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doit dévorer la femme, sous le nom d'Hésione ou d'Andromède, soit au devant du héros libérateur Hippolyte, dont il cause la

mort.

C'est le même Serpent-Démon qui, sous la figure d'un Satyre, aurait, d'après une autre légende, attenté à la pudeur d'Amymone, autre représentant d'Eve.

Ainsi donc l'institution ou la première réunion de l'Aréopage était reportée par la croyance des Athéniens à l'histoire. du premier homme mis en lutte contre le Serpent-Démon tentateur de la femme. Et combien d'autres traits du même genre une étude attentive et suivie des usages, des lois, des croyances primitives de l'Athènes historique ne pourrait-elle pas signaler dont la source se dévoilerait, tout comme celle des légendes, dans la tradition transmise par Noë à ses enfants.

Mais il me suffit ici, mon R. Père, d'avoir montré, et je puis dire incontestablement, que toute l'histoire de la capitale de l'Attique à partir de Cécrops ou au-dessus, jusqu'au héros Thésée inclusivement, n'est que la tradition primitive implantée dans Athènes comme histoire locale..

Cette conclusion s'appuie, en outre, sur les résultats obtenus par l'étude des légendes relatives aux Pélasges et à l'Atlantide, puisque ce sont les Adamites soit les générations antediluviennes que nous avons dû reconnaître dans les Pélasges premiers constructeurs supposés d'Athènes, et le Déluge universel dans celui qui aurait à la fois submergé l'Atlantide et la primitive Athènes.

Par respect pour la routine classique et pour celle aussi qui dispute si aveuglément à la tradition sacrée son indubitable antériorité à tout autre document historique, on pourra, pour un temps peut-être, contester la légitimité de ces résultats de l'étude comparée, ou faire semblant de ne les pas voir; mais force sera bien un jour de se rendre à l'évidence de leur ensemble. Elle est trop complète, elle résulte du concours d'une trop grande multitude de rayons convergents pour ne pas devoir triompher, dans un temps donné, de tous les partis pris comme de tous les préjugés.

1 Apollod. II-1-4.

Sans doute, mon R. Père, il est assez reconnu aujourd'hui que les annales de tous les anciens peuples débutent par une espèce de premier chapitre où se reproduit plus ou moins conservé ou défiguré ce que nous enseigne la tradition sacrée sur les temps antérieurs au Déluge.

Ce sont les dix premiers patriarches du genre humain que l'on retrouve dans les dix premiers rois des Chaldéens, les dix premiers ki de la Chine, et les dix âges des Etrusques, comme dans les dix premiers rois mythologiques d'Athènes; et c'est la race des Adamites ou des Rouges, race antérieure à Noë, que nous avons reconnue dans la race rouge des Reton antérieurs à Mena.

Mais, si nulle part ne se rencontre un ensemble de détails aussi nombreux, aussi concordants que dans l'histoire mythologique d'Athènes et du reste de la Grèce, n'est-il pas digne de remarque que les populations de l'antiquité profane au sein desquelles se seraient ainsi plus complétement conservés les enseignements primitifs, qui auraient ainsi plus particulièrement vécu de leur sève sacrée, seraient aussi celles où l'intelligence humaine se serait élevée plus haut, et dont le génie, dans toutes les carrières ouvertes à son action, aurait brillé d'un éclat que rien ailleurs n'a jamais surpassé, égalé même peut-être ! C'est là un sujet que je livre à vos méditations et qui m'en paraît vraiment digne, mon R. Père.

Mais ne devrez-vous pas dès à présent convenir que les croyances et le culte de ces populations ne dérivaient pas d'une religion primitive apportée des Indes, et qu'elles n'avaient pas tiré du sanscrit un nom de Dieu qui, sous les différentes formes de Zevs ou d'Ixw, comme de Ju-piter chez les Latins, figure constamment dans la légende pour celui de Jéhovah?

Veuillez agréer, etc.

H. D'ANSELME. Ancien officier supérieur.

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Histoire littéraire.

LA LITTÉRATURE RABBINIQUE

ET

LA LITTÉRATURE CHRÉTIENNE

AU MOYEN AGE

ELIE DEL MEDIGO ET SA FAMILLE, PIC DE LA MIRANDOLE

III 1.

Arrivé à ce point, nous ne terminerons pas cette biographie sans parler de la famille de notre auteur et de ses ascendants; d'abord pour écarter, par une généalogie complète, la possibilité de confusion entre des noms qui, au premier abord, paraissent tout à fait semblables, bien qu'ils diffèrent notablement par l'époque. Ensuite, pour faire connaître le milieu dans lequel Ele a vécu; nous n'aurons qu'à suivre l'introduction à l'opuscule hébreu Mels Hophnaïm, publié par Geiger 2, sauf pour quelques dates.

Parmi les états italiens, Venise florissait au 16° siècle auriche l'étenpar dessus de tous. C'était la maîtresse des mers, due de son commerce, indépendante par la conscience de ses forces et moins égoïste que ses voisins par suite' de sès nombreuses relations. Aussi les Juifs trouvèrent là plus d'espace pour leur développement, et ils le mirent à profit, au point d'acquérir un degré élevé de culture intellectuelle et d'éducation. Ils éloignèrent, avec beaucoup de bons sens, les faiblesses de l'époque, s'efforçant d'acquérir l'estime et la considération des adhérents d'autres cultes ou croyances religieuses, et ils composèrent des ouvrages dans la langue du pays natal.

