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22. C'est pourquoi je vous déclare qu'au jour du jugement, Tyr et Sidon seront traitées moins rigoureusement que vous.

23. Et toi, Capharnaum, t'élèveras-tu toujours jusqu'au ciel? Tu seras abaissée jusqu'au fond de l'enfer; parce que si les miracles qui ont été faits au milieu de toi avaient été faits dans Sodome, elle subsisterait peut-être encore aujourd'hui.

24. C'est pourquoi je te déclare qu'au jour du jugement le pays de Sodome sera traité moins rigoureusement que toi.

25. Alors Jésus dit ces paroles: Je vous rends gloire, mon Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et que vous les avez révélées aux simples et aux petits.

26. Oui, mon Père, je vous en rends gloire, parce qu'il vous a plu que cela fût ainsi.

27. Mon Père m'a mis toutes choses entre les mains, et nul ne connaît le Fils que le Père; comme nul ne connaît le Père que le Fils, et celui à qui le Fils aura voulu le révéler.

28. Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et qui êtes chargés, et je vous soulagerai.

29. Prenez mon joug (n) sur vous, et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur; et vous trouverez le repos de vos âmes;

30. Car mon joug (n) est doux, et mon fardeau est léger.

CHAPITRE XII (a).

Épis rompus. Culte du sabbat. Main sèche. Douceur du Messie. Possédé aveugle et muet. Blasphèmes des pharisiens. Péché contre le SaintEsprit. Signe de Jonas. Démon rentrant. Mère et frères de Jésus-Christ.

1. En ce temps-là, Jésus passait le long des blés un jour de sabbat; et ses disciples, ayant faim, se mirent à rompre des épis, et à en manger.

sages, et de les avoir révélées aux petits! C'est d'un homme résolu.

(n) Jugum meum. La réforme de Jésus était plus commode que la loi de Moïse. L'Église romaine a refait tout cela: Moïse a été dépassé par le pape. (Cf. ci-dessus, vers. 16-19.)

(a) Ce chapitre, comme les deux précédents, est tout polé

2. Ce que les pharisiens voyant, ils lui dirent Voilà vos disciples qui font ce qu'il n'est point permis de faire au jour du sabbat. 3. Mais il leur dit : N'avez-vous point lu ce que fit David, lorsque lui et ceux qui l'accompagnaient furent pressés de la faim;

4. Comme il entra dans la maison de Dieu, et mangea des pains de proposition, dont il n'était permis de manger ni à lui, ni à ceux qui étaient avec lui, mais aux prêtres seuls?

5. Ou n'avez-vous point lu dans la loi que les prêtres, au jour du sabbat, violent le sabbat dans le temple, et ne sont pas néanmoins coupables?

6. Or, je vous déclare qu'il y a ici quelqu'un plus grand que le temple.

7. Que si vous saviez bien ce que veut dire cette parole : J'aime mieux la miséricorde que le sacrifice (b), vous n'auriez jamais condamné des innocents.

8. Car le Fils de l'homme est maître du sabbat même.

mique. L'opposition au judaïsme y éclate à chaque pas; c'est cette opposition, peu naturelle chez un Juif, qui explique comment le christianisme a pu se réclamer lui-même de Moïse et des prophètes. Seulement la messianité de Jésus en devient plus absurde.

(b) Appel à l'autorité des prophètes, de tout temps peu scrupuleux en matière de cérémonies. Jésus, du reste, ne dogmatise point; il se conforme aux croyances de son temps, autant qu'il peut; il admet Moïse, les prophètes, Jéhovah, les anges, la résurrection, etc., tout en inclinant sans cesse à expliquer rationnellement ce qui est susceptible de l'être. Il tergiverse sur l'idée messiaque, et conséquemment sur le personnage qu'il se donne à lui-même, pour deux raisons la première qu'il n'y avait ni sécurité ni possibilité de combattre trop directement l'opinion messiaque ; la deuxième que, sentant lui-même l'équivoque qui allait se produire sur son compte, et ne pouvant néanmoins échapper à cette affirmation: - Oui, je suis le Christ; car quiconque prêche la réforme est Christ, il sortait d'embarras du mieux qu'il pouvait, à force de prudence, de réserve et de savantes leçons.

9. Étant parti de là, il vint dans leur synagogue,

10. Où il se trouva un homme qui avait une main sèche; et ils lui demandèrent, pour avoir un sujet de l'accuser, s'il était permis de guérir aux jours du sabbat.

11. Mais il leur répondit : Qui sera l'homme d'entre vous qui, ayant une brebis qui vienne à tomber dans un fossé, le jour du sabbat, ne la prendra pas pour l'en retirer?

12. Or, combien un homme est-il plus excellent qu'une brebis? Il est donc permis de faire du bien le jour du sabbat.

13. Alors il dit à cet homme : Étendez votre main. Il l'étendit, et elle devint saine comme l'autre.

14. Mais les pharisiens, étant sortis, tinrent conseil ensemble, contre lui, sur les moyens qu'ils pourraient prendre pour le perdre.

15. Jésus, le sachant, se retira de ce lieu-là; et beaucoup de personnes l'ayant suivi, il les guérit toutes (c).

16. Et il leur commanda de ne point le découvrir ;

17. Afin que cette parole du prophète Isaïe fût accomplie : 18. Voici mon serviteur que j'ai élu, mon bien-aimé, dans lequel j'ai mis 'toute mon affection; je ferai reposer sur lui mon Esprit, et il annoncera la justice aux nations.

