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Enfin, si nous voyons Thésée en lutte contre un personnage dont le nom, Ménesthée (de Mevn, pour Manoash et Geos, belos, dicus), est identique de sens avec celui de de Dio-Nysos ou Noë le parfait; et si nous le voyons obligé de céder l'empire à ce nouveau venu', qui figure de son côté parmi les Argiens, ou Noachides, vainqueurs ou exterminateurs de la race d'Ilus3Adam, c'est d'après le récit sacré qui montrait Adam, ou sa race, en opposition avec celle de Noé et dépossédée en quelque sorte par le patriarche.

Aussi ce Ménesthée, ou Ménès-le-divin, était-il compté au nombre de ceux qui, pour l'extermination de la race d'IlusAdam, se seraient enfermés dans le Barinok", ou vaisseau de Noë.

Et comme c'est dans les eaux qu'avait pris fin la race d'Adam, ainsi une version faisait-elle périr notre héros dans les flots de la mer où il aurait été précipité, tout comme nous l'avons vu pour Ægée, et par la même raison.

H. D'ANSELME. Ancien officier supérieur.

(La suite au prochain cahier.)

Plut. in vit. Thes.

2 Plut. ib.; Paus. III-18-5.

Diod. sicul. 1-28-6.; Paus. II-1-2.

4 Quint. Smyrn. x11-317.

Plut. in vit. Thes.

M. DE LA MENNAIS DEPUIS LES PROGRÈS DE LA RÉVOLUTION. 347

Orthodoxie Catholique.

LE VRAI, LE BEAU ET LE BIEN DE M. COUSIN

MIS A L'INDEX

et établissement d'une Eglise chrétienne

SANS LE CHRIST

25€ ARTICLE1.

110. Depuis la publication du Progrès de la Révolution jusqu'en juillet 1830 (suite).

Pendant que M. de La Mennais faisait sortir de sa plume ces paroles d'Enfant, son livre produisait l'effet d'un coup de foudre à Paris. Voici ce qu'il écrit :

A M. de Senfft.

La Chenaie, 21 février 1829. Vous pouvez maintenant juger par vous-même le livre qui, depuis deux semaines, excite une si vive rumeur. Voici maintenant ce qu'on me mande de Paris à ce sujet.

Les Jésuites sont furieux, la Cour frémit de rage; il n'y aurait pas de supplice assez grand contre un pareil attentat. Les Villélistes et quelques prêtres sont précisément ceux qui attisent le feu; mais ils n'ont pas lu l'ouvrage et ils se garderont bien de le lire. Quant aux Libéraux, ils ne savent comment prendre la chose. La Providence a voulu ce grand coup d'éclat sur le monde catholique.

Le P. Maccarthy, jésuite d'une assez grande réputation à Paris par ses Conférences à Saint-Sulpice, disait chez l'évêque de Nancy :

« Ce livre est un monstre, un prodige de la folie, une merveille d'extravagance. M. de La Mennais n'a pas le sens comil a le jugement absolument faux 3. >>>

› mun;

Une panique générale s'empara des Royalistes et des Gallicans. On lui écrit :`

Paris, le 1er mars 1829. Quel effet, M. l'abbé, a produit votre dernier ouvrage? Le corps diplomatique assemblé pour demander à chaque cour la

Voir le dernier article au No précédent, ci-dessus, p. 309.- Nous devons avertir que nos citations sont prises dans la nouvelle édition de la correspondance; in-12, 1863.

Forgues, t. II, p. 15.

• Ibid., p. 23.

provocation de la condamnation en cour de Rome; les évêques accourant à Paris, comme si le feu était à leur diocèse ; l'archevèque de Paris fulminant, les autres s'apprêtant à le faire; le Nonce lui-mème effrayé; les jésuites et leurs amis humiliés et mécontents, et renonçant, par depit, à ce qu'ils avaient jusqu'ici adopté de Sens commun, etc., etc. Cependant la Révolution continue sa marche; on chasse les Capucins de Marseille; on demande aux chambres le renvoi des Congrégations d'hommes jusques ici regardées comme légalement autorisees; on veut que les Jésuites quittent le royaume; Mgr Feutrier permet aux évêques de prier pour le Pape: est-ce assez d'insultes, de persécutions d'une part, et de servitude de l'autre ?

C'est ici malheureusement que M. de La Mennais commence à se séparer de ses amis de Paris, et qu'il insère dans ses lettres certaines assertions inexactes.

A M. de Senfft. La Chenaie, 21 février 1829. J'ai tout à fait perdu mon temps en établissant l'Association pour la défense de la religion catholique; elle aurait pu faire beaucoup de bien, elle n'en fera aucun, et peut-être fera-t-elle du mal. L'intrigue est parvenue à se servir de l'imbécillité pour l'exploiter comme une entreprise. Les voilà qui, quoique j'aie pu dire, se mettent à publier un journal hebdomadaire (le Correspondant), dont le prospectus est un modèle d'insignifiance et de platitude. Ce journal réprésentera les idées étroites et les opinions méticuleuses d'une coterie que je n'ai pas besoin de vous désigner autrement, et si la crainte ne les retient pas, je serai bientôt contraint de séparer publiquement de leurs politiques ménagemens et de leurs idiotes condescendances, la vraie cause catholique'.