Une des plus importantes possessions de Venise, pour laquelle de longues et cruelles guerres furent soutenues contre

Voir le No précédent ci-dessus, p. 396.

2 Berlin, 1840, in-8.

les Ottomans, fût l'ile de Candie ou Crète, en raison de sa position favorable pour un peuple commerçant. Dans cette île, on voyait se rencontrer et se croiser les divers systèmes de l'antiquité grecque, la scolastique arabe du moyen âge et la renaissance des sciences nouvelles en Italie.

Depuis le 15° siècle, les relations continuelles avec les deux centres d'éducation juive, l'Italie et l'Orient, avaient influé très-favorablement sur la marche du judaïsme en général. Les habitants israélites de l'île étaient la plupart d'origine allemande1. Aussi conservaient-ils, dans des cérémonies secondaires, les usages germaniques. Parmi maintes familles célèbres, on remarquait celle des Kapsali, de laquelle Moïse surgit à la fin du 15° siècle, se faisant remarquer par sa liberté de pensée, son indépendance et, sa lutte avec Isaac Kolon; puis Eliah, connu comme jurisconsulte, historiographe et adversaire de Moïse Elaschkar2; puis la famille des Kasani, dont Samuel a été rabbin, adversaire de la Kabbale, exerçant la médecine, ainsi que son fils Moïse. Une renommée plus importante fut le partage de Saul-ben-Moïse-Aschkenazi. Issu d'une famille allemande, mais né à Candie en 1469, il s'occupa dès sa plus tendre jeunesse de recherches philosophiques, fut après le retour d'Elie del Medigo à Candie, son disciple le plus fervent, et, comme son adhérent, adversaire déclaré de la Kabbale; de même que, suivant son impulsion, Eliah composa le remarquable opuscule Behinath-ha-dath. Lorsque, peu après, son maître mourut, il voyagea quelques années. Il se rendit d'abord à Constantinople, entra en relations avec plusieurs Juifs d'Espagne et de Portugal qui s'y étaient réfugiés, surtout avec David Yahia et Eliezer-Altenassi, composa divers petits. écrits philosophiques; et, en 1506, étant de retour dans son pays natal, il échangea une correspondance savante avec Isaac Abralunel qui résidait alors à Venise. Mais toutes ces familles,

Metz sur Etim, p. 30; Maçreph-la-Hokhma, p. 24-26. M. Geiger remarque à ce sujet que la diversité des éléments de la population a peut-être fait que les accents toniques des textes hébreux n'y furent pas reconnus comme signes mélodiques (ib. f. 10a).

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Cf. La Zeitschrift du même écrivain, t. III, p. 285, no 21.
Questions et réponses de Paul Cohen (Venise, 1574).

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quelle que soit leur importance, ne viennent qu'à la suite de celle qui a livré tant de noms à la postérité, savoir celle de Del Medigo.

Le premier membre de cette famille qui se rendit à Candie, à la fin du 15° siècle, s'appelait Juda. Il eut trois fils : Abba, dit ha-zaken (l'ancien), qui bâtit une synagogue allemande à Candie; Meguchass, qui mourut sans enfants, et Schemaria, qui reçut le surnom de Kriti (ou de Crète) et eut une grande renommée comme philosophe. Il existe aussi de celui-ci un écrit philosophique sous ce titre : Heber isch we-ischto, « l'Union de l'homme et de la femme, » c'est-à-dire la jonction de la forme et de la matière; celles-ci étant représentées dans les théories aristotéliques et déjà dans Platon par les termes de mâle et femelle. Schemariah eut un fils du nom de Moïse Abba, et celui-ci eut pour fils notre célèbre Eliah del Medigo, sur lequel nous n'avons pas à revenir. Rappelons seulement ses écrits.

Outre plusieurs ouvrages purement philosophiques, dans lesquels il défendit les opinions fondamentales d'Ibn-Roschd et de Maimonide, il combattit le rabbin Levi-ben-Gerson et il composa dès son retour, à Candie, un écrit philosophique et religieux comme conciliation entre la religion et la philosophie, sous le nom de Behinath ha-dath (Epreuve de la Loi). Son principal but, dans cette œuvre, est d'unir la religion et la philosophie ; en accordant à chacune ses vérités, il désire voir préservé le droit de liberté dans la discussion et la recherche, puisqu'elles appartiennent à deux terrains divers et que l'on acquiert leur connaissance par des méthodes différentes. C'est un devoir pour lui d'effacer les barrières qui les séparent, afin de ne pas élever la méfiance de l'une contre l'autre. Avec cela, il ne cessa de s'occuper d'études talmudiques; il paraissait en rapport, dans sa jeunesse, avec Joseph Kolon, et il soutint plus tard une lutte vivace avec Juda-Minz, rabbin à Padoue. Parmi les nombreux disciples qu'il forma, on remarque le célèbre Saul Cohen Aschkenazi. Eliah laissa après lui deux fils: Moïse, qui se faisait remarquer aussi comme philosophe, et Juda. Celui-ci, disciple de Juda-Minz, de Padoue, qui défen. dit Kapsali contre Moïse Alaschkar, en Egypte, eut une école

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