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Traditions primitives.

DU SACRIFICE DU POISSON

ET DE SA SIGNIFICATION SYMBOLIQUE DE RÉSURRECTION

Nous allons reproduire un article très-érudit de M. J. de Witte sur le sacrifice du poisson, usité chez les divers peuples. Mais, comme on le verra, cet article ne dit rien sur l'origine ni sur le sens de ce sacrifice. C'est de l'érudition, voilà tout.

Cependant les différents peuples ne se sont pas accordés sur un tel usage sans raison, sans signification; ils ont déformé les traditions; ils en avaient peut-être perdu le sens, mais ils en avaient conservé, ici ou là, l'origine primitive, c'est-à-dire la Révélation faite aux premiers hommes par le Verbe, par qui ils avaient été créés..

Les paroles primitives du Verbe n'ont pas pu se perdre entièrement, il faut les rechercher.

Les Annales ont déjà traité plusieurs fois du sacrifice du Poisson. Nous allons extraire de nos premiers volumes les considérations suivantes, où M. de Paravey retrouve en Chine le symbole du Poisson immolé, qui signifie Résurrection.

Nos modernes savants et historiens font des histoires de l'Orient sans dire un seul mot de la Chine; le peuple le plus ancien, le plus savant, le plus nombreux, n'est pas même

nommé.

C'est qu'ils ne connaissent pas un mot de la langue et de la littérature chinoises. Il faudra pourtant qu'ils arrivent forcément à cette étude, s'ils veulent comprendre quelque chose à l'étude de l'Orient.

Le volume du P. Prémare que nous avons publié leur en

Outre l'article cité ici, les Annales ont publié le fac-simile d'un autre sacrifice de poisson, et l'ont accompagné des très-savants et curieux éclaircissements de M. de Paravey (Annales, t. vII, p. 191, 192 (4⚫ série).

ouvre les voies, mais aucun n'a daigné même en parler, c'est qu'il faut savoir le chinois pour en parler convenablement. En attendant voici l'article de M. de Paravey.

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Explication du symbole du Poisson.

Puisque nous discutons les noms de Dieu, de ce Dieu juste et puissant qui était redouté même à Ninive, quand les Prophètes y allèrent prêcher la pénitence, nous allons ici montrer comment en Assyrie, sous le nom chrétien et usuel de Notre Père, il était invoqué, comme on le fait encore dans l'Oraison dominicale, prière si sublime, même dans la bouche des enfants.

Dans cette écriture, qu'on suppose créée en Chine, le nom du père, Abou en arabe, s'exprime par trois ou quatre ca-ractères et forme la clef ou le radical no 88; dans De Guignes, cette clef s'écrit Fou (no 55981) et n'est autre pour le son

que le mot abou des Arabes;

En turc elle se dit Po, voisin de Pou ou Fou, et aussi Pa, que l'on retrouve dans le mot Pa-ter. En chinois, la mère se dit Mou et Mo, analogues à Ma-ter; et la finale d'excellence ter a été ensuite ajoutée, comme dans Fra-ter en latin.

Enfin en chinois Ye (no 8341), avec la clef 128. (no 8337), de l'oreille où l'on portait des anneaux d'or, des bagues, en Assyrie et dans l'Inde; et Ye (n° 5602), auquel on a ajouté la clef 88 fou, signifie également Père. Or, sous la clef 75o de l'arbre, du bois Mo (n° 4059), et Bo ailleurs, on nomme le cocotier, 'arbre des tropiques et de Ceylan, l'arbre Yé, ou l'arbre du Père, Ye.

Quand la tradition arabe place Adam et un pic d'Adam à Ceylan, île des Cocotiers, elle y suppose donc le premier Père des hommes.

Mais le véritable Père de la race humaine fut le Dieu du ciel, appelé Abou, Afou chez les Arabes, celui qui tranche, décide de tout, comme le Père de famille doit le faire dans sa maison.

Tous les numéros se rapportent au Dictionnaire chinois-français du P. Basile, édité par De Guignes. In fol., Paris, 1813.

Ce père de famille Fou a donc dû son nom à la petite Hache qu'il portait et qui devint son symbole : la clef de la hache, en

général, est kin (no 3800), clef 69°, et en offre l'imitation encore, mais combinée avec celle du père fou, elle est le nom d'une petite Hache (no 3809) fou; de la hache du Père, aussi dit ailleurs Po, et Pou.

Mais sur les cylindres assyriens, tels que celui publié, en décembre 1856, dans l'Athenæum, par M. de Longpérier, on voit sur un trône ou fauteuil simple, tel que celui qu'on donne encore à l'empereur de la Chine, en ce jour, nommé le Père du peuple, une Hache, qu'un Mage adore, et à laquelle il offre un Poisson placé sur de la paille, et déposé sur un autel.

of

En Chine, le Poisson, et le Blé, ou la paille, clefs fort nombreuses, étant réunies, forment le caractère soù, et signifient Ressusciter (Clef 115, no 7113).

