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S'il faut en croire Calvin, tandis que les nouveaux docteurs << demandent une paix avec laquelle le royaume de Christ florisse, » les inventions des catholiqnes détruisent en un jour, ce qu'ils ont mis plusieurs mois à construire. Mais l'Église catholique n'a pas besoin de leurs constructions éphémères. Fondée sur les promesses de Jésus-Christ, qui lui assurent une éternelle durée, c'est avec juste raison qu'elle ne reconnaît pas aux novateurs la mission de changer ses dogmes.

» Je ne t'opprimerai point de tant de paroles, ajoute le réformateur à bout d'arguments et d'invectives, en un mot je peux dépêcher l'affaire. Les nôtres se sont offerts de rendre raison de leur doctrine; 'et ne refuseront de céder, s'ils sont vaincus par raisons. » A la bonne heure; mais s'ils n'avouent pas qu'ils soient vaincus par raisons, qui sera leur juge? La proposition n'est pas sérieuse; et loin de clore le débat, Calvin l'éternise. Qu'il souffre donc que Sadolet traite les nouveaux docteurs de « séditieux qui ne laissent point l'Église en repos.» «< Ou cesse donc de nous pourchasser en cet endroit, répond le réformateur, ou confesse ouvertement qu'il faut ôter la religion chrétienne de la mémoire des hommes, laquelle est cause d'engendrer tant de tumulte et de séditions au monde. » Hé quoi! une religion qui ordonne d'aimer le prochain comme soi-même, qui prêche aux hommes la paix, l'union et la concorde, aurait engendré parmi eux tant de tumulte et des séditions? Mais c'est dire que le bien est la cause du mal, et l'amour, de la haine. Ce qui a engendré tant de maux au monde, ce n'est pas la religion chrétienne, mais la méchanceté des hommes qui s'est toujours opposée à ses divins enseignements; mais les hérésies, qui, divisant les hommes, quand elle cherche à les unir, l'empêchent d'accomplir son œuvre, et qui étant pour elle comme les maladies pour le corps humain, tendent sans

cesse à la détruire. Or, l'Église catholique ne combat pas seulement les hérésies en lançant contre elles ses anathèmes, mais surtout en conservant l'union des âmes dans l'unité de foi. Écoutons Sadolet faisant ressortir le caractère de la véritable Église que Calvin n'ose contester, et montrant que c'est en le gardant sans altération, que l'Église catholique suit avec fidélité les préceptes de son divin fondateur.

<< Quel est, dit le prélat, le commandement de Dieu ? Quel » est l'enseignement du Christ? Certainement c'est que nous » soyons tous un en lui-même. Pourquoi nous a-t-il été » donné du ciel et de Dieu cet insigne et excellent bien de la » charité, laquelle est divinement infuse dans la race chré>> tienne seulement et non dans les autres nations ? N'est-ce >> pas pour que nous confessions tous le Seigneur d'un seul >> cœur et d'une seule bouche? Pensent-ils, ces hommes » (les novateurs), que la religion chrétienne soit toute autre » chose que la paix avec Dieu et la concorde avec le pro» chain? Voyons ce que le Seigneur lui-même dit dans saint. » Jean, en priant son Père pour ses disciples : « Père saint, » conserve en ton nom ceux que tu m'as donnés, afin qu'ils » soient un comme nous. Et je ne prie pas seulement pour » ceux-ci, mais aussi pour ceux qui croiront en moi par » leurs paroles: qu'ils soient tous un comme tu l'es en moi, » mon Père, et que je le suis en toi; qu'eux-mêmes soient » un en nous, afin que le monde croie que tu m'as envoyé. » Et moi je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, afin » qu'ils soient un, comme nous sommes un, moi en eux et » toi en moi, afin qu'ils soient parfaits en un.

