu'il n'y avait point eu là d'autre barque, et que Jésus n'y était point entré avec ses disciples, mais que les disciples seuls s'en étaient allés (f);

23. Comme il était depuis arrivé d'autres barques de Tibériade, près du lieu où le Seigneur, après avoir rendu grâces, les avait nourris de cinq pains;

24. Et qu'ils connurent enfin que Jésus n'était point là, non plus que ses disciples, ils entrèrent dans ces barques et allèrent à Capharnaum chercher Jésus.

25. Et l'ayant trouvé au delà de la mer, ils lui dirent: Maître, quand êtes-vous venu ici?

26. Jésus leur répondit: En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez non à cause des miracles que vous avez vus, mais parce que je vous ai donné du pain à manger et que vous avez été rassasiés (g).

27. Travaillez pour avoir, non la nourriture qui périt, mais celle qui demeure pour la vie éternelle, et que le Fils de l'homme vous donnera; parce que c'est en lui que Dieu le Père a imprimé son sceau et son caractère.

28. Ils lui dirent: Que ferons-nous pour faire des œuvres de Dieu ?

(d) Miracle!

(e) Miracle!

(f) Ces miracles sont puérils, dignes de l'Évangile de l'en

fance.

(9) Réflexion absurde, qui n'est pas de Jésus, mais qui va servir de transition à la doctrine eucharistique.

29. Jésus leur répondit: L'œuvre de Dieu est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé.

30. Ils lui dirent: Quel miracle donc faites-vous, afin qu'en le voyant, nous croyions? Que faites-vous d'extraordinaire (h)?

31. Nos pères ont mangé la manne dans le désert, selon ce qui est écrit: Il leur a donné à manger le pain du ciel.

32. Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis, Moïse ne vous a point donné le pain du ciel; mais c'est mon Père qui vous donne le véritable pain du ciel.

33. Car le pain de Dieu est celui qui est descendu du ciel et qui donne la vie au monde.

34. Ils lui dirent donc : Seigneur, donnez-nous toujours ce pain. 35. Jésus leur répondit: Je suis le pain de vie; celui qui vient à moi n'aura point de faim; et celui qui croit en moi n'aura jamais soif (i).

36. Mais, je vous l'ai dejà dit, vous m'avez vu, et vous ne croyez point (j).

37. Tous ceux que mon Père me donne viendront à moi; et je ne jetterai point dehors celui qui vient à moi;

38. Car je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m'a envoyé.

39. Or la volonté de mon Père, qui m'a envoyé, est que je ne

(h) Le sens de ce verset est : Puisque tu n'admets point le miracle que tu viens d'accomplir comme preuve de ta mission, quel autre nous promets-tu? C'est ce qu'explique le rapport des cinq pains avec la manne du désert, cette manne qui témoigna de la mission de Moïse.

(i) VERSETS 32-35. - Jésus équivoque; ce qui ne répond point à l'attente de la masse. Panem de cœlo: Jésus s'empare de cette expression, employée à propos de la manne, pour expliquer ce que c'est que le vrai pain du ciel, c'est-àdire le pain de l'esprit.

(j) Jésus se plaint qu'on ne croit pas à lui; il veut dire à sa doctrine réformatrice et anti-messianique; il sait bien qu'on ne doute pas de sa puissance et de sa qualité de prophète. Voilà ce que les commentateurs ne veulent pas voir. Pas de Messie; liberté, égalité, fraternité! Cela n'allait pas aux Juifs, fût-il appuyé de tous les miracles du monde.

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