19. (d) Il ne disputera point, il ne criera point, et personne n'entendra sa voix dans les places publiques.

20. Il ne brisera point le roseau cassé, et il n'achèvera point d'éteindre la mèche qui fume encore, jusqu'à ce qu'il fasse triompher la justice de sa cause;

21. Et les nations espèreront en son nom.

22. Alors on lui présenta un possédé, aveugle et muet; et il le guérit, en sorte qu'il commença à parler et à voir.

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(c) VERSETS 1-15. Satire mordante des tartufes juifs. Ce que Jésus dit (Marc, 1, 27) est encore plus piquant : Le sabbat est fait pour l'homme, non l'homme pour le sabbat. (Cf. M. Droz: Les produits sont faits pour les hommes, non les hommes pour les produits.) — Ici encore, on retrouve l'hésitation de Jésus entre le mosaïsme traditionnel et la réforme.

(d) Accommodation tout à fait opportune. Je fais des miracles, mais je n'en fais pas de bruit. Excellent argument à l'adresse de ceux qui acceptaient l'autorité d'Isaïe et ne croyaient pas à Jésus.

23. Tout le peuple en fut rempli d'admiration; et ils disaient : N'est-ce point là le Fils de David (e) ?

24. Mais les pharisiens, en entendant cela, disaient : Cet homme ne chasse les démons que par la vertu de Beelzebub, prince des démons.

25. Or, Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit : Tout royaume divisé contre lui-même sera ruiné, et toute ville ou maison divisée contre elle-même ne pourra subsister.

26. Si Satan chasse Satan, il est divisé contre soi-même; comment donc son royaume subsistera-t-il (ƒ)?

27. Et si c'est par Beelzebub que je chasse les démons, par qui vos enfants les chassent-ils? C'est pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges.

28. Si je chasse les démons par l'Esprit de Dieu, le royaume de Dieu est donc parvenu jusqu'à vous (g).

29. Mais comment quelqu'un peut-il entrer dans la maison du fort, et piller ses armes et ce qu'il possède, si auparavant il ne lie le fort, pour pouvoir ensuite piller sa maison?

30. Celui qui n'est point avec moi, est contre moi; et celui qui n'amasse point avec moi, dissipe.

31. C'est pourquoi je vous déclare que tout péché et tout blasphème sera remis aux hommes; mais le blasphème contre le Saint-Esprit ne leur sera point remis (h).

32. Et quiconque aura parlé contre le Fils de l'homme, il lui sera remis; mais si quelqu'un a parlé contre le Saint-Esprit, il ne lui sera remis ni dans ce siècle, ni dans le siècle à venir.

33. Ou dites que l'arbre est bon, et que le fruit en est bon aussi; ou dites que l'arbre étant mauvais, le fruit aussi en est mauvais; car c'est par le fruit qu'on connaît l'arbre.

34. Race de vipères, comment pouvez-vous dire de bonnes choses, vous qui êtes méchants? car c'est de la plénitude du cœur que la bouche parle,

(e) Est-ce le Christ, fils de David? Question naïve et qui explique tout.

(VERS. 25-26. Raisonnement peu juste. Le diable peut se mettre pour quelque temps au service d'un sorcier pour accomplir une plus grande sorcellerie : témoin le christianisme lui-même fondé par Jésus, œuvre diabolique.

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(g) VERS. 22-28. Répétition et embellissements de l'histoire racontée plus haut, ix, 34.

(h) Menaces dignes d'un illuminé.

35. L'homme qui est bon tire de bonnes choses de son bon trésor; et l'homme qui est méchant tire de mauvaises choses de son mauvais trésor.

36. Or, je vous déclare que les hommes rendront compte, au jour du jugement, de toute parole inutile qu'ils auront dite.

37. Car vous serez justifié par vos paroles, et vous serez condamné par vos paroles.

38. Alors quelques-uns des scribes et des pharisiens lui dirent : Maître, nous voudrions bien que vous nous fissiez voir quelque prodige.

39. Mais il leur répondit: Cette race méchante et adultère demande un prodige, et on ne lui en donnera point d'autre que celui du prophète Jonas.

40. Car comme Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine, ainsi le Fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans le cœur de la terre (i).

41. Les Ninivites s'élèveront, au jour du jugement, contre cette race, et la condamneront, parce qu'ils ont fait pénitence à la prédication de Jonas; et cependant il y a ici plus que Jonas (j).

42. La reine du midi s'élèvera, au jour du jugement, contre

(i) Il est péremptoire, d'après cela, que la résurrection était surtout pour les incrédules : pourquoi les seuls témoins de ce fait ont-ils été des hommes præordinati a Deo, comme dit saint Pierre (Actes, x, 41). On a remarqué que Jésus faisait publiquement et sans crainte ses miracles en Galilée, tandis qu'en Judée et à Jérusalem il se cachait, ou refusait d'en faire. On a dit pour motif qu'il devait en agir de la sorte, à cause de la foi qu'on témoignait en sa doctrine. Ceci est par trop naïf. Ne serait-ce point que les miracles sont plus aisés à faire au milieu de gens disposés à y croire, que parmi des incrédules? Mais le signe de la résurrection est une idée de la légende venue après coup. Par signe de Jonas, Jésus n'a entendu autre chose que sa prédication. Ici il appert que le narrateur est infidèle à son héros.

VERS. 41-44.- Cela est clair: La prédication de Jonas a suffi aux Ninivites, comme la parole de Salomon à la reine de Saba, et ma parole ne vous suffit pas!... Évidemment le verset 40 est une interpolation du narrateur.

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