Page images
PDF
EPUB

incapable de tenir lieu de patriotisme et de se substituer aux armes, dans la défense de la patrie.

Nous verrons dans un chapitre suivant ce que devint la doctrine sociale de Jésus, lorsque ses apôtres l'eurent transportée dans le monde aryen de l'Occident.

LA RELIGION ET LA MORALITÉ

D'après les idées qui ont généralement cours relativement à l'influence moralisatrice des religions, le développement des croyances religieuses chez les Israélites aurait dû être suivi d'une amélioration notable de la morale sociale. L'étude attentive de l'histoire de ce peuple montre que les faits sont en contradiction absolue avec la théorie. Plus le jéhovisme devient puissant, plus la foi du peuple en Jéhova est intense et généralisée parmi les Hébreux, plus l'égoïsme national se développe.

Lorsque le peuple d'Israël se fixe au sol, devient sédentaire, tente de s'organiser en une nation, il se montre égoïste comme toutes les nations, et il attribue à son dieu l'égoïsme dont lui-même est animé. J'ai montré plus haut qu'un phénomène analogue se produisit en Grèce et à Rome; mais dans les cités grecque et romaine, l'égoïsme national ne fut jamais poussé aussi loin que chez les Hébreux. La conception aryenne de la divinité fut aussi toute différente parce que la foi religieuse des Grecs et des Romains n'atteignit jamais l'intensité de la foi des Hébreux. Dès que ceux-ci ont fait de Iahvé un dieu national, ils le dotent, si je puis dire, d'une véritable férocité nationaliste, en même temps que religieuse. Il n'y a même plus en Israël qu'un seul patriote, qui est lahvé. Le peuple s'était donné un dieu égoïste; les prêtres de celuici, enchérissant encore sur cette idée, dans l'intérêt de leur autorité morale et de leurs projets matériels, poussèrent jusqu'aux plus extrêmes limites l'égoïsme de ce dieu, et par eux, comme le dit Renan, «< Iahvé pervertit Israël, le rendit cruel, inique, exterminateur, perfide pour son intérêt ».

Les Grecs et les Romains confondaient, il est vrai, l'auto

rité religieuse et l'autorité civile dans les mêmes mains, mais ils furent toujours bienveillants à l'égard des autres religions. Une cité grecque victorieuse de sa rivale, net détruit pas le dieu de cette dernière; on la voit, au contraire, traiter avec lui. C'est au nom des dieux des deux cités que les conventions de paix sont signées, et si l'une détruit l'autre, elle cherche à se faire un ami de son dieu, en le transportant chez elle et en lui accordant un culte en quelque sorte expiatoire du mal qui a été fait à ses zélateurs. La cité romaine reçoit chez elle les dieux du monde entier ; jamais elle ne détruit les religions des peuples qu'elle conquiert. Peu religieuses, au fond, les sociétés aryennes de l'Occident n'ont guère que des dieux bienveillants pour les dieux des autres sociétés 1.

Tout autre est le Jéhova des Israélites. Il ne peut tolérer aucune autre divinité dans son voisinage. Tous les rois que les historiens hébraïques ont vanté, furent remarquables surtout par leur zèle destructeur des idoles des autres peuples et de leurs fidèles. Les piétistes du temps d'Isaïe et de Jérémie, que l'on peut considérer comme les véritables précurseurs du christianisme, ne songent qu'à l'extermination des gens qui ne partagent pas leur foi. Le roi véritablement fidèle à lahvé «< ira chercher les méchants dans leurs repaires et les exterminera. Il les fera flamber devant sa face, et Iahvé les dévorera en sa colère, le feu les mangera2 », écrit un prophète du temps d'Ézéchias. Un autre dit encore : « Je me lèverai chaque matin pour anéantir les méchants de la terre, pour exterminer de la cité de Iahvé tous ceux qui font l'iniquité 3. » Ainsi que le fait justement remarquer Ernest Renan « Il fallait choisir sa compagnie, s'arranger pour

[ocr errors]

1. Rome dispensait du service militaire les Israélites devenus citoyens romains, parce que leur religion leur interdisait de se battre le jour du sabbat. Les Israélites observaient, du reste, cette prescription avec une telle fidélité que pendant le siège de Jérusalem par Pompée, ils interrompaient tout acte défensif de la ville le jour du sabbat.

2. Voy. Psaumes, XXI.

3. Voy. Psaumes, CI.

4. Hist. du peuple d'Israël, III, p. 48.

n'avoir de relations qu'avec les gens de la même secte que soi. Ce principe, divisant le monde en petites coteries sectaires, a rendu impossible en Orient ce que nous appelons la société. » Il fut, dans la pratique, la cause de haines qui, s'ajoutant à l'inévitable concurrence sociale, contribuèrent puissamment à la dégénérescence physique et intellectuelle du peuple d'Israël.