M. de La Mennais exagère son influence quand il dit que c'est lui qui a établi l'Association pour la défense de la religion catholique. Il peut se faire qu'il en ait eu la pensée et nous avons quelques notes qui le confirment. Mais autre chose est d'avoir une pensée, autre chose est de la mettre à exécution. Comme nous l'avons déjà dit ailleurs, c'est aux soins de M. l'abbé Gerbet et de M. l'abbé de Salinis en particulier qu'est due la fondation de l'Association catholique. C'est M. l'abbé Gerbet qui en fit les statuts, c'est par les soins de M. l'abbé de Salinis et de M. Cauchy que fut formée cette belle réunion de Catholiques qui donnèrent un si grand élan à la défense de la religion, contre un ministère et des prélats qui la voyaient de

Forgues, t. 1, p. 19. 'Forgues, 1. II, p. 17.

mauvais œil. Quant à la mise en action, nous pouvons dire qu'elle fut l'œuvre de M. Bailly et de nous. D'ailleurs M. de La Mennais se montre ici ingrat; car c'est avec l'argent de l'association et des royalistes qu'était soutenue sa Société de Saint-Pierre de Malestroit. D'ailleurs, il va avouer lui-même la bonne influence de cette Association. Il continue dans la même lettre:

Voilà où nous en sommes, et au milieu de quels obstacles ilfaut essayer de faire un peu de bien. Cependant on doit dire aussi que les esprits s'éclairent progressivement et se familiarisent chaque jour avec des vérités qu'on n'eût pas même osé énoncer il y a quatre ans.

Cela est vrai; et nous pouvons dire que l'Association et le Correspondant ne furent pas étrangers à ces progrès.

A cette époque (10 février 1829), arrive la mort de Léon XII, et voici ce qu'il en écrit:

A mad. de Senfft.

La Chenaie, 28 février 1829. Ah! oui! la mort de Léon XII est une immense calamité; je ressens sa perte jusqu'au fond de mon cœur. Cependant, souffrez que je le dise, je ne saurais regretter le bonheur et la paix que j'aurais sans doute trouvés près de lui. L'idée beaucoup trop haute que vous vous faites de l'influence que j'aurais pu exercer, vient d'un sentiment de bienveillance qui me touche profondément, mais qui ne doit pas me faire illusion sur mon insuffisance trop réelle. Dieu me voulait ici, je le crois toujours plus. Travailler à défendre la Vérité qu'on attaque ou qu'on méconnaît et souffrir pour elle, voilà mon lot 1.

Ici commence une autre persécution. Mgr de Quelen fait un Mandement à l'occasion de la mort de Léon XII, et il y accuse l'abbé de La Mennais « d'ébranler la Société tout entière

dans ses fondements par ses attaques contre les 4 articles gallicans et d'être le détracteur de Bossuet. » L'abbé de la Mennais lui répond par deux lettres2, où il lui prouve que ce sont ces Articles, qui ruinent la notion même de l'Eglise catholique. Et puis il expose ses secrètes pensées dans le sein de ses amis.

A mad. de Senfft. La Chenaie, 17 mars 1829. Je suis engagé dans une grande et fatigante guerre, à près seul, contre le pouvoir, contre tous les partis et contre la

4 Forgues, t. II, p. 18.

• Deux lettres, mars et avril 1829. Paris, Belin.

peu

portion ambitieuse. ignorante et passionnée du clergé. Je ne me décourage pourtant point. La Vérité est bien puissante, et après tout, pourvu que je remplisse mon devoir, peu m'importe le reste 1.

Et puis, il s'égaie d'une manière plus pittoresque que polie, à l'occasion de sa guerre contre les Gallicans.

A Mlle de la Lucinière. La Chenaie, 30 mars 1829. Voulez-vous savoir une histoire? Ce sont des gens qui ne veulent pas marcher: Pan! un coup de pied dans le c...; cela vous les pousse à cent pas; mais comme cette manière de voyager leur paraît rude, ils crient comme de beaux diables en se frottant les fesses. Peu à peu la douleur s'apaise, et ils se trouvent bien là où ils sont. Il n'y a que le premier moment qui soit un peu désagréable 2.

Ici il jette un coup d'œil sur sa situation,, et dit si on ne ferait pas bien de penser que c'est par Conscience qu'il affronte tant d'épreuves.

A M. de Senfft. La Chenaie, 5 avril 1829. Ma santé ne tient pas à tant de travaux, et il me semble qu'on pourrait un peu penser que ce n'est pas pour mon plaisir que je me condamne à une vie d'injures passionnées. Que m'en reviendra-t-il sur la terre? Qu'y puis-je espérer? Il serait juste, ce me semble, de supposer que la Conscience est pour quelque chose dans ce que je fais. Je le dis sans craindre qu'il s'y mele un sentiment d'orgueil: mon dernier ouvrage sera utile; il était nécessaire à l'époque où nous vivons. Je n'ai cherché que la vẻrité; j'ai parlé en présence de Dieu.

Et il accentue encore plus et d'une manière on peut dire à la fois originale et sensée sa propre vie.

A M. de Senfft.

La Chenaie, 11 avril 1829. Du reste, je me trouve bien bête d'attacher, en toutes choses, tant d'intérêt à la vérité. En laissant aller le monde à sa fantaisie, en vivant en repos, sans choquer tels ou tels hommes, telles ou telles coteries, j'aurais aujourd'hui, comme beaucoup d'autres, de l'aisance, de la santé, de la paix, et je me moquerais fort tranquillement, après un bon dîner, de ceux qui prennent si fort à cœur la religion et la société. Il y a là, sûrement, de quoi réfléchir. Mais il est trop tard : mon sort est fixé; quand je pourrais, je ne le changerais pas, et la Vérité qui a eu seule mes premières et mes dernières années, aura seule encore le peu de jours qui me restent à vivre. Ma tête n'en peut plus; je finis, cher ami, en vous embrassant bien tendrement'.

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