Ce cylindre assyrien, interprété par les caractères conservés en Chine, et encore vivants, emportés d'Égypte et de Ninive, montre donc le Père suprême, ou Dieu, invoqué par un Mage, pour la rérurrection future. Et derrière ce trône qui porte la Hache, fou (abou en arabe), se voient, outre le soleil et la lune, de Création divine, les sept étoiles de la Grande Ourse, ou du Pe-teou, boisseau du Pôle nord, boisseau de Sérapis, autre nom du Dieu du pôle, axe du monde.

On suppose partout une idolâtrie grossière, mais nous la nions; et nous démontrons ainsi, que partout un Ciel, un Père, un Dieu suprême, qui punit le crime et récompense la vertu, a été primitivement invoqué.

M. de Longpérier n'a pu expliquer le Poisson mis sur la paille et offert par le Mage adorateur. Sur les médailles de Tarse, du riche cabinet de l'illustre et généreux duc de Luynes, il cite aussi une Hache, à deux tranchants, une Bipenne adorée, comme symbole de Dieu. Nous venons d'expliquer ce symbole à M. le duc de Luynes, aussi modeste et simple qu'il est savant en phénicien, en hébreu et dans les arts métallurgiques, comme dans les beaux-arts de la sculpture et de la peinture.

Mais, pour terminer, nous observerons avec M. de Longpérier que Champollion et le docteur Young ont reconnu aussi

en Égypte antique, la petite Hache Dieu, et se prononçant Nou-ter.

1.

comme symbole de

Le n et le f sont des lettres qui ont dû se permuter, et la termination ter est celle du latin Pa-ter.

La Hache Fou, en chinois, a pu se dire Nou, en copte, et il est évident que l'arabe Abou, père, le turc, Pa, po, et pou, le chinois Fou, sens de Père, sont les noms, très-peu modifiés, du Créateur du monde, de celui qui décide de tout, de celui que tant d'hommes corrompus méconnaissent, mais qu'une tradition sublime, qui remonte à Adam, qu'a renouvelée l'Évangile, apprend aux plus petits enfants à révérer sous le nom de Notre Père.

Le Chev. DE PARAVEY.

Il faut observer ici qu'il y a cela de fort remarquable dans ce caractère chinois Sou (c. 115, no 7234), qu'il représente identiquement le sacrifice assyrien. En effet, il y a le pois

son

(12774) placé sur les feuilles de froment et le froment Ho signifie moissons, grains, biens de la terre, et métaphoriquement, la vie. Or uni au caractère poisson, il signifie fête, se rẻjouir, ressusciter après la mort, revivre de nouveau, se reposer (clef 115, n° 7113).

N'est-ce pas l'explication même du sacrifice assyrien ?

De plus, M. de Witte va nous dire que chez divers peuples le sacrifice du poisson était identifié à la Divinité même, et que les prêtres seuls pouvaient en manger.

N'est-ce pas une chose étonnante de voir que ces divers do

cuments ne sont que l'expression de ce que dit le VerbeJésus.

» Je suis le pain de vie... Celui qui mange ma chair et boit » mon sang possède la vie éternelle, et moi je le ressusciterai au dernier jour1. »

Pour qui sait que la Religion chrétienne, comme dit saint Augustin, date du commencement du monde, tous ces textes sont compris.

Mais nos érudits, mettant de côté le Verbe primitif, sont des jardiniers qui cueillent des fleurs sans savoir faire un bouquet, des agriculteurs qui ramassent des épis sans savoir faire une gerbe, des architectes qui amassent des pierres sans savoir faire une maison.

Voici maintenant l'article et l'explication de M. de Witte.

Dans le Bulletin du mois de décembre 1855, page 101, notre savant collaborateur, M. Adrien de Longpérier, a publié un remarquable cylindre assyrien sur lequel est gravé un prêtre faisant une offrande à une Divinité figurée sous la forme d'une Hache (Voir la gravure ci-dessus).

La victime offerte en sacrifice au dieu représenté par la Hache est un Poisson placé sur une table ou autel, et, à ce qu'il paraît, posé sur un lit d'herbes; au-dessus, on remarque deux corps sphériques réunis, l'un plus grand au-dessous, l'autre à la partie supérieure plus petit et terminé par un appendice qui semble indiquer que c'est un fruit, peut-être une calebasse. Le prêtre tient à la main un objet de forme allongée dans lequel on serait tenté de reconnaître un couteau de sacrifice; c'est réellement une palme, comme il est facile de s'en convaincre en jetant les yeux sur d'autres monuments analogues 2 M. de Longpérier n'a parlé que du culte de la Hache. En

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Ego sum panis vitæ... Qui manducat meam carnem et bibit meum sanguinem habet vitam æternam et ego ressuscitabo eum in novissimo die (Jean, vi, 35, 55).

• Voyez cet objet dans les mains de personnages sacerdotaux sur plusieurs cylindres: Cullimore, Cylindres, pl. 1, nos 4 et 5. Cf. Layard, The monument of Nineveh, 1849, Atlas, pl. 35. Sur les tétradrachmes des rois parthes de la dynastie des Arsacides, on voit souvent une femme tourrelée qui présente une palme au roi assis.

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