» Vous voyez, poursuit le pieux cardinal, après cette >> admirable citation, vous voyez, très-chers frères, vous » discernez à la claire lumière de l'Évangile ce que c'est que » d'être véritablement chrétien, puisque toute la gloire de

» Dieu, et celle qui nous puisse venir de lui, et celle que nous >> puissions avoir auprès de lui, consiste seulement dans cette » unité entre nous; puisque le Sauveur ne désire et ne de>> mande à son père que cela pour nous, puisqu'il ne pense de » voir retirer quelque fruit de ses labeurs et de ses souffran»ces, de cette fragilité du corps humain qu'il avait reçue pour » nous, de sa croix, de sa mort, et pour la gloire de son » Père qu'il recherchait avant tout, et pour notre salut pour » lequel il allait mourir, que si nous étions un entre nous et » en lui-même. Or, c'est à cela que tendent sans cesse les » travaux et les efforts de l'Église catholique, à l'accord de >> nos sentiments, et à notre unité dans le même esprit; à » ce que les hommes, ne pouvant tous s'unir en un seul » corps, parce qu'ils sont séparés par la distance des lieux » et par les intervalles des temps, un seul esprit cependant, » qui est toujours et partout le même, les vivifie et les » gouverne. >>

Or, comme l'Église catholique a fidèlement rempli sa divine mission de conserver l'unité de foi parmi les peuples chrétiens, c'est à bon droit que Sadolet accuse les ennemis de cette Église d'être les ennemis de l'Esprit-Saint, en s'efforçant de rompre son unité, « d'émettre des idées contraires, de dissoudre la conformité des sentiments, de détruire la concorde dans la religion. » Calvin se contente de dire, pour répondre à ces justes accusations, que ceux de son parti se sont employés à « oppugner toutes les sectes qui se sont élevées. » Il est vrai que certaines sectes qui devaient le jour aux réformateurs, ont été par eux combattues; mais parmi eux y en a-t-il un seul qui ait renoncé à sa haine contre l'Église catholique, et qui n'ait cessé de travailler à rompre son unité? Aussi, comme aucun d'eux n'est disposé à reconnaître l'autorité de cette Église, Calvin forme-t-il un vœu stérile et dérisoire, quand il dit en terminant sa lettre :

<< Fasse le Seigneur, Sadolet, que toi et les autres tiens entendiez quelquefois qu'il n'est point d'autre lien de l'union ecclésiastique, sinon que Christ notre Seigneur qui nous a réconciliés à Dieu son père, nous retire de cette dissipation en la société de son corps, afin qu'en telle sorte par la seule parole et par son esprit nous soyons unis en un cœur et en une pensée ! » Nous croyons beaucoup plus à la sincérité du prélat romain lorsque, après avoir parlé « de la passion, de l'acharnement, 'de toutes les machinations, de tous les artifices » des nouveaux docteurs pour détruire l'unité de l'Église et la concorde dans la religion, il demande à Dieu, non « d'exterminer toutes ces lèvres trompeuses, toute cette grandeur de paroles, ni d'ajouter l'iniquité sur leur iniquité, mais de les convertir et de les ramener à un bon esprit. >>

Maintenant que nous avons consciencieusement rempli notre tâche de critique, nous nous associons volontiers, comme nous avons fait en la commençant, aux éloges qu'on a donnés de tous temps aux beautés littéraires de la lettre de Calvin. Mais nous soutenons que celle de Sadolet lui est supérieure sous le rapport de la doctrine, de la convenance du langage, de la grandeur des pensées, de la noblesse et de l'onction évangélique des sentiments. Qu'on ne dise pas surtout, à l'exemple d'un historien protestant (1), que le pieux cardinal « a été réfuté avec force et habileté » par l'orgueilleux réformateur; car il est facile de juger en comparant les deux lettres, que la valeur dogmatique du prélat romain est sortie victorieuse de la captieuse argumentation de son adversaire et de ses violentes invectives. Nous n'en sommes

(1) Spon. HIST. DE GENÈVE, t. II, p. 20. Notes.

pas moins de l'avis d'Alexandre Morus, quand il dit : « Quiconque voudra connaître la beauté et la force du style de Calvin, qu'il lise la réponse qu'il a faite à Sadolet. » Mais c'est de la lettre du cardinal qu'il aurait dû parler et non de celle du réformateur, quand il ajoute : « Il ne pourra le faire sans avoir le cœur touché, sans en devenir meilleur et plus saint. >>

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