Pour juger de sa moralité générale, il suffit de jeter un regard sur les crimes atroces et l'affreuse dissolution des princes, sur le scepticisme élégant de l'aristocratie sacerdotale et sur la paresse de la plupart des citoyens.

En résumé, pas plus chez les Hébreux que chez les Grecs et les Romains, ce n'est la religion qui inspire les mœurs; mais, chez les premiers, elle ajoute ses préjugés et ses passions aux intérêts de la concurrence sociale dont elle accroît l'effet nuisible.

La société israélite a produit des prophètes violents, anarchistes par-dessus tout, et des prêtres avides ou corrompus; elle a donné naissance à quelques œuvres où la religiosité s'élève à des formes sublimes, mais elle n'a vu surgir de son sein ni un homme de science, ni un philosophe qui puisse être comparé à Socrate, à Platon, à Épicure, à Sénèque, et elle a rendu inutiles les efforts des rares hommes d'État qui tentèrent d'en faire une nation. En dépit de sa profonde religiosité, la classe élevée d'Israël ne fut pas moins dissolue que les classes supérieures de Rome ou de la Grèce; mais elle fut beaucoup moins intelligente et contribua puissamment à la dégénérescence générale de la nation.

CHAPITRE IV

LA CONCURRENCE SOCIALE

ET SES EFFETS DANS LES SOCIÉTÉS CHRÉTIENNES

Ce qui caractérise essentiellement la concurrence sociale dans les grandes sociétés qui se sont développées depuis le début de notre ère, c'est l'influence exercée sur elle par les idées politiques et sociales que le christianisme introduisit parmi les hommes de la race aryenne.

LES IDÉES POLITIQUES ET SOCIALES

DU CHRISTIANISME PRIMITIF

Nées dans le cerveau sémite du peuple d'Israël, ces idées différaient à beaucoup d'égards de celles qui régnaient alors dans les grandes institutions aryennes de la Grèce et de Rome.

Ce qui dominait dans ces dernières, au point de vue politique et social, c'était l'idée de l'omnipotence de l'État. Que celui-ci fût incarné dans une monarchie, une aristocratie de naissance, une oligarchie ploutocratique, une dictature césarienne ou militariste, régimes par lesquels Rome avait successivement passé au cours de son histoire, c'est toujours devant « l'État » que les citoyens s'inclinaient, c'est à l'État que l'on obéissait sans jamais en discuter l'autorité. Quelle que fût la façon dont le pouvoir s'était formé, dont le roi, le Sénat ou le César s'étaient hissés à la puissance exécutive, ils étaient l'État et, comme tels, ils recueillaient le respect de tous les citoyens.

Dans les cités grecques, personne n'a l'idée de s'insurger contre les décisions de la majorité qui, tour à tour, vote la

confiscation des biens des riches et la restitution de ces mêmes biens à ceux qui en avaient été dépouillés. La majorité, c'était l'État, et l'on respectait l'État comme la divinité dont il était en quelque sorte la représentation.

Dans la société romaine, lorsque l'État se fut incarné dans un César, celui-ci ne tarda pas à être substitué au dieu de la cité. Les autels dressés à l'Auguste sont, en réalité, les autels du dieu de la cité antique; ils portent la dédicace Romæ et Augusto, à Rome et à Auguste. La cité étant devenue dieu, comme le foyer familial, le César est sacré comme l'était autrefois le père de famille, parce qu'il est l'incarnation de la cité, comme le père était l'incarnation du foyer. L'Auguste n'est pas véritablement dieu, de son vivant, mais il pourra le devenir après sa mort, si le Sénat lui donne cette consécration.

Les idées des Israélites, qui devinrent celles du christianisme, étaient, sur ce point, toutes différentes elles ne reconnaissaient qu'un seul dieu créateur et maître de l'univers et des hommes, et dont les rois n'étaient, comme les prêtres, que les serviteurs et les instruments. Lorsqu'elles pénétrèrent dans le monde romain, ces idées se heurtèrent à celles qui servaient de fondement à la société tout entière. Tandis que pour les Romains et pour tous les peuples que Rome avait conquis, l'État était une sorte de divinité omnipotente, devant laquelle s'inclinait l'indéfinie pléiade des autres dieux, il n'était plus aux yeux des chrétiens qu'un instrument du Dieu universel et seul tout puissant. L'Auguste, par conséquent, en lequel s'incarnait l'État, cessait d'être « sacré », ne devait plus être considéré que comme un simple mortel, détenteur provisoire d'une puissance purement humaine. Le mot de Jésus, « rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu », contenait, dans la pensée juive, une limitation du pouvoir des rois et de l'État, à laquelle jusqu'alors personne, dans le monde aryen organisé par la Grèce et Rome, n'avait jamais songé. Le Sénat, les historiens, les philosophes avaient, dans maintes circonstances, discuté le caractère, les actes, la moralité même de tel ou tel

« PreviousContinue »