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industrie, qu'elle laisse libre d'exploiter à sa guise le travail des malheureux, et de s'enrichir par le labeur des enfants, des femmes et des filles, qui se contentant de salaires minimes, font baisser encore ceux des hommes.

Si l'opposition parlementaire et la presse qui, peu à peu, prennent de la force et de l'influence les y poussent trop vivement, elles font quelques lois sur la sécurité des ouvriers, sur le travail des femmes et des enfants, sur la salubrité des villes etc., mais elles ont soin d'en négliger l'application.

Il était impossible qu'il en fût autrement, car, grâce au suffrage censitaire, il était difficile à la masse sociale, dépourvue du droit de vote, de se faire représenter dans les pouvoirs qui font les lois et qui en surveillent l'exécution. D'un autre côté, les électeurs étant tous industriels ou propriétaires, appartenant en majorité aux classes qui salarient et non à celles qui sont salariées, les pouvoirs publics ne pouvaient se mettre en contradiction avec le corps électoral d'où ils étaient issus sans s'exposer à se faire renverser.

On adoptait volontiers, dans les sphères gouvernementales et législatives, le principe que les réformes sociales ne sont pas le fait de l'État, que celui-ci n'a pas à intervenir dans les conditions du travail, qu'il ne doit pas se jeter en travers du jeu de l'offre et de la demande, qu'il trouble les intérêts les plus respectables et les libertés les plus sacrées lorsqu'il tente de limiter la durée du travail, d'interdire les ateliers aux enfants et aux femmes, de prescrire des mesures contre les accidents ou de sauvegarder les droits des ouvriers qui sont victimes de la machine, d'intervenir dans la prévoyance et les retraites, dans l'assistance aux vieillards ou dans les salaires des adultes, etc..

Il fallut la révolution politique et sociale, surtout sociale peut-on dire, de 1848, pour mettre fin aux interminables controverses dont les droits de l'État, en toutes ces matières, étaient l'objet parmi les économistes, les philosophes et les politiciens. Et c'est seulement en promettant au peuple la réalisation des réformes sociales par le suffrage universel que le criminel auteur du coup d'État de décembre put se

hisser au pouvoir et s'y maintenir pendant dix-huit ans. Lorsque la troisième République surgit des désastres amenés par le césarisme militariste, l'expérience était faite et ses résultats ne pouvaient plus être discutés. Aucun observateur attentif n'oserait plus, aujourd'hui, nier qu'il soit illusoire d'attendre les réformes sociales et l'amélioration du sort des salariés, de la main de ceux qui distribuent les salaires.

Dans la concurrence sociale qui existe entre les classes riches et la masse salariée, tous les avantages sont du côté des classes riches: d'abord, ce sont elles qui possèdent le nerf de la guerre, c'est-à-dire l'argent et l'instruction; ensuite, la concurrence individuelle qui règne inévitablement entre les membres de la classe salariée les contraint à subir, pour vivre, les conditions des salariants.

Il suffit de jeter un simple coup d'œil sur l'histoire de l'industrie chez les divers peuples pour s'assurer que tous les progrès réalisés au profit de la classe salariée ne l'ont été que par des mesures gouvernementales ou législatives.

En France tant que l'ouvrier a été livré à lui-même, tant que le gouvernement et la loi lui ont laissé le soin de défendre individuellement ses intérêts auprès des classes riches, il a été à la merci de ces dernières. Dans les pays autocratiques modernes, il n'en va pas autrement. Son sort ne s'est amelioré que là où existent des gouvernements plus ou moins démocratiques. Partout où la concurrence sociale et la lutte pour l'existence ne trouvent aucun correctif dans les lois, la classe salariée est écrasée par les classes riches, au grand détriment du progrès général des nations et de l'avenir de la race. S'il est des pays monarchiques où des améliorations importantes ont été apportées au sort des travailleurs, c'est uniquement sous la pression de l'évolution qui s'est produite dans les nations à organisation démocratique et par le désir qu'ont les classes supérieures et les monarques de conserver leurs privilèges en faisant à la masse les concessions les plus indispensables. A cet égard, les travailleurs de tous les pays

doivent une reconnaissance particulière à notre Révolution et surtout à notre troisième République.

Quant à moi, je n'hésite pas, en présence des faits rappelés dans cet ouvrage et dans le précédent, à me prononcer en faveur du droit pour l'État de prescrire toutes les mesures susceptibles de fortifier la classe salariée en vue de la concurrence sociale que la nature lui impose, et propres à atténuer les effets fâcheux de la concurrence individuelle qui existe nécessairement entre ses membres.

Si, après avoir assuré à la classe ouvrière la liberté politique, l'égalité devant les lois, l'instruction qui est l'arme la plus utile dans la lutte pour l'existence et dans la concurrence sociale, le droit de former des syndicats pour faire valoir ses revendications, celui de cesser en masse le travail afin de donner plus de poids à ses plaintes et à ses demandes, il paraît indispensable de limiter la durée du travail, et de faire intervenir les pouvoirs publics dans le règlement des salaires, j'estime que la République ne devra pas hésiter à recourir à la loi.

Rien, en effet, n'importe davantage à une société bien organisée que de préserver son existence, son avenir et son progrès, en mettant, autant que possible, chacun de ses membres à l'abri des influences qui seraient susceptibles de diminuer ses forces physiques ou sa valeur intellectuelle et morale.

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CHAPITRE II.

p. 29.

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La concurrence sociale et ses effets dans les sociétés
romaine et grecque.
Sociétés patriarcales, p. 21. Fixation au sol'

et ses conséquences, p. 22. La monarchie et l'aristocratie, p. 23.

-Les plébéiens et la ploutocratie, p. 25. Les tribuns du peuple,
Les effets nuisibles de la concurrence sociale, p. 33. La

concurrence sociale et ses effets dans les cités grecques, p. 37. -)

Les pratiques et la morale religieuse évoluent parallèlement aux

moeurs sociales, p. 43. — Pourquoi les plébéiens ne tentent pas d'amé-

liorer leur condition sociale, p. 45. Les initiateurs du progrès

social, p. 48.

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CHAPITRE IV. - La concurrence sociale et ses effets dans les sociétés

chrétiennes. Les idées politiques et sociales du christianisme pri-

mitif, p. 75.— Organisation des premières communautés chrétiennes,

p. 78. Les chrétiens et la société civile, p. 79. Le recrutement

des premiers chrétiens israélites, esclaves, femmes, p. 81.

Le christianisme et l'Empire, p. 86. Evolution théocratique de
l'Église, p. 87. L'Église et l'empire chrétien, p. 91. L'Église et
les Barbares, p. 93. Modification dans le recrutement, la situation
et la fortune des évêques, p. 97. Les pouvoirs politiques des

Cévêques; leurs sujets, p. 100. Les moines et les monastères, p. 104.)

La concurrence sociale entre les deux oligarchies religieuses,

p. 107. La concurrence sociale entre l'aristocratie civile et les oli-
garchies -religieuses, p. 110. Décroissance de l'influence sociale

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et politique du christianisme. Retour à la philosophie et à la civilisation, p. 115.

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criptions gouvernementales relatives à la salubrité en France, p. 128. Législation sur les logements insalubres, p. 131.

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sur les établissements insalubres et les ateliers, p. 133.

Législations

CHAPITRE III. Devoirs relatifs à la sécurité des ouvriers pendant le travail, p. 135. — Législation sur les appareils à vapeur, p. 135. Législation relative aux mines, p. 137. Législation relative aux accidents du travail, p. 140.

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CHAPITRE IV. · Devoirs relatifs à l'assistance publique, p. 143. Origine de l'idée du devoir d'assistance, p. 143. Historique de l'assistance en France, p. 146. - Bureaux de bienfaisance, p. 151. Hôpitaux et Hospices, p. 153. Assistance médicale obligatoire, p. 158. CHAPITRE V. Devoirs relatifs à la prévoyance, p. 162. Origine de l'idée de prévoyance, p. 162. Institutions d'épargne, p. 167. titutions de secours mutuels, p. 169. retraites pour la vieillesse, p. 178.

CHAPITRE VI.

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Devoirs relatifs au maintien de la paix sociale, p. 183. Conseils de travaux et conseils de conciliation, p. 186. Participation aux bénéfices, p. 187. Sociétés coopératives de consommation et de production, 189. - Règlement des conflits entre les ouvriers et les patrons, arbitrage, p. 193.

CHAPITRE VII. Devoirs relatifs aux progrès de la race, p. 199.

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§ I. Devoirs relatifs à l'union des sexes, p. 200. - Obstacles mis au mariage par notre législation, p. 203.

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§ II. Devoirs relatifs à la femme envisagée comme mère, p. 206. · Législation relative aux femmes en couches, p. 206. - Les filles mères et les femmes qui cachent leur grossesse, p. 209. Des tours. p. 211. Législation relative au travail de la femme, p. 214.

§ III. Devoirs relatifs aux enfants et aux adolescents envisagés comme représentant l'avenir de la race, p. 216. Mortalité des enfants et moyens de la diminuer, p. 217. Législation relative aux nourrices et aux nourrissons, p. 219. Enfants abandonnés ou orphelins pauvres, p. 221. Crèches et asiles, p. 227. Législation sur le travail des enfants, p. 228.

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§ IV. Devoirs à l'égard des hommes adultes envisagés comme perpétuateurs de la race, p. 236.

et de sa fixation légale, p. 237. tion légale, p. 247.

De la durée quotidienne du travail
Des salaires et de leur réglementa-

CHAPITRE VIII. Des devoirs relatifs à l'évolution intellectuelle et morale de la société, p. 261.

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Ce que doit être l'instruction dans une démocratie, p. 263. troisième République et l'instruction publique, p. 264. Gratuité

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